Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau

jo                     QUATORZIEME DIMANCHE ORDINAIRE (A)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit :
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange :
ce que tu as caché aux sages et aux savants,tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père,
et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau
 et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur,
et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

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Le contexte

C'est au bout de quelques mois de prédication en Galilée que se situe ce passage de l'Evangile où Jésus prononce cette belle prière d'action de grâce. Qu'est-ce qui vient de se passer ? D'abord, les foules ont couru après lui. Puis, petit à petit, elles l'ont quitté. Et même, maintenant, on sent dans toute la Galilée une certaine opposition qui est en train de prendre corps. Elle vient, certes, des notables, de ceux qui se sont fait une certaine idée de Dieu et pour qui la parole du Christ, l'annonce d'une bonne nouvelle d'un Dieu tout-proche vient bouleverser leurs propres idées. Mais il n'y a pas que les "sages et les savants" qui refusent le message : c'est un peu tout le monde. Les gens disent : "C'est trop difficile à porter." Ils s'éloignent, et Jésus va avoir des mots très durs à leur égard. Il leur dit : "Vous ne savez pas ce que vous voulez. Vous êtes comme des gosses. Comme dit la chanson : 'J'ai joué de la flûte et vous n'avez pas voulu danser.' C'est comme si on disait : On va jouer à la noce et vous, vous dites : on va jouer à l'enterrement. Vous ne savez pas ce que vous voulez." Et ensuite, Jésus aura des paroles très dures, non plus contre des individus, mais contre toute une région : le bord du lac de Tibériade. C'est alors qu'il dit : "Malheur à toi, Corozaïn. Malheur à toi, Bethsaïde. Et toi, Capharnaüm, qui avais été élevée jusqu'au ciel, tu seras abaissée. Parce que si Sodome avait entendu les paroles que vous avez entendues, ils se seraient tous convertis. Vous, vous ne voulez pas bouger." Jésus est très dur. Et voilà que, tout à coup, les invectives cessent de pleuvoir. Jésus se tourne vers son Père et lui dit : "Je te rends grâce, Père, parce que, si tous les sages et les savants n'ont rien compris, en revanche, les petits, ils ont bien accueilli la révélation de ton amour."

Je voudrais faire trois remarques à propos de ces paroles du Christ.

Ma première remarque : Qu'est-ce que ça veut dire, cette opposition que fait Jésus entre, d'une part les sages et les savants, et, d'autre part, les petits ? Une chose très simple : on ne trouve pas Dieu au bout d'un raisonnement. Il n'est pas nécessaire d'être bien malin pour trouver Dieu. Et de toutes façons, cela ne s'apprend pas sur les bancs de l'école ou dans des livres. Ce n'est pas le fruit d'un raisonnement ou d'une recherche intellectuelle. Quelle était la situation au temps de Jésus ? Les sages et les savants dont il parle, ce sont les scribes, les docteurs de la Loi. Ils ont passé du temps à apprendre à connaître Dieu. Ils ont fait de la théologie. Ils connaissent toute la Loi et les Prophètes. Ils savent la Bible par coeur. Mais cette lecture de la Bible les a enracinés dans une idée de Dieu très précise : un Dieu juste, certes, mais un Dieu dur, impitoyable, un Dieu qui punit. Et quand Jésus vient annoncer un Dieu tout proche, le Dieu de la miséricorde, le Dieu des petits, ils ne comprennent plus. Cette idée n'entre pas dans leur logique. Et voilà que Jésus proclame que les petits ont un énorme avantage sur les sages et les savants : ils savent une chose, c'est qu'ils ne savent rien. Et, ne sachant rien, ils ne sont pas encombrés par  leurs propres idées sur Dieu. Ils sont tout prêts à accueillir une bonne nouvelle. Voilà pourquoi Jésus dit à son Père : "Je te remercie." Pour les petits, en effet, c'est une bonne nouvelle très bien accueillie, d'apprendre que Dieu est tout proche d'eux. Ils ne l'ont pas trouvée dans les livres ni au bout d'un raisonnement. Ils l'ont trouvée parce qu'ils en font l'expérience en côtoyant Jésus. Voila ma première remarque.

Une deuxième remarque : Je constate, en lisant ce texte, la proximité incroyable entre Jésus et son Père. Là, dans cette petite prière d'action de grâce, dans ce merci à son papa, il nous dévoile le mystère de l'identité entre le Père et le Fils. Le Fils est en train de se rendre compte que tout ce qu'il fait, lui, et tout ce qu'il dit, c'est Dieu qui le fait, c'est Dieu qui le dit. Il y a identité de pensée et d'action entre son Père et lui. Et de même que le Père est tout proche des petits (cela, c'est une des constantes de la Bible : Dieu se présente toujours comme très proche des petits, des malheureux, de ceux qui souffrent, qui sont dans le besoin, qui attendent, qui désirent), de même, Jésus est très proche des "petits". Il dit alors à son Père : "Je te rends grâce. Tout ce qui est à moi est à toi. Tout ce qui est à toi est à moi. Nous ne faisons qu'un, toi et moi." Un jour, il dira à Philippe : "Qui me voit, voit le Père." et l'apôtre Paul pourra écrire : "Il est l'image visible du Dieu invisible." Ne cherchons pas Dieu ailleurs. Il y a dans la vie, les paroles, les actes même de Jésus Christ tout Dieu. Dans l'Evangile, il y a tout Dieu.

Je voudrais faire une troisième remarque, à propos du passage où Jésus dit : "Venez à moi, et je vous enlèverai votre fardeau." Il ajoute ensuite : "Je vous en remettrai un." Je vous remettrai mon joug. Bien sûr, ce joug, nous dit-il, est léger. mais enfin, c'est quand même un joug.

J'ai lu il y a quelques temps la remarque d'un théologien qui disait : Quand Jésus parle de "mon joug", c'est comme pour les boeufs. On met deux boeufs sous le même joug. Le Christ nous invite à nous mettre sous le même joug que lui, à tirer avec lui. Le mot "conjugal" a la même racine que le mot "joug". Qu'est-ce qu'un couple ? Un homme et une femme qui font "attelage". Il vaut mieux, pour le couple, que l'homme et la femme ne tirent pas "à hue et à dia". il vaut mieux qu'ils tirent dans le même sens. Eh bien, c'est ce que Jésus nous demande. C'est comme s'il nous disait : "Allez ! Venez avec moi. Vous allez tirer dans le même sens que moi. Je travaille pour la libération du monde. Si vous venez avec moi, je vous assure que mon joug sera léger. Vous aurez de la joie. Vous aurez même du repos."

Voilà les quelques remarques que m'inspire l'Evangile d'aujourd'hui. Je voudrais que chacun de nous se demande quelle est la qualité de sa relation au Christ, donc de sa relation à Dieu. Est-ce que nous "tirons" dans le même sens que lui ?

 

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Dernière mise à  jour :
9 juillet 2017

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