AU COMMENCEMENT... 

   

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu.

Par lui tout s'est fait, et sans lui rien ne s'est fait. Ce qui a été fait en lui était vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée...

Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tous les hommes en venant dans ce monde. Il était dans le monde, lui par qui le monde s'était fait, mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu.

Et le Verbe s'est fait chair, il a établi sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.... Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître.

Commencement de l'Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 1-18

JOUR DE NOEL

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Le début de l'évangile de St Jean, que nous venons de lire, est, si l'on peut dire, une traduction théologique du récit de la Nativité tel qu'on le trouve chez Luc. De même que Luc disait qu'ils avaient été très peu nombreux, ceux qui ont su reconnaître, dans l'enfant de la crèche, le fils de Dieu (il n'y a eu que les bergers), puisque la naissance de cet enfant est passée totalement inaperçue pour les gens de Bethléem (et d'ailleurs, la vie entière de Jésus, pour la plupart de ses contemporains), voilà que Jean traduit cela en termes théologiques. Il dit cette chose étonnante : "Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu". Pourtant, ajoute-t-il, il y en a qui l'ont reçu, reconnu, et ceux-là sont devenus enfants de Dieu.

Il traduit ainsi toute une expérience spirituelle. Expérience commencée avec les bergers, des pauvres parmi les pauvres, des gens qui, à l'époque, étaient très mal considérés. Eh bien, c'est à eux que l'ange s'adresse pour leur dire : "Allez voir : vous trouverez à Bethléem un enfant couché dans une crèche". L'évangile ne nous dit absolument pas ce qu'ont fait les bergers devant l'enfant et sa mère, s'ils l'ont adoré, s'ils ont fait quelque chose pour lui. L'évangile nous dit qu'ils ont raconté à Marie et Joseph qu'ils avaient vu et entendu des anges... et qu'ils étaient venus voir. Mais ce qu'on sait de ces silencieux, c'est qu'ils vont repartir pour crier partout la bonne nouvelle d'un Dieu tout proche, d'un Dieu qui s'est manifesté, d'un Dieu qui les aime.

Apparemment, cela n'a rien changé dans leur existence. Le lendemain de Noël, ils étaient comme la veille. Simplement, il y avait au fond de leur cur comme une certitude qu'ils n'avaient pas avant : la certitude que désormais, Dieu intervenait dans leur vie, que désormais Dieu intervenait dans l'histoire, dans leur histoire personnelle, et aussi dans l'histoire de l'humanité, et que ce bouleversement, imperceptible au départ, allait changer quelque chose. Et déjà en eux. Apparemment, en eux, cela n'a rien changé. Mais, dans la profondeur de leur être, ils ont reçu cette certitude et ils ont entendu un appel.

Une certitude. Celle qu'exprime l'apôtre Jean dans son Evangile : "A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné la possibilité de devenir enfants de Dieu". De devenir divins, d'émerger enfin de l'animalité. En effet, vous le savez, l'humanité a eu du mal pour sortir de la préhistoire, pour sortir de l'âge des cavernes, et de bien plus loin encore, pour sortir de la jungle et de la lutte pour la vie. Nous recevons la certitude que c'est beau, que c'est grand d'être homme... et bien plus qu'homme. Car nous sommes appelés à devenir divins. Oui, les pauvres bergers de Bethléem n'ont pas exprimé cela comme je vous l'exprime maintenant, mais c'est cette conscience qu'ils ont eue : que l'homme dépasse de beaucoup l'homme, parce que Dieu, non seulement a voulu établir sa demeure parmi les hommes, mais est devenu l'un d'entre nous. Dans l'enfant de la crèche, dans l'adulte de Nazareth, tout cela est passé inaperçu pour la plupart de ceux qui l'ont rencontré. Mais pour quelques uns, ce jour-là, il y a eu la naissance d'une certitude : Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Cette certitude va leur donner une autre assurance dans l'existence. Ils repartent pour dire partout un Dieu qui aime l'homme, pas un Dieu indifférent, pas le Dieu cruel qu'on imagine parfois, mais "la gracieuse bonté" manifestée en la personne du Dieu-fait-homme.

Certitude donc, mais aussi appel. Appel qu'on ne peut entendre que dans le silence. Appel qu'eux, les bergers, étaient prédisposés à entendre, parce qu'un berger, ça passe ses jours et ses nuits avec les bêtes, ça n'a pas tellement l'occasion de parler, c'est donc un homme de solitude et de silence. Les bergers (et nous tous si nous le voulons), entendent la voix intérieure. Si nous le voulons: si nous sommes capables de nous arrêter, de nous asseoir, de couper la télé et la radio, de rechercher un peu de solitude. La voix intérieure nous appelle sans cesse, d'abord à regarder ce que nous sommes, car nous avons à nous juger, à nous jauger, à nous critiquer pour changer beaucoup de choses en nous. La voix intérieure nous appelle à éliminer de nous-mêmes tous les restes d'animalité. Je parlais de la "loi de la jungle". Nous le savons bien : demain peut-être, peut-être dans quinze jours, ce sera la guerre. Nous n'y pouvons peut-être pas grand chose, mais, au fait, la guerre, elle existe déjà, et nous y sommes engagés : guerre économique, entre états, entreprises, comme entre groupes de pression et entre individus. Lutte pour la vie, et chacun pour soi. Et regardons tout près de nous : dans nos familles même. N'est-ce pas parfois la guerre ? Non, nous ne sommes pas tellement sortis de l'animalité. A chacun de nous aujourd'hui la voix intérieure redit avec force : "Si tu accueilles dans ta vie le "prince de la paix", tu deviendras enfant de Dieu". Il nous appelle à "émerger" et à faire émerger l'humanité. Il est encore temps. Il n'est peut-être pas trop tard. Je vous souhaite une joyeuse naissance au monde nouveau. Je vous souhaite un joyeux Noël.

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