"...une perle de grande valeur."

Le chrétien : un aventurier.

 

Jésus disait à la foule ces paraboles : "Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède et il achète ce champ.
Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.
Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette dans la mer et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Avez-vous compris tout cela ? - Oui", lui répondirent-ils. Jésus ajouta : "C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien."

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 44-52

DIX-SEPTIEME DIMANCHE ORDINAIRE (A)

oOo

Une aventure ?

" Trésor caché ", " perle précieuse " : immédiatement, ces mots me font penser aux lectures qui émerveillaient mon enfance et ma jeunesse, " l'Ile au Trésor ", de Stevenson, les Contes des Mille et une Nuits, le marchand de perles du " Kim " de Kipling. Contes orientaux, aventures fabuleuses, mes lectures d'enfant me poussaient à m'évader du quotidien, du familier, et à rêver d'aventures. Aujourd'hui, c'est Jésus qui m'invite à l'aventure, qui veut me faire sortir du ronron quotidien, de ce que ma vie a de trop rationnel. Il m'invite à choisir le rêve, l'imagination, la joie, le bonheur. A la recherche du " trésor caché " et de " la perle rare " Mais ce rêve, n'est-ce pas pure folie ?

La perle rare.

Mettons-nous à la place du marchand de perles. C'est un spécialiste. Alors que pour vous, toutes les perles se ressemblent plus ou moins, le spécialiste, lui, saura vous les décrire, remarquer leurs défauts, repérer la perle de valeur. Or voilà que, ce matin-là, il a trouvé LA perle. Lui, en fin connaisseur, il l'a examinée attentivement. Il est en présence d'une pièce unique. Pour lui, c'est comme un coup de foudre. Il va faire un geste fou : il vend tout son stock pour acheter l'unique. Geste de folie ! Tous ses collègues vont ricaner : jamais il ne pourra " réaliser " cette perle, c'est-à-dire obtenir sa valeur en argent. Et si un jour il est dans le besoin, comment fera-t-il ? Il suffit donc d'attendre ce moment-là :il sera bien obligé de revendre à perte sa perle si précieuse !

Mais lui, le marchand de perle, il est dans un autre univers mental. S'il a tout vendu pour avoir cette perle, c'est qu'il s'est aperçu d'un seul coup que l'argent, le commerce n'étaient pas l'essentiel de sa vie. En réalité, au négoce, il a préféré la recherche de la beauté. Il cherchait une image de la perfection. Les autres pouvaient ricaner, il venait d'abandonner le monde utilitariste pour rejoindre le monde pur de la joie, de la beauté, de la perfection. Il venait de s'évader de son esprit boutiquier.

L'homme de désir.

Comment trouver la perle rare ? Au point de départ, il y faut une insatisfaction : ce que je vis quotidiennement ne me suffit pas. J'attends autre chose de la vie. Je désire…quoi, au juste ? Certainement vivre, vivre plus, vivre plus intensément, vivre mieux. Au plus profond de moi, je désire surtout aimer et être aimé ! Mais attention, on peut s'engager sur une fausse piste. Aimer, oui, mais pas n'importe comment. Si, pour moi, aimer, c'est posséder, c'est dominer ; si, pour moi, être aimé, c'est être connu ; reconnu et admiré, je suis sur la fausse piste. Je vais tourner en rond, puisque, en définitive, c'est encore moi que je cherche. Donc, aimer, c'est rechercher l'autre, donc sortir de soi. Sortir de nos repères familiers, des choses qui nous sécurisent, et faire un saut dans l'inconnu. C'est une aventure. Un saut dans le vide. Qu'est-ce qui peut justifier un tel saut dans l'inconnu ?

Un saut dans l'inconnu.

Prenons l'image de l'aventure amoureuse. Voilà un garçon, disons un adolescent, qui est attiré par les filles. Rien de plus normal. Il en fréquente une, puis une autre... Un jour, il rencontre l'unique, la " perle rare ". Immédiatement, il sait que tout va être bouleversé dans sa vie. Il y aura des " arrachements " (l'homme quittera son père et sa mère, dit la Bible), pour un " attachement " durable. Il est prêt à abandonner toute une part de ce qui faisait sa vie (sports, distractions favorites, copains ; famille et même son pays, sa région) pour s'attacher à celle qui est devenue pour lui le centre de son existence. Et l'aventure commence. Il est possible qu'elle dure toute une vie. Il est possible aussi, hélas, que cela ne dure pas, et que la " perle rare " se révèle bien décevante ! De toutes façons, il y aura eu ce saut dans l'inconnu, une prise de risque considérable. Un choix vital : au départ, rejet du train-train quotidien, pour obtenir un " plus " dans toute l'existence. Un vrai roman d'aventure, que la découverte du trésor caché.

Faites le saut !

Jésus nous invite à l'aventure. Il nous propose de tout risquer dans cette quête de l'amour. Mais pas de n'importe quel amour ! Etre aimé, se sentir aimé, et aimer pleinement, non pas pour quelques années, mais d'un amour éternel. " Cherchez d'abord le Royaume de Dieu, nous dit-il, et tout le reste vous sera donné par surcroît ". Voulez-vous connaître le bonheur ? Alors, faites le saut, prenez le risque. On vous a parlé de renoncement, de sacrifice ? En fait, rien de tout cela. Jésus ne fait pas de morale. Il vous invite simplement à une expérience. Une découverte qui peut se faire soudainement, ou qui, au contraire, sera lente, très lente. Mais, me direz-vous, peut-on vraiment aimer Dieu qu'on ne voit pas, et se sentir aimé de lui ? Oui, certainement. C'est justement en cela que consiste la découverte. Qui peut prévoir comment, dans une vie d'homme, va grandir la foi confiante en l'amour ; comment notre foi pourra se décanter jusqu'à découvrir Dieu comme la raison de tout, la source dont nous vivons, celui qui donne valeur aux choses de la vie ? Jusqu'à vivre avec, au fond de nous, ce goût d'éternité, ce désir d'infini, la réalité du bien-aimé, Dieu lui-même, au cœur de notre faiblesse ?

Si nous ne sommes pas des " satisfaits ", nous saurons courir le risque. Soyons de ces aventuriers !

 Retour au sommaire