RESSUSCITER

 

Un homme était tombé malade. C'était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe...Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : "Seigneur, ton ami est malade." En apprenant cela, Jésus dit : "Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié." Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant à l'endroit où il se trouvait pendant deux jours ; alors seulement il dit aux disciples : "Revenons en Judée"...Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà...Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : "Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas." Jésus lui dit : "Ton frère ressuscitera." Marthe reprit : "Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection." Jésus lui dit : "Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" Elle répondit : "Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde."...Il demanda : "Où l'avez-vous déposé ?" Ils lui répondirent : "Viens voir, Seigneur." Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : "Voyez comme il l'aimait !" Mais certains d'entre eux se disaient : "Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ?" Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : "Enlevez la pierre." Marthe, la sœur du mort, lui dit : "Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu'il est là." Alors Jésus dit à Marthe : "Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu." On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : "Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m'exauces toujours, mais si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé." Après cela, il dit d'une voix forte : "Lazare, viens dehors." Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : "Déliez-le et laissez-le aller." Les nombreux Juifs qui étaient venus entourer Marie virent donc ce que Jésus avait fait, et ils crurent en lui.

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 11, 1-45

CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME (A)

oOo

Un phénomène universel.

Il n'y a pas de phénomène plus banal, plus universel que la mort. C'est inscrit dans nos cellules, c'est la loi de tout le vivant, aussi bien dans le règne végétal ou animal que comme phénomène humain. Chaque matin, tous les quotidiens annoncent la liste des morts de la région, et cette annonce nous laisse passablement indifférents, jusqu'au jour où la mort nous touche de près, lorsque l'on perd un être cher, un parent, un enfant, un proche, ou même un voisin. A ce moment-là, quelque chose est remué en nous, et même on en arrive à se culpabiliser. Il y a quelque chose en notre esprit qui se révolte, et, presque toujours, on se tourne vers Dieu, que l'on soit, d'ailleurs, croyant ou non-croyant, pour dire : "S'il y avait un Bon Dieu..." ou "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu". Un peu comme Marthe et sa sœur Marie qui reprochent violemment à Jésus son absence : "Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort".

Alors, Dieu ?

Alors, est-ce que Dieu a quelque chose a voir avec la mort ? Je le crois, mais pas de la façon dont la plupart des gens le pensent. Je ne dirai jamais, comme certains : "Il faut se résigner, c'est la volonté de Dieu." Ou encore, ce qui est pire : "Il a plu au Seigneur de rappeler à lui son fidèle serviteur." Cet évangile de Lazare nous apprend un certain nombre de choses très importantes, sur Dieu, sur la condition humaine, et sur notre destin de Chrétiens.

Premièrement, sur Dieu. Il n'est pas du côté de la mort. Il est du côté de la vie. Il est, nous dit Jésus ("image visible du Dieu invisible"), il est LA VIE. Donc, si je regarde Jésus, je vais savoir quelque chose de Dieu, face à la mort. Et la première chose que je vois, ce qui me frappe dans cet évangile, c'est que Dieu pleure la mort de son ami Lazare, la mort de ses amis, comme nous, nous pleurons la mort de tous ceux qui nous sont proches. Un Dieu, j'allais dire "humain". Plus que cela, un Dieu proche de chacun de nous, parce qu'il nous aime. C'est la première révélation de ce passage d'Evangile. Et en même temps, vous allez penser, comme les Juifs de cet épisode : "Lui qui a guéri un aveugle, ne pouvait-il pas faire quelque chose pour Lazare." Dieu est-il impuissant devant la mort ?

Lazare dort.

La mort est un phénomène naturel, je vous le disais il y a un instant. En chacun de nous, une part de vie naît, grandit, se reproduit, décline et meurt chaque jour, chaque semaine. Nous sommes ainsi appelés à naître, à grandir ; programmés pour nous reproduire, puis décliner et mourir. Cela fait partie du vivant. C'est naturel. Pourtant, Jésus nous dit : la vie ne disparaît pas avec la mort. Et il va prendre une image. Parlant de Lazare, il dit : "Lazare, notre ami, dort." Les disciples pensent qu'il s'agit d'un sommeil naturel ; aussi, Jésus est amené à préciser : "Lazare est mort." Ainsi, pour Jésus, la mort est comme le sommeil. Hier soir, je me suis couché, j'ai plongé dans le sommeil...pour me réveiller, ce matin, à un jour nouveau. Jésus emploie cette image pour nous dire la mort, non pas comme la mort totale, définitive, mais comme un simple passage. Un sommeil, puis un réveil. Remarquez que cette image employée par Jésus n'est pas propre au message chrétien. On la trouve déjà chez les philosophes et les poètes grecs.

Résurrection aujourd'hui.

Mais ce qui va être plus original, plus propre au message chrétien, c'est que Jésus - Dieu- nous communique sa vie, nous donne son "esprit". Et le mot "esprit" signifie d'abord "vie" (comme quand on dit "il a rendu l'esprit"). L'esprit, le souffle de Dieu, nous est communiqué à notre naissance. Et c'est tous les jours qu'il y a en nous des puissances actives de vie, des forces de résurrection à l'œuvre. Penser "résurrection" ce n'est pas évoquer une intervention de Dieu seulement après notre mort, c'est dire qu'aujourd'hui, nous vivons, nous sommes maintenus dans l'existence par l'œuvre d'amour toute-puissante de Dieu.

Pourquoi en sommes-nous venus à penser "résurrection" (à la suite du peuple juif), alors que toutes les religions, toutes les formes de croyances, anciennes ou actuelles, parlent de survie de l'âme, réincarnation, ré-animation ? Nous avons en effet, une foi très originale : nous croyons en la "résurrection de la chair". Ce qui fait que je suis "moi" est appelé à vivre éternellement.

Deux expériences capitales.

Les Israélites ont fait une expérience, plutôt des expériences de "résurrection". Voilà un peuple qui était mort, parce que menacé de génocide, quelque treize siècles avant notre ère. Dieu va le "faire sortir" du pays de la mort lente, l'Egypte, et l'introduire dans le pays de la vie, la Terre Promise. Cet événement est toujours célébré, trente-trois siècles plus tard, lorsque les croyants fêtent la Pâque. Deuxième expérience capitale chez les Israélites : la déportation en Irak, à Babylone, six siècles avant Jésus-Christ. Le prophète Ezéchiel, pour réconforter le peuple des captifs, entrevoit une libération et un retour de captivité, qu'il évoque sous l'image d'une résurrection : c'est la célèbre vision des ossements desséchés. Deux expériences capitales, qui marquent la conscience d'un peuple et l'amèneront à évoquer le "passage" de la mort en termes de résurrection, collective et individuelle.

Forces de vie à l'oeuvre.

D'une manière significative d'ailleurs, Jésus, pour ressusciter Lazare, lui crie : "Lazare, sors". Et le mort sort de son tombeau, comme les Israélites sont sortis d'Egypte ou de la captivité de Babylone. La foi de nos pères Israélites est assise sur une expérience. A nous, aujourd'hui, d'asseoir notre foi chrétienne sur notre expérience. Il ne s'agit pas de chercher à savoir ce qu'il y a après la mort, et comment cela se passera : ce sont des questions oiseuses. Il s'agit de regarder les forces de vie à l'œuvre dans la vie de notre monde, dans notre vie personnelle, et d'y participer.

Souvent - nous sommes ainsi faits - nous ne voyons que ce qui ne marche pas, ce qui meurt, ce qui est force de destruction. Il nous faut regarder autre chose : tous les efforts pour que notre terre devienne plus habitable, toute la lutte contre la pollution, pour un environnement plus humain. Tout le travail des chercheurs, des médecins pour lutter contre la maladie. Tous les efforts d'organismes comme "Médecins du monde" - et bien d'autres - pour enrayer le fléau de la faim, du sous-développement, pour lutter contre la pauvreté, la misère, l'analphabétisme. Toute la construction européenne - pas seulement l'Europe des marchands, mais un continent plus uni, plus fraternel. Tout cela, c'est signe de vie, sous nos yeux. Signe de résurrection.

Allons-nous entrer dans ce grand mouvement de vie, animé par l'Esprit de Dieu, "qui renouvelle la face de la terre". Car c'est Dieu qui veut un monde réussi. C'est Dieu qui "a tellement aimé ce monde qu'il a donné son Fils". C'est Dieu qui nous invite à croire que l'Amour est plus fort que la mort. Avec Dieu, aimons la vie. Comme Dieu, soyons des vivants.

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