Voici ton roi qui vient vers toi

Qui est cet homme ?

 

Quelques jours avant la fête de Pâques, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers.

Alors Jésus envoya deux disciples : "Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse et un petit âne avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l'on vous dit quelque chose, vous répondrez : "Le Seigneur en a besoin mais il les renverra aussitôt." Cela s'est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète : "Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d'une bête de somme."

Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l'ânesse et son petit âne, disposèrent sur eux leurs manteaux sur le chemin ; d'autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : "Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux!"

Comme Jésus entrait à Jérusalem, l'agitation gagna toute la ville ; on se demandait : "Qui est cet homme ?" Et les foules répondaient : "C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21, 1-11

DIMANCHE DES RAMEAUX

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Un malentendu

Cette célébration du dimanche des Rameaux nous rappelle que c'est un horrible malentendu qui a provoqué la mort de Jésus et donc, qui est à l'origine de l'acte de salut du Christ en notre faveur.

Au matin des Rameaux, Jésus entre triomphalement à Jérusalem : il se présente comme le Roi-Messie que tout Israël attendait depuis près de cinq siècles. Les gens ne s'y sont pas trompés, qui l'ont acclamé ce matin-là. Jésus a repris exactement le cérémonial d'investiture qui fut celui de tous les rois d'Israël, depuis David et Salomon, et, pendant cinq siècles, celui de tous leurs successeurs. Ensuite, après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, il n'y a plus de rois, mais tout le peuple garde ce désir, entretenu par les Prophètes, d'un Roi-Messie qui reprendrait un jour possession de sa capitale et ferait retrouver au peuple la grandeur d'autrefois, telle qu'elle fut au temps de David et de Salomon, c'est-à-dire l'indépendance politique et la richesse économique. Il y a donc tout cela dans l'esprit des gens qui acclament Jésus au matin des Rameaux. Et en même temps on trouve dans la relation de Matthieu comme une note d'humour : Jésus n'entre pas sur un cheval blanc, comme on aurait pu l'imaginer, mais sur un petit ânon. Imaginez la reine d'Angleterre, au jour de son couronnement, parcourant les rues de Londres à vélo ! Mais à travers ce geste, Jésus veut dire quelque chose d'important. Oui, il est le Roi-Messie annoncé par les Prophètes, attendu par des générations d'Israélites, dont la venue a été préparée au long des siècles, et en même temps, il n'est pas celui que le peuple imagine.

Qui est-il réellement ?

C'est vrai : tout au long de sa vie, il a refusé tout ce qui pouvait ressembler à un pouvoir humain. Rappelez-vous le récit de la Tentation, où il chasse l'esprit du mal qui lui propose de lui donner le pouvoir sur tous les royaumes de la terre. Et certes, Jésus a eu cette tentation d'un pouvoir terrestre. Au soir de la multiplication des pains, il s'enfuit parce que les gens veulent en faire leur roi. Il a tellement peur qu'on fasse un contresens sur son identité et sa mission !

Mais le malentendu existe. Le roi-messie vient, certes, pour libérer son peuple (plus que son peuple : l'humanité entière), mais pas avec les moyens de la puissance comme les gens le croient. Et c'est pourquoi, dans cette célébration des Rameaux, après avoir acclamé Jésus en levant nos rameaux au-dessus de nos têtes, immédiatement après, nous lisons le récit de la Passion. Car il ne faut pas se tromper sur l'identité du Messie. Il ne faut pas se tromper sur l'identité de Dieu révélé en Jésus-Christ. Le Dieu auquel nous croyons n'est pas le Très-Haut, le Tout-Puissant, Celui qui règne dans les cieux, celui qui commande et promulgue des oukases, une espèce de dictateur. Et pourtant, nous avons tous un peu cette idée-là de Dieu dans notre tête. Et Jésus va " se tuer ", littéralement, à nous dire : je ne suis pas celui que vous croyez. Dieu n'est pas celui que vous croyez. Qui est-il ? Celui qui donne sa vie, par amour. Et comme le mot " amour " est un mot piégé, depuis longtemps, Jésus va faire des gestes pour nous dire qui est vraiment le Messie, qui est vraiment Dieu. Il va faire deux gestes : le premier que nous commémorons le soir du Jeudi-Saint, et le deuxième, que nous célébrons le Vendredi-Saint.

Deux gestes

Le premier geste : Jésus lave les pieds de ses disciples. Ce qui veut dire qu'il se présente, qu'il présente Dieu comme notre esclave. Et pas n'importe quel esclave. Dans la législation juive, on n'avait pas le droit de demander à son esclave de vous laver les pieds, si c'était un esclave juif. On ne pouvait l'exiger que des esclaves étrangers. Jésus se fait donc sous-esclave. Le deuxième geste : aller jusqu'au bout de l'amour en donnant sa vie sur la croix.

Mais il nous est difficile de croire au Dieu de Jésus-Christ : un Dieu-esclave, un Dieu qui par amour donne sa vie, aujourd'hui, pour nous, pour nous faire exister. Et nous, si nous venons ici ce matin comme à un spectacle, ou même simplement par tradition, il nous manque quelque chose : " avoir en nous les sentiments qui furent ceux du Christ-Jésus ", comme dit saint Paul. S'il n'y a rien de changé dans nos curs, qu'est-ce que cela veut dire, la passion du Christ ? Elle sera inscrite dans nos curs si nous avons la volonté, dès aujourd'hui, de nous faire serviteurs de nos frères. Nous allons relire aujourd'hui, le beau texte tiré de la lettre de saint Paul aux Philippiens : il nous redit le contenu de notre foi en un Dieu qui s'abaisse, s'humilie, prenant la condition d'esclave, mourant de la mort des esclaves, et qui, par ce passage de la mort, est " exalté ". Jésus lui-même l'avait annoncé : " Lorsque j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi. " C'est pourquoi, aujourd'hui, nous ses fidèles, nous pouvons acclamer Jésus comme notre Roi.

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