L'apôtre Pierre - Mausolée de Galla Placidia - Ravenne

A qui irions-nous ?

 

Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle." Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s'écrièrent : "Ce qu'il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l'écouter ! " Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : "Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ? C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas." Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait. Il ajouta : "Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père". A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. Alors Jésus dit aux Douze : "Voulez-vous partir, vous aussi ?" Simon-Pierre lui répondit : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu."

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 60-69

21e DIMANCHE ORDINAIRE B

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La question de confiance.

Nous voilà mis au pied du mur. Depuis plusieurs semaines, chaque dimanche, nous avons entendu Jésus nous tenir un discours difficile. Non seulement difficile à comprendre, mais aussi difficile à accepter. Passe encore de l'entendre nous dire qu'il vient de Dieu, et que sa Parole, il faut y croire totalement. Mais le voilà qui nous invite à "manger sa chair et boire son sang". On comprend que beaucoup, dans cette foule de cinq mille hommes qui avait bénéficié de la multiplication des pains, aient renoncé à suivre. Mais ce ne sont pas seulement ceux-là qui sont partis. L'évangile nous dit que beaucoup de disciples, donc des gens qui suivaient Jésus depuis des mois, ont renoncé eux aussi, pensant que "ce qu'il dit là est intolérable : on ne peut pas continuer à l'écouter !". Restent les Douze, à qui Jésus pose la question de confiance : "Voulez-vous partir, vous aussi ?"

Il faut choisir, nous aussi. Le Christ, Parole de Dieu, nous oblige à ce choix. "Vivante est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu'aucune épée à double tranchant. Elle pénètre jusqu'à diviser âme et esprit, articulation et moelles." (Hébreux 4, 12) Elle opère un tri, séparant non seulement croyants et incroyants, mais le croyant et l'incroyant qu'il y a en chacun de nous. De quel côté allons-nous nous tourner ?

Jusqu'au bout ?

Pierre, au nom des Douze, répond par les mots de la fidélité : "A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle". Il suivra, les Douze suivront, Judas lui-même continuera à suivre. Mais pas jusqu'au bout. Pierre, comme Judas, comme les dix autres, accepte de faire un bout de chemin. Mais au moment crucial, Judas trahit, Pierre renie son maître, et tous s'enfuient. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je crois que les Douze ont accepté, assez facilement, de croire que Jésus vient de Dieu, mais qu'ils n'étaient pas prêts à admettre la suite : le corps livré, le sang versé, la chair du Fils de l'homme livrée pour le salut du monde. Rappelez-vous l'épisode de Césarée. Jésus est arrivé à l'extrême-Nord du pays. Il procède à un sondage d'opinion et demande aux disciples ce que les gens pensent de lui. Un prophète ? Elie ressuscité ? "Mais pour vous, qui suis-je ?" C'est Pierre qui répond : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Là encore, Pierre, au nom des Douze, adhère à la première partie de ce qui est le destin de Jésus : il vient de Dieu. Mais dès que le Christ parle de monter à Jérusalem pour y subir la Passion, Pierre se rebelle : pas question de suivre un Messie qui parle de souffrance, de tortures, de crucifixion et de mort. La fidélité de Pierre et de ses camarades avait des limites, malgré les belles déclarations et les bonnes intentions. "Tu as les paroles de la vie éternelle". Pierre sait que la Parole de Dieu est liée à la vie, que c'est elle qui fait vivre. Mais il ne fait pas allusion au don de la chair et du sang. Peut-être lui est-il impossible d'aller jusque là.

Tellement déconcertant !

Il faut choisir. Et pas seulement pour une partie du choix que le Christ nous invite à faire. Pas seulement quand tout va bien, en nous disant : pour la suite, on verra bien ! Reconnaissons que Jésus, qui se présente à nous, donnant sa chair et son sang, nous déconcerte et nous effraie. Comment faire une confiance totale au Christ ? Lorsque dans nos vies nous avons à traverser des événements crucifiants, nous avons du mal à croire que Dieu est amour. C'est là que nous avons à choisir, non pas en fonction de nos sentiments spontanés, ni des évidences immédiates, mais en fonction de la Parole du Christ que nous transmet l'Eglise. Ces paroles sont paroles de vie éternelle. Elles nous annoncent la vie au sein même de la mort. Nous ne pouvons aller vers personne d'autre, car Dieu est l'Unique et en dehors de lui, il n'y a que le néant.

Mais rassurant !

Encore une fois, c'est un choix difficile, je le reconnais. Regardons de nouveau vers Pierre. Au cours du dernier repas, alors que Jésus annonce une fois de plus son arrestation imminente et déclare que tous ses amis vont l'abandonner, Pierre s'écrie : "Même si tous t'abandonnent, moi, je ne t'abandonnerai pas". On sait la suite : le reniement, les larmes de Pierre, mais aussi les rencontres avec Jésus ressuscité et particulièrement la rencontre au bord du lac. Jésus vient retrouver et rassembler tous ceux qui l'ont abandonné. Cela doit nous rassurer, nous qui avons beaucoup de mal à nous retrouver croyants quand la vie nous fait passer par où le Christ est passé. Il ne faut pas trop s'en inquiéter. Le Christ a renouvelé sa confiance à celui qui l'avait renié et Pierre a fini par suivre le Christ jusqu'au bout.

L'essentiel est de renouveler, jour après jour, le choix de suivre Jésus. Au fond, si nous lisons ces lignes, c'est bien que nous essayons de faire comme Pierre et ses camarades. Ils ont répondu " Oui ", et toute leur démarche d'hommes a été, avec des hauts et des bas, des chutes et des redémarrages, une réponse à l'appel entendu un jour. "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis", nous rappelle Jésus. Et "personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père" .

Bonne route, avec le Christ.

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