Le Cénacle à Jérusalem

L'intelligence des Ecritures

 

Les disciples qui rentraient d'Emmaüs racontaient aux onze apôtres et à leurs compagnons ce qui s'était passé sur la route et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d'eux et il leur dit : " La paix soit avec vous. " Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : " Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. " Après ces paroles, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement. Jésus leur dit : " Avez-vous ici quelque chose à manger ? " Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il déclara : " Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. " Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures.

Il conclut : " C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. "

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24, 35-48.

TROISIEME DIMANCHE DE PAQUES (B)

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Semblable... et différent !

Le passage d'évangile que nous venons de lire est semblable à celui que nous lisions dimanche dernier : il s'agit de la même scène qui se déroule le soir de la Résurrection, à Jérusalem, dans la chambre haute. C'est la première apparition de Jésus à ses disciples rassemblés. Mais il y a de nombreuses différences entre le récit de Jean, que nous lisions dimanche dernier, et celui de Luc, qui a été écrit environ une vingtaine d'années avant celui de Jean.

Luc s'adresse à un auditoire de gens qui, de par leur mentalité, ont du mal à entrer dans le mystère de la Résurrection : essentiellement des Grecs convertis au christianisme. Pourquoi cette difficulté ? Parce que, pour eux, comme pour une grande partie de l'humanité, l'âme, l'un des deux composants de l'être humain, est comme prisonnière du corps. Et le corps, la matière, c'est tout ce qui est d'en bas. Je ne dis pas tout ce qui est mauvais, mais cela peut aller jusque là. C'est tout ce qui emprisonne l'âme, l'esprit, le cur, ce qui, naturellement, est attiré vers le haut. Dans la mentalité grecque, le corps est dévalorisé par rapport à l'âme, alors que dans la pensée juive, on ne fait jamais de distinction entre le corps et l'âme. Et quand on dit : " Il est ressuscité ", on pense à une personne qui est vivante, corps et âme.

L'intelligence des Ecritures.

Aussi Luc, s'adressant à son auditoire, va insister davantage que Jean sur les preuves que Jésus a données qu'il n'était pas un fantôme, un esprit, un " revenant ". Et comme Jean, Luc nous dit que les disciples ont douté. Même quand ils étaient remplis de la joie de sa présence , ils doutaient encore. Alors le Christ va leur dire : " Mais touchez-moi !Un fantôme d'a pas de chair ni d'os ". Et comme ils n'arrivent pas à y croire, Jésus va manger devant eux. C'est ainsi que Luc raconte la scène.

Une autre différence entre Luc et Jean, sur laquelle je voudrais insister davantage, c'est que Luc souligne (alors que Jean ne fait qu'effleurer) le fait que Jésus, ce soir-là, a " ouvert ses disciples à l'intelligence des Écritures ".

Jésus dit aux disciples rassemblés : l'Écriture, les Prophètes, les Psaumes, vous connaissez tout cela très bien. Vous avez été au " catéchisme ", c'est même dans le Livre que vous avez appris à lire ; c'est toute votre culture, c'est toute votre histoire. Eh bien, tout cela ne trouve son sens, sa valeur de globalité, son unité que dans ma personne, dans mon aventure humaine : ma vie, ma mort et ma résurrection.

Jésus, au centre.

Le chrétien ne peut rien comprendre à l'Écriture (ou bien ce sont seulement des histoires plus ou moins pieuses), s'il n'y a pas Jésus Christ. Il explique à ses amis - il nous explique - tous ces passages des prophètes, tous ces signes mystérieux de l'Ancienne Alliance ; tous ces versets des psaumes que tout bon juif récite par cur depuis son enfance, des passages vieux de cinq à sept cents ans. Tout cela prend son sens en la personne de Jésus . Il est là pour récapituler toute cette histoire sainte et la mener à son terme, c'est-à-dire à son a-venir, qui est un avenir de résurrection. Et ce qui me frappe toujours, quand je relis l'histoire des apôtres au début de leur prédication, c'est la façon dont ils utilisent la Bible pour dire Jésus ressuscité à leurs compatriotes.

Les apôtres ont compris, à ce moment-là, tout le sens de l'aventure qu'ils vivaient. Saint Paul, par exemple, qui était beaucoup plus cultivé que les autres, puisqu'il avait fait des études supérieures de théologie juive à Jérusalem. Dans la première lettre aux Corinthiens il écrit en substance : Moi, je croyais avoir tout compris. En fait, je ne savais rien. Je n'avais rien compris. Mais par contre, tout s'est éclairé , tout s'est illuminé quand j'ai rencontré Jésus Christ. Pierre lui-même, le pêcheur du lac, l'homme plus ou moins illettré, en remontre aux autorités religieuses juives en matière de théologie et leur fait une véritable démonstration sur Jésus, en qui s'accomplissent les Écritures.

Si personne ne m'explique !

Et nous ? Je me dis quelquefois : on a été au catéchisme (ça vaut ce que ça vaut !), mais cette "plaie ouverte au flanc de l'Eglise", l'ignorance religieuse des chrétiens que dénonçait déjà Pie XI avant la guerre, cette plaie ouverte ne fait que s'élargir. Alors qu'il est de plus en plus indispensable que les chrétiens, qui ne sont plus portés par un milieu croyant, puissent rendre compte de ce qu'ils croient et des motifs de leur foi chrétienne. Nous avons peut-être, chez nous, une Bible, ou tout au moins un Nouveau Testament. Qu'en faisons-nous ? Ne sommes-nous as comme ce Noir, cet Éthiopien qui circulait sur la route de Gaza quand Philippe l'aborde, alors qu'il lit le prophète Isaïe, et lui demande s'il comprend ce qu'il lit. L'autre répond : " Et comment pourrais-je comprendre si personne ne m'explique ! "

Ne disons pas qu'il n'y a personne pour expliquer. Les rencontres bibliques, les groupes d'études, les partages d'Évangile, cela existe. Ce qui manque surtout, c'est l'appétit. Le désir de connaître et de rencontrer Jésus en vérité. Apprendre à lire la Bible, non par curiosité intellectuelle, mais comme le Livre de Vie. Alors, à ce moment-là, la personne du Christ sera pour nous autre chose qu'un vague personnage mythique. Elle sera une réalité présente dans notre vie quotidienne.

Et nous serons, pour notre monde, les témoins de la joie et de l'amour de Dieu.

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