OBSEQUES - HOMELIE 8

 

Lectures : Romains 8, 31-39

Évangile selon saint Jean 14, 1-6

 

Oh oui, nous lui ressemblons, à l'ami Thomas de notre évangile. Comme lui, nous pouvons dire à Jésus : " Nous ne savons pas où tu vas ; comment connaîtrions-nous le chemin ".Il faut reconnaître d'ailleurs que les propos de Jésus, tels qu'ils sont rapportés dans ce passage de l'évangile de Jean, sont assez difficiles à comprendre. Bien sûr, si nous nous arrêtons à la première phrase : " Il y a beaucoup de place dans la maison de mon Père ", ce peut être rassurant pour chacun de nous. Mais voilà que Jésus ajoute que c'est lui qui nous prépare une place, qu'il reviendra nous prendre avec lui ! Que veut-il dire, au juste ? De quel chemin s'agit-il ?

Il faut reconnaître que le monde dans lequel nous vivons cherche sens. Il est devenu banal de dire qu'on tourne en rond, qu'on a perdu le sens, qu'il n'y a plus de repères. Et c'est vrai, d'une certaine manière. En face de la vie et de la mort, par exemple, il y a ceux qui y voient la pire absurdité. La vie est absurde. C'est le " non-sens " absolu. Pour d'autres, la vie, notre vie personnelle a le sens qu'on lui donne. C'est à chacun nous de donner sens à ce qu'on vit. On fait sa vie. Et voilà que, de nos jours, les grandes idéologies qui avaient marqué le XXe siècle, marxisme, existentialisme, positivisme, sont pratiquement mortes. On ne croit plus, n'est-ce pas, aux " lendemains qui chantent ". Il en va de même du message des Églises. Reconnaissons sincèrement que leur message, en ce qui concerne la vie et la mort, ne passe plus tellement. Les plus récents sondages le disent. Combien ne croient plus à un au-delà ! Et ceux qui y croient n'envisagent plus un jugement : pour ex, tout est flou !

Voulez-vous qu'aujourd'hui, nous écoutions Jésus qui se présente comme " le chemin, la vérité et la vie ". Que nous dit-il d'essentiel ? Que Dieu est un Père, qui nous aime personnellement, chacun de nous, qui veut notre bonheur et notre réussite, et qu'il est venu pour nous révéler cela. Oui, mais ! Peut-on y croire, sincèrement ? Sans remonter à Adam et Eve, pour qui ce fut la grande tentation : " Pas possible que Dieu nous aime ! ", regardons-nous. Pour beaucoup, aujourd'hui, Dieu est celui qui " tire les ficelles ", distribuant bien et mal sur cette terre comme une récompense ou une punition. Et puis, d'ailleurs, je suis si petit ! peut-il faire attention à moi, personnellement ? Le psaume le dit : " Quand je vois le ciel, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que as créés, qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui ? ". Et quand surviennent la maladie, la souffrance, la vieillesse et ses handicaps, l'approche de la mort, puis-je croire en un Dieu Amour. Tout naturellement, je me révolte et je lui demande " pourquoi ? " Je me souviens d'un ami que j'allais voir à l'hôpital alors qu'il était en phase terminale, qui me disait avec humour : " Attends, tu vas voir, quand j'arriverai, je vais lui demander des comptes ". J'étais sur le pas de la porte quand il m'a fait ce dernier signe, tendant le poing fermé comme pour dire encore : " Tu vas voir ! "

" Tu es mon enfant bien-aimé " Ce petit mot d'amour, Jésus l'avait entendu au jour de son baptême. Il a pris cette parole au sérieux. Il a vécu comme un fils : fier de son Père, obéissant à son Père, cherchant à l'imiter. En fait, comme tout enfant qui aime son papa. Relisez l'Évangile et vous verrez. Sa vie, sa mort et sa résurrection sont l'affirmation éclatante que c'est vrai. Faisant notre propre expérience, passant par les mêmes chemin, ce ne fut pas toujours facile. Cela fut terrible, sur la croix, cette sensation d'être abandonné de Dieu (" Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? "), avant de se reprendre et d'ajouter : " Père, entre tes mains je remets ma vie ", Le mot de la confiance éperdue d'un enfant .

" Tu es son enfant bien-aimé ". Nous aussi, nous sommes enfants de Dieu. Et nous pouvons vivre en enfants de Dieu. Ce n'est pas bien difficile. D'abord, avoir le sens de notre dignité. Tout homme est grand. Tout homme, même le plus petit, même le plus indigne, est à respecter. Il est égal en dignité avec les grands de ce monde, avec le pape, telle ou telle vedette, le plus riche ou le plus fort. Ensuite, avoir un profond sens de nos responsabilités. Si nous sommes enfants ne Dieu, ce n'est pas pour faire n'importe quoi ! Enfin, vivre dans la confiance. Même lorsque surviennent la maladie ou la souffrance, croire que " rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu. " Entre tes mains, je remets ma vie ". Nous aussi, nous pouvons remettre entre les mains du Père la vie de son enfant dont nous célébrons les obsèques. Nous pouvons faire le geste de la confiance. Voilà le chemin. Voilà la vérité. Voilà ce qui donne sens à notre vie.

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