Pour que, par lui, le monde soit sauvé.

            LA CROIX GLORIEUSE

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 3, 13-17)

Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme.
De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Homélie

Pour bien comprendre ce que nous dit Jésus à propos du serpent de bronze élevé par Moïse, il nous faut nécessairement faire le détour par la première lecture et nous y arrêter un instant.

Cela fait maintenant plus de 3 mois que les Hébreux marchent dans le désert. Ils sont encore près de la Mer Rouge, à proximité du golfe d'Aqaba. Depuis leur sortie d’Egypte, ils n’ont pas beaucoup avancé, Ils peinent, souffrent dans ce désert et mangent la même nourriture depuis des semaines. La mort a déjà emporté quelques-uns des leurs. Le découragement se propage dans le peuple comme une traînée de poudre. Il faut aller voir Moïse, lui demander ce qu'il a dans la tête, quel est ce Dieu qui lui parle et les malmène ainsi. Il est impossible de continuer à marcher sans savoir quel est le but du voyage et quand nous arriverons. Il serait si simple de retourner en Egypte…

Le peuple en colère désigne quelques personnes pour s'adresser à Moïse, qui reste si mystérieux, surtout depuis qu'Aaron, son frère, est mort. La délégation entre dans la tente de Moïse et l'interpelle avec vigueur : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Moïse les regarde longuement. Il n'a pas de réponse à leur fournir. Lui aussi parfois s'interroge sur la volonté de Dieu. Il ne leur dit pas, mais, à certains moments, il a de la peine à chasser le doute qui envahit son esprit. Cependant un sursaut réveille son vieux corps fatigué : "Ne vous découragez pas, Dieu viendra à notre secours".

Parmi le peuple, il y a ceux qui veulent continuer à faire confiance à Moïse, mais beaucoup ne sont pas satisfait par sa réponse évasive, ils veulent s’élever contre lui, pensant qu’il est sénile, qu’il va se perdre et eux avec ! On en vient aux mains. Des bagarres fratricides se produisent. Les Hébreux sont entre eux comme les serpents, qui se mordent au talon et se brûlent par des paroles acerbes. « Le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël »

Ces accès de violence vont leur ouvrir les yeux et le peuple va prendre conscience de son péché ! Un péché qui ne réside pas dans le fait de se décourager ou de se disputer, mais dans le fait de ne plus faire confiance à Moïse et par conséquent de douter de la bonté de Dieu. Chacun sent bien qu’il est en proie à une grave maladie qu'il faut enrayer, celle du doute qui agit sur eux comme des morsures de serpent. Alors une délégation se remet en marche vers la tente de Moïse pour demander pardon. Le plus ancien prend la parole : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents, sinon nous allons tous mourir".

Moïse demande un temps de réflexion et se met en prière. Au cours de sa méditation, il se souvient de ces protèges-chevilles en bronze que les nomades portent pour éviter les morsures de serpent dans le désert. Alors, il fait revenir la délégation et leur dit : "Façonnez vite un serpent en bronze de grande taille et placez-le sur un étendard, que chacun pourra voir de loin. Si quelqu'un est en proie à une violence meurtrière, qu'il regarde le serpent de bronze et il aura la vie sauve".

Sans le savoir, Moïse venait d’inventer à la fois  le caducée et le vaccin !

Voilà le génie de Moïse : en plaçant sur un mât ce serpent de bronze, symbole des morsures que le peuple s’infligeait et du doute qui les brûlait, ce signe allait agir comme un vaccin destiné à développer les défenses immunitaires du peuple ! En effet, à chaque fois que quelqu’un mordait un autre par une parole acerbe ou venait à douter de Dieu, il devait regarder bien en face le mal qu’il avait fait, afin de mieux l’éradiquer par une demande de pardon.

C’est ce signe que Jésus va reprendre dans l’Evangile de ce jour : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle », à la différence près que c’est Jésus qui désormais gît sur le mât et que c’est la vie éternelle et non une guérison passagère qu’il apporte à celui qui croit en lui. Pour comprendre pourquoi Jésus fait le lien entre le serpent de bronze et la croix, il faut se rappeler la fête que nous célébrons aujourd’hui : celle de la croix glorieuse. La croix  est un signe ambivalent (elle a un double sens) : elle nous rappelle que le mal existe, qu’il fait souffrir et que nous ne devons pas le nier, mais en même temps, la croix nous dit aussi que l’amour est plus fort que tout : en effet, la mort de Jésus en croix, c’est Dieu qui nous dit : « Je vous aime à en mourir » et qui ne se contente pas de le dire, mais qui le fait, qui meurt par amour pour nous, aujourd’hui à chaque instant comme Jésus il y a 2000 ans : il donne sa Vie pour que nous ayons la Vie. Voilà ce que nous sommes invités à contempler quand nous regardons la croix du Christ.

Comme le dit l’auteur du livre de la sagesse (16, 7) en parlant de l’épisode du serpent de bronze : " Quiconque se tournait vers ce signe de salut était sauvé, non par l'objet qu'il regardait mais par toi, le Sauveur de tous. » C’est la même attitude à laquelle nous sommes invités quand nous regardons la croix : Reconnaitre celui qui nous élève quand il est élevé ! Mais ce n’est pas seulement une vie de quelques années supplémentaires qu’il nous offre, mais la vie éternelle ! Il y a un surcroit qualitatif indéniable entre le serpent de bronze et la croix.

Alors, quand nous traversons un désert de souffrance, de peur, de doute, comme les hébreux dans le désert, regarder la croix, c’est à la fois regarder le mal en face, reconnaître comme ce qui nous torture, qui nous blesse et nous défigure, regarder nos peurs en face mais c’est aussi regarder Jésus qui nous fait signe et qui nous dit : « puisque je t'ai aimé jusque-là, tu peux me faire confiance, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas, même dans les moments les plus difficiles. Oui regarde-moi dit Jésus, regarde Celui qui te tend les bras, alors tu verras l’Amour de Dieu, un Amour qui veut te guérir de toutes tes blessures, de tous tes doutes, de toutes tes peurs … et même de la mort !

Comme pour Nicodème (d’où ce passage d’évangile est extrait) il faut qu’il nous arrive quelque chose d’en haut, de l’extérieur de nous pour que nous soyons désentravés de ce qui nous paralyse et nous faire sortir de notre finitude ! C’est ainsi que Jésus vient nous sauver (et non pas nous juger). Lorsque nous méditons sa Parole, que nous contemplons la Croix glorieuse ou que nous communions à son Corps et à son Sang, la vie éternelle nous est donnée, comme par transfusion sanguine, pour nous aider à aller de l’avant, en accueillant notre vie quelle qu’elle soit, et nous aider à vivre en abondance, comme le souhaite Dieu pour chacun de nous.

Amen

Gilles Brocard

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