L'APOCALYPSE

(Gilles Brocard)


Article 8 : Lettre à l’Eglise de Laodicée

 

Le contexte :

La ville de Laodicée était prospère grâce à son commerce lucratif de tissu de lin et aussi (et surtout) grâce à ses mines d’or. Lors de sa destruction par un tremblement de terre en l’an 60 de notre ère, elle a pu se reconstruire sans aide de l’extérieur. C’est dire sa richesse. Située dans une plaine, elle possédait des terres très fertiles. Cette ville abritait également une célèbre école de médecine qui produisait un collyre très efficace pour les personnes souffrant des yeux. La ville puisait son eau de sources chaudes et salées à environ 10 km et arrivait tiède à Laodicée avant d’être retraitée sur place. La communauté chrétienne de Laodicée est un peu à l’image de sa ville : riche et autosuffisante.

 

Le texte : (Ap 3, 14 - 22)

14 À l’ange de l’Église qui est à Laodicée, écris : Ainsi parle celui qui est l’Amen, le témoin fidèle et vrai, le principe de la création de Dieu :

15 Je connais tes actions, je sais que tu n’es ni froid ni brûlant – mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant.

16 Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche.

17 Tu dis : « Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien », et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu !

18 Alors, je te le conseille : achète chez moi, pour t’enrichir, de l’or purifié au feu, des vêtements blancs pour te couvrir et ne pas laisser paraître la honte de ta nudité, un remède pour l’appliquer sur tes yeux afin que tu voies.

19 Moi, tous ceux que j’aime, je leur montre leurs fautes, et je les corrige. Eh bien, sois fervent et convertis-toi.

20 Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi.

21 Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon Trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son Trône.

22 Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.

Vous l’entendez à la lecture de ce texte, la connaissance du contexte géographique et social de la ville de Laodicée est très utile pour éclairer le sens de ce texte. Rarement comme dans cette lettre, Jean a collé de si près à la situation sociale, historique, économique et géographique de la ville.

 

L’adresse : V 14 : « Ainsi parle celui qui est l’Amen, le témoin fidèle et vrai, le principe de la création de Dieu » :  

Pour sa dernière lettre, Jean présente Jésus comme celui qui est « l’Amen » : ce mot hébreu signifie « qui est solide, ferme et qui tient bon ». Il est particulièrement mal traduit par « ainsi soit-il » car il ne s’agit pas un souhait, mais d’un constat : « c’est ainsi », c’est solide, c’est sûr et certain serait une meilleure traduction. Pour souligner une parole et lui donner du poids, Jésus redouble souvent le mot « Amen » en disant : « Amen, amen, je vous le dis… » qui signifie : « en vérité je vous le dis ». C’est sur la racine du mot « amen » qu’ont été construit les mots de « foi » (Emouna), « confiance » (Amana) et l'adverbe « assurément » (Amna). Enfin, le mot « Amen », sera le quasi dernier mot du livre de l’apocalypse (Ap 22, 20) « Celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. – Amen ! Viens, Seigneur Jésus ».

Jésus est aussi « Le principe de la création de Dieu », c’est-à-dire ce par qui tout a été créé. Cela se comprend si nous avons en tête que Jésus est la Parole de Dieu (cf prologue de st Jean : « AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » Oui Dieu créé par sa Parole, (cf Genèse 1 : il dit et cela est) et aujourd’hui encore Dieu créé par sa Parole, il nous fait vivre par elle, comme le dit le prophète Isaïe : « De même que la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55, 10-11). Oui la Parole de Dieu, incarnée par Jésus, est vivante, elle nous fait vivre, elle nous nourrit, elle agit en nous, féconde notre vie pour que nous puissions accéder progressivement à notre ressemblance avec Dieu en devenant de plus en plus humain à la manière de Jésus.

 

Les symptômes : V 15 – 17

V 15-16 « Je connais tes actions, je sais que tu n’es ni froid ni brûlant – mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant. Aussi, puisque tu es tiède – ni brûlant ni froid – je vais te vomir de ma bouche. »  Nous comprenons bien ici l’allusion aux sources chaudes qui arrivaient tièdes à Laodicée et qui étaient imbuvables, allusion dont se sert Jean pour parler aux chrétiens de Laodicée : il est certain qu’ils allaient comprendre le message : « puisque tu es tiède je vais te vomir de ma bouche. » Terrible parole de Jésus qui, encore une fois, ne mâche pas ses mots, afin de créer un électrochoc chez les chrétiens de Laodicée. Etre tiède c’Ets être ni chaud ni froid, sans intérêt, sans positionnement clair, leur « oui » n’est pas un vrai « oui » et leur « non » pas de vrais « non » ! Cette forte parole de Jésus manifeste son dégout devant cette communauté. Et qu’est-ce qui le dégoûte tant ? C’est que cette Eglise dise : « Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien ». Cette autosuffisance qui est basée sur un mensonge, sur une illusion qui met Jésus hors de lui : « tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » Voilà la vérité, voilà ce qui est vrai, voilà ce qui est sûr et certain (Amen). Cet aveuglement a été le grand combat de Jésus contre les pharisiens (relisez le chapitre 23 de l’Evangile de Matthieu où par 3 fois Jésus les traite d’aveugles et 7 fois d’hypocrites), car il sait qu’il n’y a pas de pire aveugle que celui qui croit voir, qui prétend savoir, être fort, etc… voilà le mal dont souffre cette Eglise.

A Laodicée, leur richesse matérielle les a rendus aveugles à leur pauvreté spirituelle. Les habitants de Laodicée se vantaient de trois choses : leur or, leur industrie de textile et une pommade oculaire très réputée. Face à ces 3 motifs de s’enorgueillir, Jean va opposer 3 qualificatifs : l’Eglise de Laodicée est en fait pauvre, (contrairement à riche) nue (contrairement à habillée de beaux habits) et aveugle (malgré leur collyre si réputé). Un habitant de Laodicée ne pouvait pas ne pas comprendre et se sentir concerné par de tels propos.

 

Les remèdes : V 18 : Aussi, suis donc mon conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité ; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrir la vue.

Jésus demande aux chrétiens de Laodicée d’acheter chez lui, auprès de lui, les médicaments nécessaires : il est donc tout à la fois le médecin qui rédige l’ordonnance et le pharmacien qui les délivre. L’ordonnance ici comporte trois médicaments : il s’agit de l’or purifié au feu, des habits blancs pour cacher la honte, et du collyre pour recouvrir la vue. Regardons cette ordonnance de plus près :

L’or : cet or est purifié au feu ! On connait bien la technique pour purifier l’or de toutes ses scories : celui-ci a besoin d’être passé par un feu à très haute température afin de devenir totalement pur : les scories sont brulées mais l’or reste intact. Dans la bible ce feu purifiant est souvent utilisé pour parler des épreuves traversées, comme Job le dira : « Lui (Dieu) connaît mon chemin. Qu’il me passe au creuset : j’en sortirai comme l’or ». (Jb 23, 10) ou comme le dit le psalmiste : « nous sommes entrés dans l'eau et le feu, tu nous as fait sortir vers l'abondance. » (Ps. 65, 12). Ce feu purifiant est sûrement une allusion aux persécutions que connaissaient les chrétiens à cette époque comme semble le dire Pierre dans sa première épitre : « Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le brasier allumé parmi vous pour vous mettre à l’épreuve ; ce qui vous arrive n’a rien d’étrange. Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. » (1 P, 4, 12-13). Nous entendons aussi ici la 8ème béatitude : « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux… ». (Mt 5, 10). Or les chrétiens de Laodicée se pensaient comme de l’or mais sans accepter de passer par l’épreuve du feu, de la vérification de leur foi, au moment de l’épreuve.

Les habits blancs : dans la lettre à l’Eglise de Sardes, le vêtement blanc était promis au vainqueur ! (Celui qui vaincra sera revêtu ainsi de vêtements blancs Ap 3, 5). Le vêtement dans la Bible symbolise l'état de l'âme d'une personne. Si le vêtement est blanc, c’est qu’il est sans péché, comme Jésus à la transfiguration. Dans le livre de l'Apocalypse, ce vêtement blanc se réfère aux martyrs car il matérialise la pureté obtenue à travers le passage par l’épreuve de la persécution. Il est aussi l’habit des noces, (encore aujourd’hui en occident) comme il est écrit au chp 19 : « Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse, et donnons-lui gloire ; car les noces de l’agneau sont venues, et son épouse s’est préparée, et il lui a été donné de se revêtir d’un fin lin, éclatant, pur. Car le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints ». (Ap 19.6-7). Ce vêtement blanc est bien sûr devenu l’habit des baptisés, qui ont revêtu le Christ. Voilà de quoi les chrétiens de Laodicée ne sont pas vêtu, au contraire ils se croient habillé de leur réussite, qui est en fait leur nudité, ils doivent encore apprendre à se laisser vêtir par le Christ, par l’humilité de Jésus ;

Le célèbre collyre de Laodicée : nous l’avons vu, le problème des chrétiens de Laodicée c’est qu’ils sont aveugles et qu’ils disent qu’ils voient ! C’est pour les guérir de leur cécité que Jésus leur propose de trouver auprès de lui, le seul collyre capable de les guérir : sa parole ! C’est st Augustin, qui m’a éclairé sur ce point : pour lui, la bible est comparable à un collyre : à chaque fois que nous lisons l'Ecriture, c'est comme si Dieu venait appliquer sur nos yeux un collyre pour nous guérir de notre cécité. Ainsi, la Bible vient éclairer ma vie actuelle et me permet d'y voir plus clair, elle prend alors sens et me permet de mieux répondre aux questions qu’elle me pose. Oui la Parole de Dieu est illuminante, j’en fais très souvent l’expérience, pour moi-même et pour les personnes que j’accompagne, elle a une réelle force thérapeutique comme je vous le disais au V 14 : elle est principe de création. Voilà ce que les chrétiens de Laodicée ont encore à découvrir en lisant les écritures : ainsi ils verront qu’ils ne voient pas clair et pourront enfin se laisser illuminé et guérir par le Christ.

Nous le voyons bien, face au mal dont souffrent les chrétiens de Laodicée, Jésus ne les abandonne pas à leur triste sort : au contraire, « tous ceux que j’aime, je leur montre leurs fautes, et je les corrige » ajoute-t-il au V 19. Il prend soin de son Eglise, même quand celle-ci est tiède, et comme des parents aimants, il redresse leur trajectoire pour qu’ils prennent une voie qui les fasse grandir.

 

Enfin la promesse : V 20-21 - Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. –

Merveilleuse parole qui dit si bien la proximité de Jésus avec les Humains et sa délicate présence en nous. En effet, Jésus se tient à la porte de nos cœurs et frappe doucement, délicatement, il n’enfonce pas la porte avec un bélier et n’entre pas chez nous par effraction. Pour entrer, il a besoin que nous entendions sa voix, encore faut-il prendre le temps de l’écouter, de nous familiariser avec elle, pour la reconnaitre, car Jésus frappe avec sa voix, c’est-à-dire avec sa parole (d’où l’importance de la lire). Ensuite, l’ayant entendu frapper par sa parole (ne dit-on pas que telle ou telle parole de la bible m’a frappée ?) il nous revient de décider d’ouvrir ou non la porte de notre cœur à sa présence. Cela dépend de nous pour accueillir la douce présence de Jésus dans nos vies. Alors Jésus pourra « souper » avec nous : terme qui dit la proximité, manger avec quelqu’un qu’on aime, diner aux chandelles, ou simple casse-croute ensemble, paisiblement !

Remarquez que Jésus ne vient pas pour nous faire la morale, mais pour « prendre son repas avec nous », se nourrir de ce qui nous nourrit, et nous nourrir de ce qui le nourrit lui aussi. Le souper signifie une fraternité avec Christ (cf Jn 14, 23 : « « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure ») et anticipe le festin des noces de l’Agneau (cf Ap 19, 9 : « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! »). Oui c’est heureux de prendre un tel repas en si bonne compagnie ! Nous pouvons voir ici une allusion non masquée à l’eucharistie qui nous donne de communier au repas du Seigneur : mais qui mange avec qui ? « Lui avec nous et nous avec Lui » nous dit l’Apocalypse. A ce propos, je me suis toujours demandé pourquoi on nous fait dire à la messe que « nous ne sommes pas dignes de le recevoir » après avoir dit « heureux les invités au repas du Seigneur » ? Ne serait-il pas plus juste de répondre à cette invitation : « Seigneur, je suis heureux de te recevoir et dis seulement une parole et je serai guéri » ? Car seule la parole de Jésus peut nous guérir de notre cécité, c’est bien ce que nous avons vu dans ce passage de l’apocalypse. Alors essayez de changer ces quelques mots et vous verrez, ça fait un bien fou de dire une telle phrase, … il y a de fortes chances que vous alliez alors communier avec un large sourire aux lèvres.  

 La seconde promesse, consiste à siéger avec le Christ lui-même auprès du Père. V 21 - Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire ; j’ai siégé avec mon Père sur son trône. – promesse de vie éternelle ! Ce n’est pas rien comme promesse non ? La vie éternelle en présence de la Présence ! Quel cadeau !

V 22 –  Celui qui a de l’oreille, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises.

 

Voilà j’arrête là ce commentaire de la lettre à l’Eglise de Laodicée et comme à chaque fois, je vous invite à faire le bilan de santé de votre propre Eglise locale, à propos de ce qui fait votre vraie richesse, du risque de l’aveuglement (à croire que nous savons mieux que les autres) et à propos de la chaleur de l’amour que vous avez les uns pour les autres et pour le Christ ! est-ce tiède ? chaud ou froid ?

Avec cet article, j’ai terminé le commentaire des 7 lettres aux 7 Eglises, mais j’ai décidé de vous offrir un petit bonus comme dans les DVD, un bonus où je ferai une lecture transversale des 7 lettres, afin de repérer tous les titres donnés à Jésus, tous les maux dont souffrent les Eglises, tous les remèdes proposés et toutes les promesses faites aux Eglises. Vous verrez, c’est très intéressant aussi de lire ces deux chapitres avec un autre point de vue.

Au mois prochain donc.

Gilles Brocard

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