Je ne te condamne pas. Va, et désormais, ne pèche plus

Un coeur nouveau.

 

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au temple de Jérusalem. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : " Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? " Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il dessinait sur le sol. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : " Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. " Et il se baissa de nouveau pour dessiner sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : " Femme, où sont-ils donc? Alors, personne ne t'a condamnée ? " Elle répondit : " Personne, Seigneur. " Et Jésus lui dit : " Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. "

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 8, 1-11

CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME (C)

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Le plus grand miracle

Je me demande souvent si cet épisode de la femme adultère ne raconte pas le plus grand miracle que Jésus ait fait pendant tout le temps de sa vie terrestre. Un miracle qui se perpétue continuellement, si le message qu'il nous adresse, à nous ses disciples d'aujourd'hui, réussit à nous atteindre et à trouver des curs bien disposés. Pour faire simple, je dirais qu'il illustre une parole de l'Ecriture : " Je vous donnerai un cur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. J'enlèverai votre cur de pierre et je vous donnerai un cur de chair ".(Ezéchiel 36, 26)

Il fallait avoir vraiment un cur de pierre pour traîner ainsi, dans le petit matin, une pauvre femme surprise en train de tromper son mari, jusqu'aux pieds de Jésus. Les foules ont ainsi, souvent, des réflexes d'une bêtise et d'une bestialité incroyables, et elles se laissent mener par n'importe quel leader aux intentions bien troubles. Ce jour-là, le but inavoué des ennemis de Jésus était de le perdre : le discréditer dans l'esprit des gens et si possible l'éliminer physiquement. Et ils avaient trouvé l'occasion rêvée en la personne de cette pauvre femme. Ce n'était pas tellement le fait qu'elle ait commis l'adultère qui les poussait à agir ainsi, mais ce qu'ils voulaient, c'étaient se servir d'elle et de sa faute pour faire aboutir leurs desseins criminels. Ils avaient un cur de pierre : aucune pitié pour cette femme, aucun sentiment humain à son égard. Elle n'était plus à leurs yeux une personne humaine, mais seulement un objet. Objet de mépris, certes, mais peut-être, au fond de leur cur, objet de désir et de convoitise. Et simplement instrument choisi pour assouvir leur vengeance. Ils avaient un cur de pierre qui s'abritait sous le couvert de la Loi. La Parole de Dieu, le commandement divin de la fidélité conjugale n'était pas à leurs yeux une fin en soi, mais seulement un moyen pour perdre Jésus. Un cur de pierre également puisque, du commandement divin, ils n'avaient retenu que ce qui les intéressait. La Loi, en effet, condamnait à mort, non seulement la femme coupable, mais également son partenaire. Or, quand ils rencontrent Jésus, scribes et pharisiens ne font pas mention de l'homme et, faisant référence à l'Ecriture, ils déclarent que " Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là " ! Et l'homme, alors ? Réflexe machiste, complicité inconsciente avec les personnes du même sexe, mépris et peur de " la femme " ? Tout cela, sans doute. N'est-ce pas avoir un cur de pierre que tout cela ?

Tu ne t'es pas regardé !

Et voici le miracle. Devant l'insistance de ses interlocuteurs, Jésus, qui s'était penché sur le sol, comme pour dire : " Vous ne la regardez pas comme une personne humaine, mais simplement comme une femme-objet ? Eh bien, moi non plus, je ne vous regarde pas ", Jésus dit à la cantonade : " Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. " C'est tout. Il se penche de nouveau sur le sol. Et comme Dieu lui-même, au Sinaï, avait écrit la Loi, de son propre doigt, sur les tables de pierre, Jésus écrit, je crois, la Loi du monde nouveau : une loi gravée, non sur la pierre, mais dans nos curs. Et cette loi nous commande, à nous aujourd'hui comme aux interlocuteurs de Jésus, scribes, pharisiens et braves gens, d'éviter tout adultère, en pensée et en actes. Non pas seulement pour être purs aux yeux de Dieu, mais également pour pouvoir regarder les autres d'un regard plus fraternel. L'expression courante, que vous avez sans doute employée quelquefois : " Mais tu ne t'es pas regardé ! ", exprime bien la pensée de Jésus : comment peux-tu condamner cette jeune femme qui a commis l'adultère, alors que toi aussi, tu es adultère.

Car tout péché est un adultère, aux yeux de Jésus, comme aux yeux des prophètes qui l'ont précédé et qui, sans relâche, ont critiqué " ce peuple adultère ", Israël autrefois, nous aujourd'hui. Toute l'Ecriture résume l'histoire de l'humanité et notre histoire personnelle en termes d'alliance, de mariage. On dit " Dieu aime les hommes ", " Dieu aime son peuple ", " Dieu nous aime, chacun de nous personnellement. " Et c'est vrai. Il veut faire alliance avec l'Israël ancien, avec l'Église, nouvel Israël, avec l'humanité, avec chacun de nous personnellement. Il nous jure fidélité. Mais nous, ne nous arrive-t-il pas de commettre l'adultère, c'est-à-dire, de le tromper et de lui être infidèles ?

Des jugements qui tuent

C'est ce qu'ont entendu les interlocuteurs de Jésus, qui avaient lu cent fois les prophètes qui reprochaient au peuple ses infidélités, qui, sans doute, se prenaient pour des justes, et à qui Jésus, ce matin-là, révèle l'étendue de leur erreur : la jeune femme, certes, a été infidèle à son mari, mais eux, c'est bien plus souvent qu'ils sont infidèles à ce Dieu d'amour qui leur demande d'aimer leur prochain, s'ils veulent témoigner sincèrement de leur amour de Dieu. Ils doivent, eux aussi, s'accuser d'adultère, s'ils veulent être cohérents avec leur foi de vrais fils d'Abraham.

Et les voilà qui s'en retournent - qui se retournent, se convertissent - parce que leur cur de pierre, à l'appel du Christ, devient un cur de chair. Un cur capable de compassion pour la jeune femme. Un cur capable de se libérer d'un légalisme étroit pour s'ouvrir aux autres. N'est-ce pas miraculeux ? Ah, je voudrais bien que la parole de Jésus, ce matin, nous atteigne tous comme elle a atteint de plein fouet scribes et pharisiens. Car nous aussi, vous et moi, bien souvent, nous nous permettons des jugements sommaires, durs, étroits, qui enferment et qui tuent. Nous nous indignons de ces gens primitifs qui étaient capables de lapider une femme (qui sont capables, aujourd'hui encore, hélas, de lapider celle qui commet l'adultère, dans certains pays), mais nous avons nous aussi des attitudes et des jugements d'une dureté incroyable, qui font beaucoup de mal, qui détruisent la confiance en soi, et la confiance que nous avions dans les autres. Des jugements qui tuent. A commencer par les plus vieux, sachons apprendre aux plus jeunes à ne pas juger et à ne pas condamner.

Jésus, l'avocat.

Alors, disciples de Jésus, nous ouvrirons à notre monde un avenir. Jésus, le seul juste, le seul qui pouvait juger la jeune femme, ne s'érige pas en juge, mais en avocat : " Personne ne t'a condamnée ? Moi non plus je ne te condamne pas ". Pourtant, elle avait commis l'adultère, Jésus le sait bien. Mais il n'est pas venu " pour condamner le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ". " Va ", dit-il à la femme : c'est le mot qui, souvent dans l'Évangile, remet en route, ouvre un avenir. Désormais, tu ne pécheras certainement plus. Le geste miraculeux qui, ce jour-là, a remis en route aussi bien scribes et pharisiens bien-pensants que la femme qui avait trompé son mari, se renouvelle de nos jours, chaque fois qu'un homme, une femme, jeune ou vieux, apprend à se reconnaître pécheur, adultère dans son cur, et accueille la parole de résurrection prononcée par Jésus : " Je ne te condamne pas. Va, et tu ne pécheras plus ".

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