Toujours prier

Prier sans se décourager.

  

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager : " Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : 'Rends-moi justice contre mon adversaire.' Longtemps il refusa ; puis il se dit : 'Je ne respecte pas Dieu, je me moque des hommes, mais cette femme commence à m'ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.' Le Seigneur ajouta : " Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? "

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 1-8

VINGT-NEUVIEME DIMANCHE ORDINAIRE (C)

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Qui croire ?

C'était au lendemain du 11 septembre 2001. Rencontrant une jeune fille au magasin, nous parlions de l'horreur, et elle m'a lancé : " Avec ce qui vient de se passer, comment croire en Dieu ? " Elle rejoignait la réflexion d'une autre personne, entendue le matin même à la radio, qui s'écriait : " Et Dieu, qu'est-ce qu'il fait, là-dedans ! " J'avoue que moi aussi, ces jours-là, j'avais eu cette réaction instinctive de me tourner vers Dieu pour lui demander : " Et alors, que fais-tu ? Est-ce que tu dors ? " Et en même temps, me revenaient en mémoire les mots du psaume : " Non, il ne dort ni ne sommeille, le gardien d'Israël ".

Alors ? Qui faut-il croire ? Les faits bruts, qui soulèvent l'indignation générale, ou la Bible, parole de Dieu pour les hommes d'aujourd'hui, pour vous, pour moi ? Nous allons essayer de comprendre, en partant de ce passage difficile de l'Évangile de saint Luc que la liturgie de ce jour propose à notre méditation. Et d'abord, en le re-situant dans son contexte.

Le contexte

Nous sommes toujours, avec Luc, sur la route de Jérusalem, pour cette longue marche qui aboutira à la Pâque de Jésus. Des pharisiens lui demandent : " Quand donc vient le Règne de Dieu ? " Eux aussi, comme la plupart des gens de l'époque, sont las d'attendre. Ils souffrent de l'occupation romaine, des injustices, de la misère, de la violence instituée en système de gouvernement. Et ils se demandent pourquoi Dieu n'intervient pas, pourquoi il n'impose pas son " règne " Ils attendent le grand bouleversement si souvent annoncé par les prophètes. Or, justement, depuis quelques mois, Jésus annonce la venue du " Règne de Dieu " comme imminente. Et même, à leur question, il répond aujourd'hui : " Le Règne de Dieu est parmi vous ", même si vous ne le voyez pas. Là-dessus il les quitte et parle uniquement à ses disciples pour leur annoncer le " Jour du Fils de l'homme ", non pas pour maintenant, mais pour beaucoup plus tard, pour la fin des temps (Luc 17, 20-37). Que veut-il dire ? L'intervention divine, c'est pour quand ? Pour aujourd'hui ou pour plus tard ?

Sans tarder ?

Jésus ne répond pas directement à ma question. Il répond en racontant la parabole du mauvais juge et de la pauvre veuve. On peut résumer les propos de Jésus en disant : Si un mauvais juge écoute les réclamations répétées de la pauvre veuve, parce qu'elle lui " casse les pieds ", à plus forte raison Dieu " fera justice à ceux qui crient vers lui jour et nuit " Quand ? " Sans tarder ", dit-il. Et pourtant, ce n'est pas si évident que cela, puisqu'il recommande de " prier constamment et sans se lasser " C'est donc que ce n'est pas pour tout de suite. Je ne suis donc pas plus avancé ! Dieu laisse le cours des événements se dérouler sans intervenir, La violence, la haine, les fanatismes divers s'épanouissent de plus en plus. Et des hommes innocents meurent tous les jours. Et demain sera peut-être pire qu'aujourd'hui !

A quoi bon !

Alors, à quoi bon prier ? C'est alors que Jésus intervient pour m'inviter à ne pas " baisser les bras ", même si toutes les apparences sont contre. : " Le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable " (Luc 17, 20). Donc, malgré les apparences, quelque chose se passe, " parmi nous ". Et d'abord " en nous " si nous crions vers lui jour et nuit. C'est le but de la prière. Saint Augustin explique clairement qu'elle ne sert pas à informer Dieu, mais à construire l'homme. Dieu sait bien ce qui se passe. Jésus dira qu'il sait ce dont nous avons besoin avant même que nous n'ayons fait notre demande. S'il n'intervient pas, c'est parce qu'il respecte totalement la liberté humaine, même si cette liberté, dévoyée par le péché, nous pousse à commettre les pires crimes. Il respecte cette liberté, et pourtant, il se place du côté des victimes, de toutes les victimes, de quelque camp qu'elles soient. Elles crient vers lui jour et nuit, et lui crie vers nous, pour que nous ne soyons pas des résignés, pour que nous ne baissions pas les bras, pour que l'humanité puisse enfin se construire.

Trouvera-t-il la foi ?

Écoutez les réflexions des gens : partout, on n'entend que lamentations, regret du passé, peur de l'avenir, récriminations. On cherche des coupables et on les expose à la vindicte publique. " C'est la faute à ". Et " s'il y avait un bon Dieu ! " Voilà, tout est dit.

" Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? " En d'autres termes, car ces propos me concernent, moi, directement : " Vais-je persévérer jusqu'au bout dans la foi ? " Ces propos nous concernent tous, et à cours terme, dès aujourd'hui. Allons-nous persévérer dans la foi ? C'est à dire, allons-nous continuer à faire confiance à Dieu, concrètement. Croire, je l'ai dit souvent, c'est d'abord faire confiance. Chacun de nous vit entre défiance et confiance. Défiance si nous pensons que tout va de mal en pis, que " rien ne changera sur la terre des hommes ", si, chaque jour nous nous répétons " Qu'est-ce qu'on y peut ? " Confiance, si nous prenons notre existence à bras le corps. Confiance en Dieu, donc confiance en la vie, confiance en l'avenir. Alors, notre prière prendra une tout autre allure. Nous pourrons redire sans cesse " que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite ", sachant que la volonté de Dieu, c'est l'homme vivant, c'est un monde enfin réussi. Confiance ! Ne baissons pas les bras. " Voici que je fais toutes choses nouvelles ", nous dit-il. (Apocalypse, 21, 5)

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