Je te salue, Comblée-de-grâce,

            QUATRIEME DIMANCHE DE L’AVENT (B)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 26-28 

 

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une jeune fille, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’Ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’Ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’Ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L’Ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait « la femme stérile ». Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’Ange la quitta.

oOo

Un message essentiel

Il ne faudrait pas lire ce récit de l’Annonce faite à Marie comme un récit historique ou un pur reportage. Il s’agit d’un genre littéraire utilisé par saint  Luc et par beaucoup d’auteurs de la littérature juive – on appelle ce genre le midrash – pour transmettre un message spirituel sous une forme imagée, sans avoir le souci de distinguer entre faits historiques et données symboliques.

Alors, quel est le message que l’évangile de Luc veut nous transmettre ? Pour bien le saisir, il nous faut remettre ce passage dans le contexte des deux premiers chapitres de son évangile, ce qu’on appelle les « évangiles de l’enfance ». On y trouve deux récits parallèles concernant, l’un Jean-Baptiste et l’autre Jésus. D’où une annonce au prêtre Zacharie suivi de l’annonce faite à Marie ; ensuite, la naissance de Jean-Baptiste est suivie du récit de la naissance de Jésus. Enfin, une simple phrase mentionne pour conclure la jeunesse de Jean (au désert) et celle de Jésus à Nazareth.

Deux récits parallèles

Donc, nous voici avec deux récits en parallèles, qui sont destinés à bien marquer le début de deux destins très différents, mais qui ont des rapports évidents entre eux. Alors que l’annonce de la naissance miraculeuse de Jean Baptiste a lieu au Temple de Jérusalem, au cœur de l’institution religieuse juive, au cours d’une célébration liturgique, l’annonce de la naissance de Jésus a lieu dans un tout petit village de Galilée, un village qui n’avait jamais été mentionné dans tout l’Ancien Testament (bien que Luc parle d’une ville appelée Nazareth) ; de plus les habitants de la Galilée n’avaient pas bonne réputation aux yeux des Juifs de pure race. Autre contraste, Zacharie est un prêtre, de famille sacerdotale, d‘origine lévitique, strict observant de la Loi, alors que Marie n’est qu’une gamine, d’une humble famille et d’une humble bourgade, dont on ignore la lignée ancestrale.

Or l’homme religieux va exprimer des doutes sérieux lorsque l’ange lui annonce que, tout vieux qu’ils soient, sa femme Elisabeth et lui, ils vont avoir un enfant. Il demande des preuves et l’ange va punir ces doutes exprimés ; Marie, elle, fait partie de ce petit peuple, pas toujours très observant de la Loi, méprisé par les grands et les « purs » : c’est elle qui, recevant le message de l’ange avec une foi toute fraîche et ingénue, répond à l’ange Gabriel, qui lui donne des précisions, qu’elle est « la servante du Seigneur », et donc qu’elle accepte d’entrer librement dans le dessein de Dieu.

Deux attitudes donc, totalement différentes l’une de l’autre. Elles nous sont présentées par l’évangile de Luc comme une catéchèse. Je crois que c’est Elisabeth, la cousine de Marie, qui en tirera la conclusion la plus juste lorsqu’elle s’adressera à elle pour lui dire « Tu es bienheureuse, toi qui as cru en la parole qui t’est adressée. »

Modèle des croyants

Car, en ce récit de l’Annonciation, Marie nous est présentée comme le modèle des croyants. Pas des croyants d’une croyance aveugle et rituelle, mais de celles et ceux qui adhèrent à une Parole qui leur est adressée avec toute leur raison, en cherchant à comprendre ce qui leur est proposé, avant de répondre oui.  Dans le cas de Marie, l’annonce qui lui était faite était proprement inouïe. Impensable même ! Pourquoi Dieu, voulant s’incarner, s’adressait-il à cette gamine ? Qu’avait-elle donc de si rare, de si unique, pour que Dieu s’intéresse à elle ?  C’est jusqu’à ce point que Dieu pousse l’humilité de son propre dessein : il veut se faire homme, mais un homme sans aucun éclat particulier ; il n’est ni illustre par sa naissance, ni exceptionnel par ses origines. Mais par-delà l’humilité de ses origines, l’enfant que portera Marie dans son sein « sera grand ». Le plus grand : l’ange parle de puissance, de règne, de trône, et l’enfant annoncé est appelé Fils de Dieu, Fils de David, « et son règne n’aura pas de fin. » Quel contraste !

Arche d'Alliance

Les textes bibliques de la liturgie de ce quatrième dimanche de l’Avent insistent sur le terme de « maison ». Le livre de Samuel nous dit que le roi David, une fois installé à Jérusalem où il s’est fait construire un palais, envisage de construire une maison pour Dieu. Entendez par là un Temple semblable aux temples de tous les autres peuples, alors que l’arche d’Alliance, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, est toujours sous la tente, comme au temps de la longue marche du peuple Israélite au désert. Dieu lui fait répondre par l’intermédiaire du prophète Nathan en jouant sur les mots. Ce n’est pas David qui fera une maison pour Dieu, c’est Dieu qui fera une maison pour David. Entendez par là que Dieu promet de faire une dynastie durable au roi : la maison, c’est la maisonnée, c’est la famille de David, comme les historiens d’aujourd’hui encore parlent de la « maison de France » ou de la « maison d’Autriche » pour présenter des dynasties royales.

Notre évangile présente Marie comme étant « accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph. Joseph est descendant du roi David, donc de sang royal, ce qui était assez commun, parait-il, à l’époque. Ce qui nous intéresse dans l’affaire, ce n’est pas une question de génétique, c’est  cette volonté de Dieu de faire de Marie elle-même sa maison. Les termes du récit sont explicites : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre »,  dit l’ange à Marie.

Il y a dans les litanies de la Sainte Vierge une expression qu’il m’a fallu longtemps pour comprendre. C’est « Arche d’Alliance ». Eh bien, Marie est la nouvelle Arche d’Alliance puisque, comme l’arche de la longue marche, elle porte en elle Jésus, le Fils de Dieu, Emmanuel, Dieu avec nous.

Nous aussi

Ce qui est arrivé à Marie nous concerne tous, aujourd’hui encore. De même que Marie a pris très au sérieux l’annonce de l’ange, à répondu oui à sa demande et est devenue, ainsi, la demeure de Dieu, de même, nous aussi, baptisés, nous avons à prendre très au sérieux l’annonce de Jésus, si nette et si précise : « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera, nous viendrons en lui, et nous ferons chez lui notre demeure. »

Saint Paul le répétait couramment aux destinataires de ses lettres : «  N’oubliez pas que vos corps sont le Temple du Saint Esprit », et aussi : « Vous êtes le corps du Christ ». C’est la notre grandeur, notre dignité. C’est pour cela que nous avons à manifester le plus grand respect envers notre propre corps, comme envers le corps de toutes celles et de tous ceux que nous rencontrons.

Retour au sommaire