Venez à moi !

 

En ce temps-là, Jésus prit la parole : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger."

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30

QUATORZIEME DIMANCHE ORDINAIRE (A)

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Une bonne nouvelle !

Eh bien, voilà une bonne nouvelle pour chacun de nous, et pour toute l'humanité. Tous ces fardeaux que nous portons, Jésus nous propose de les laisser tomber pour marcher avec lui. Il s'adressait ainsi à ses contemporains, il y a deux mille ans ; il s'adresse à nous aujourd'hui.

Il pensait d'abord à ces gens qu'il avait sous les yeux, qu'il côtoyait tous les jours, ces pauvres, ces petits, à qui il voulait révéler le bonheur du Royaume ; tous ces gens qui marchaient avec lui et qui étaient heureux de l'entendre. Il s'adressait à ces gens qui étaient accablés par la conjoncture politique et économique de son époque, les pauvres. Mais il s'adressait aussi à eux parce qu'il savait combien la religion juive elle-même avait chargé sur leurs épaules, dans leurs esprits, des fardeaux impossibles à porter. Rappelez-vous : au fils des années, au fil des siècles, on avait inventé 248 commandements "positifs" et 365 commandements "négatifs" ! Comment les pauvres gens pouvaient-ils encore trouver le temps de souffler, le temps de vivre !

Une libération !

Nous avons tous vu, parfois, à la télé, des Juifs en prière, dont les attitudes, les postures, le costume, nous semblaient ridicules. On sourit également, on ironise à propos de certaines coutumes religieuses de l'Islam, ou de n'importe quelle religion. Mais nous aussi, nous les chrétiens, on nous a imposé, au fil des années, toute une série de prescriptions, moins voyantes peut-être, mais tout aussi pesantes. Et on peut appliquer à l'Eglise catholique ce que le Christ disait déjà des sages et des savants de son époque : "Ils ont chargé sur les épaules des pauvres gens quantité de fardeaux qu'eux-mêmes ne soulèvent pas du doigt." L'apôtre Pierre, lors du colloque de Jérusalem, où plusieurs tendances s'affrontent, dira : "On ne va pas imposer aux nouveaux convertis des fardeaux que ni nous ni nos pères n'ont pu porter." Il y avait donc une intention de libération dans les propos de Jésus. Or, on nous a inculqué, dans notre jeunesse, toute une "morale", et toute une série de préceptes qui n'avaient rien à voir avec l'unique commandement du Christ. Hier encore je voyais un homme qui pensait que tous les péchés concernaient la sexualité. J'ai essayé de lui expliquer que ce n'était pas l'essentiel de l'appel du Christ. Jésus vient nous libérer de tous les "fardeaux" imposés par les "sages et les savants" de l'Eglise comme par les "sages et les savants" de son époque. Pour que les gens puissent vivre, respirer, aimer.

"Mon joug" ?

Et en même temps, il ajoute : "Prenez sur vous mon joug." Il veut nous libérer d'un joug, et le voilà qui nous en impose un autre. Bien sûr, il nous dit que son joug est léger, qu'il va nous procurer le repos, mais enfin, c'est un joug sous lequel on doit se courber. Il y a une idée de devoir, de commandement. Son commandement, le seul : aimer comme lui a aimé. Vous avez tous vu des bufs attelés sous le même joug. Un joug, sous lequel on attelle deux animaux, pour qu'ils tirent ensemble. Quand Jésus parle de "mon joug", il veut dire qu'il se place sous le même joug que nous, qu'il va tirer, et nous avec lui, dans le même sens. Voilà l'image qu'il emploie.

Le mot "joug" est à l'origine étymologique du mot "conjugal". L'union conjugale, c'est un homme et une femme sous le même joug : ils tirent ensemble. Dans le même sens, de préférence, parce qu'on sait bien les dégâts que cela occasionne, quand le mari et la femme tirent chacun de leur côté. Voilà donc le sens de l'image employée par Jésus : un mariage, une union conjugale entre lui et l'humanité, pour qu'on tire ensemble, avec un but commun : le salut du monde, la réussite du Royaume. Pour procurer le repos. Pour répondre aux aspirations de notre humanité d'aujourd'hui.

Qui est sage et savant ?

Et Jésus ajoute : les sages et les savants ne peuvent pas comprendre cela. Il n'y a que les petits qui entreront dans cette perspective. Qu'est-ce que cela veut dire ? Premièrement, cela nous réjouit : il n'est pas nécessaire d'avoir un quotient intellectuel élevé pour être disciple de Jésus. Pas nécessaire d'avoir son bac. N'importe qui, le tout-petit en priorité, a accès aux mystères du Royaume. Il peut connaître Dieu aussi bien, mieux même que les sages et les savants. Il faut s'entendre là-dessus. Il ne s'agit pas d'une opposition entre la foi et la science. Jésus parlait des sages et des savants de son époque, c'est-à-dire justement ces docteurs de la Loi qui étaient fiers de leurs connaissances religieuses, qui commentaient la Bible à longueur de vie, mais qui en profitaient pour imposer des fardeaux sur le dos des pauvres gens ; de ces hommes qui étaient enfermés dans leur théologie morale. Eux autrefois, vous peut-être aujourd'hui, les parents, moi, peut-être, également, si nous ne faisons pas l'éducation de la liberté.

L'amour des petits.

C'est une question de connaissance. Dieu, personne le connaît, dit Jésus, sauf celui à qui il vient le révéler. La connaissance n'est pas le fruit d'une démarche intellectuelle. Il s'agit d'une démarche de tout l'être humain, d'un désir, d'une rencontre, d'une fréquentation, bref, de toute la démarche d'amour d'un homme pour une femme. On va marcher ensemble (on retrouve notre image) on va tirer ensemble, pour la réussite de l'humanité.

Vous voyez donc dans quel sens Jésus nous annonce aujourd'hui une bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle pour chacun de nous. Si nous travaillons sans cesse à être des hommes et des femmes libérés, si nous mettons en pratique l'unique commandement de l'amour des frères, comme Jésus l'a vécu, en proximité avec les petits et les pauvres, soulageant les misères, consolant ceux qui pleurent, réconciliant les gens, guérissant tous ceux qui souffrent. Et si nous révélons à nos contemporains cet amour que Dieu a pour les petits.

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