"Je ne suis pas comme les autres... !"

ETRE VRAI !

 

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : " Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien et l'autre, publicain. Le pharisien priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en priant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !' Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève, sera abaissé ; qui s'abaisse, sera élevé. "

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 9-14

TRENTIEME DIMANCHE ORDINAIRE (C)

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Pharisien ?

Je suis à peu près certain qu'aucun de nous, lisant cette page d'Évangile, ne s'est dit : " Je suis ce pharisien ! " Je suis à peu près certain que nous nous sommes tous placés du côté du publicain. Ou plus exactement - ce qui est pire - nous nous sommes dit : " Dieu merci, je ne suis pas comme ce pharisien ! " Si c'est le cas, nous sommes tombés dans le piège. Et nous voilà pire que le pharisien de cette histoire. Car lui, au moins, avait de bonnes raisons de se dire juste : qui de nous jeûne deux fois par semaine ? Qui de nous reverse dix pour cent de ses revenus ? Cet homme était, selon les critères habituels, un juste. Il essayait d'être en règle avec Dieu. Il ne pensait pas qu'à lui, puisqu'il partageait largement. Bien plus, il ne s'en attribuait pas le mérite exclusif, puisqu'il rendait grâce à Dieu - il attribuait à Dieu le bien qu'il faisait, l'homme qu'il était devenu grâce à Dieu. Que faire de plus ? C'est à juste titre qu'il pouvait être convaincu d'être juste.

Deux raisons.

" Dieu merci, je ne suis pas comme ce pharisien ! " Est-ce si sûr ? Mais d'abord, demandons-nous pourquoi cet homme apparemment si bien n'a pas été justifié, à la sortie de sa prière au Temple. Il me semble que c'est pour deux raisons. D'abord, parce que sa prière est fausse. Il ne parle que de lui. C'est " moi, je ! " Devant Dieu, il ne se tourne pas vers Dieu, il demande à Dieu de se tourner vers lui. " Je ne suis pas comme les autres, je jeûne, je donne… " C'est comme s'il disait à Dieu : " Regarde-moi. N'est-ce pas que je suis un juste ? " Deuxième raison : c'est ce petit mot : " comme ", qu'il emploie à deux reprises. Il se compare. " Je ne suis pas comme le reste des hommes…je ne suis pas comme ce publicain ". Alors là, il a tout faux. Je l'aurai répété tout au long de ma vie, ce slogan : " Le malheur de l'homme, c'est de se comparer ". Et j'ajoute toujours : si tu te compares en mieux, tu es orgueilleux ; et si tu te compares en moins bien, tu engendres en toi la jalousie, l'envie. Deux " péchés capitaux ", à l'origine de tout le mal qu'il y a dans l'humanité. Regardez lucidement le mal de notre monde aujourd'hui et vous pourrez facilement en évaluer les sources. Toujours orgueil et jalousie.

Tous pourris !

Donc, notre pharisien a tout faux, à partir du moment où il se compare à tous les autres. Pas à quelques-uns, mais à " tous les autres ", dit l'Évangile, pour les mépriser. Car ce qui est le plus grave, c'est qu'on a tous tendance à mettre tout le monde " dans le même sac ". " Je ne suis pas comme le reste des hommes " : voilà la traduction exacte de l'Évangile. Notre lectionnaire, une fois de plus, édulcore la pensée de Jésus, en traduisant simplement " comme les autres hommes ". Non. Il y a lui, le pharisien, et le reste de l'humanité, pourrie, mauvaise. Tous pourris. Lui, il est le seul juste. Le publicain n'est, pour lui, que l'illustration parfaite de la pourriture de l'humanité.

C'est un scandale !

Hélas pour lui ! Il se croyait le seul juste. Mais aux yeux de Dieu, ce n'est pas lui le seul juste. Le seul juste est ce publicain. Rendez-vous compte ! Quel scandale ! Et pour cela, rappelez-vous qui était ce publicain. Un homme qui avait acheté (parfois cher) sa fonction, qui, pour cette raison, avait tout intérêt à faire rentrer l'argent en volant, en pressurant les pauvres gens, car c'est lui qui fixait l'assiette de l'impôt ; un homme qui travaillait pour l'occupant romain, donc qui était considéré comme un collaborateur. Or, ce sale type s'en retourne chez lui, justifié. Pourquoi ? Simplement parce qu'il s'est montré vrai devant Dieu. Il est vraiment un sale type, mais il le reconnaît. Là, il ne cherche pas à tricher. Il demande à Dieu d'avoir pitié de lui. Entre Dieu et lui, pas l'ombre d'une fausseté.

Etre vrai !

Être vrai. Vis à vis de Dieu et vis à vis des hommes. Et pour cela, ne pas juger. Il est aussi dangereux de s'évaluer personnellement que de porter des jugements sur les autres. Car aux yeux de Dieu, reconnaissons-le simplement, nous sommes si peu de chose. Et ce qu'il nous arrive de faire de bien, nous n'avons pas à nous en attribuer le mérite. " Moi, je ne me juge pas " écrit saint Paul. Car tout est grâce : tout en nous est don gratuit de Dieu. Et si nous avons à rendre grâce, ce n'est pas pour ce que nous sommes ni pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous avons reçu. " J'aurais beau donner tous mes biens aux pauvres, écrit encore saint Paul, cela ne veut pas dire que j'ai la charité ! "

Pour commencer ces lignes, je vous signalais le piège dans lequel nous risquons de tomber si nous nous disons : " Dieu merci, je ne suis pas comme ce pharisien ". En d'autres termes, si nous nous comparons (en mieux) à l'homme qui priait debout dans le Temple. Mais en fait, nous sommes tous plus ou moins pharisiens. Regardons-nous. Entre l'être et le paraître, quelle distance ! Voulons-nous être justifiés ? Reconnaissons-nous tels que nous sommes devant Dieu, avec notre misère, nos péchés, toute notre saleté. Soyons vrais. Alors, en toute sincérité, nous pourrons dire : " Aie pitié de moi, Seigneur. Je ne suis qu'un pécheur. " Alors Celui qui s'est abaissé jusqu'à prendre la condition humaine dans ce qu'elle a de plus misérable (excepté le péché), sera celui qui nous relèvera de notre condition pécheresse pour nous rendre notre dignité de fils de Dieu.

 

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