LES ETONNEMENTS DE CATHERINE

(de janvier à juillet 2007)

 

Jeudi 4 janvier 2007

 
Amis de Murmure,

 Bonjour et Bonne Année 2007 à tous les visiteurs du site,

 Ça y est, les fêtes de fin d’année sont passées.

Une nouvelle année débute, par une fête aussi : celle de l’Épiphanie.

J’aime cette fête. J’aime l’épisode biblique tout d’abord, avec cette visite-surprise des astrologues, guidés par une étoile, jusqu’à la maison où se trouvaient Marie et son Nouveau-né.

Je me suis souvent demandé ce que pouvait bien être cette étoile qui guide et « transporte de joie » les Mages, avant même qu’ils ne rencontrent l’Enfant Jésus…

J’aime aussi la tradition de la galette, qui remonte au Moyen-âge, paraît-il. Depuis que je suis en Franche-Comté, je confectionne moi-même cette galette dorée et parfumée à la fleur d’oranger, spécialité de la région,  dont mes enfants raffolent. J’y ajoute une fève bien-sûr, pour qu’un roi soit couronné à la fin de chaque dégustation…Cette tradition  amuse beaucoup les petits, et les grands aussi j’ai remarqué. Etre roi, ou reine, qui n’en a pas rêvé un jour….

A propos de l’Épiphanie, j’ai reçu, le 24 décembre au matin, une très belle carte d’un ami proche, représentant « l’Adoration des Rois Mages » par Hans Memling.

Et à l’intérieur de la carte, il y avait un message reprenant une bénédiction biblique, que j’aimerais moi aussi vous adresser, en guise de vœux pour cette nouvelle année qui débute. Voilà ce qui était écrit : 

« Que le Seigneur vous bénisse et vous garde
Qu’il fasse briller sur vous son visage

Qu’il se penche vers vous

Qu’il tourne vers vous son visage
Qu’il vous apporte la paix. »

 Voici en quels termes, le Seigneur voulait que soient bénis les fils d’Israël, dont nous faisons aussi partis, nous, aujourd’hui, grâce aux fameux Rois Mages, entre autres…

Cette formule de bénédiction surgit en effet dans le livre des Nombres, au chapitre 6 verset 22 à 27, entre un passage sur la coupe de cheveux des nazirs (des fidèles consacrés à Dieu) et un autre sur les offrandes pour la dédicace du sanctuaire.

Vous avez déjà lu le livre des Nombres ?

Essayez, au moins quelques passages, c’est étonnant vous verrez.

Il y a des recensements (exactement comme aujourd’hui, seule la méthode change), des recommandations et prescriptions en tout genre et il y est surtout question de la vie, dans le désert, des tribus d’Israël, un peuple en train de se constituer et de vivre une expérience religieuse marquante. Sans arrêt, ce peuple de croyants traverse des crises, parfois dramatiques. Ces crises se manifestent par le refus d’avancer, sur une route souvent effrayante, il faut le reconnaître, même si elle doit les conduire à un pays ruisselant de lait et de miel. Ou encore par le refus d’écouter ses prophètes, ou ses chefs, ou carrément par le refus de croire en Dieu. Or, ces crises semblent être comme le moteur de l’histoire, à chaque fois, elles font avancer le peuple un peu plus loin. Même si Moïse et son frère ont toutes les peines du monde à rassembler ce peuple et lui faire vivre sa foi au Dieu unique.

Et pourtant, ce peuple en crise quasi permanente, a été choisi pour porter une bénédiction et pour permettre à Dieu d’être présent au milieu des hommes.

Je crois que ce message du livre des Nombres peut encore être reçu aujourd’hui par notre Eglise, en crise elle aussi, si j’en crois divers observateurs. Pour qu’elle n’oublie pas qu’elle aussi est un peuple à rassembler, que rassembler un peuple, c’est difficile et que cela ne peut se faire qu’en tenant compte des spécificités de chacun. Et pour qu’elle n’oublie pas non plus qu’elle est un peuple en marche, à l’écoute de la Parole et porteuse d’une Bénédiction.

 Bénir, c’est dire du bien.

 Bonne semaine et bon début d’année à tous.

 Catherine

oOo

Vendredi 12 janvier 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous,

 La semaine de l’Unité des Chrétiens se profile à l’horizon.

Du 18 au 25 janvier prochain, nous prierons pour l’Unité. Pour que tous soient un et que le monde croie…

Je crois beaucoup en l’action de la prière, mais je crois aussi, que dans le domaine de l’Unité des chrétiens, la prière ne doit pas seulement s’adresser à Dieu, mais aux chrétiens des différentes confessions. Plutôt que de prier Dieu en lui demandant de nous aider à « faire l’unité », nous devrions nous prier les uns les autres, de nous unir. S’unir voulant dire s’apprécier, vivre ensemble, s’associer, sans forcément « devenir pareil », un peu à l’image du  mariage. Ça commence simplement en ayant le souci de l’autre.

Je pense que Jésus avait déjà pensé l’unité. Il était l’« unité » d’ailleurs. Il l’a demandée aussi. Le message évangélique est très clair, il me semble à ce sujet. Le pasteur Stéphane Lauzet le souligne, dans la  revue diffusée par l’association Unité Chrétienne et consacrée à la Semaine de prière pour l’unité : « l’unité est un don de Dieu, elle existe entre tous les vrais disciples de Jésus-Christ, il ne s’agit donc pas de la créer, mais d’en manifester la réalité ». Nuance.

Je partage complètement ce point de vue. Moi aussi je pense que l’unité est spontanée chez tous les vrais disciples du Christ, qui se reconnaissent les uns les autres même lorsqu’ils n’ont pas grandi dans la même tradition chrétienne.

La question ensuite est de savoir jusqu’où doit aller la manifestation de cette unité justement, quand elle existe.

Doit-elle aller jusqu’à la communion prise en commun ? Je parle de l’eucharistie encore appelée Sainte-Cène chez les protestants.

Moi, je pense que oui. J’en suis même profondément convaincue.

Tant que les chrétiens n’arrivent pas à communier ensemble, autour de la même table,  l’unité n’est pas « consommée » si j’ose dire.

Je pense que les chrétiens doivent être capables de se mettre autour de la même table, comme le Christ leur a demandé de le faire, et même s’ils ne sont pas pleinement d’accord sur tous les points doctrinaux, théologiques ou liturgiques autour de l’eucharistie ou de la Sainte-Cène. Mais par respect de Jésus-Christ en qui ils disent, les uns les autres, croire.

C’est pourquoi je m’étonnerai toujours de certains témoignages que je recueille. Récemment encore, mon amie protestante Jane m’a confié que son mari catholique participait au culte avec elle mais ne communiait pas, par fidélité à ce que demande l’Église catholique.

Dans le même ordre d’idée, j’ai appris que les moines et moniales de la communauté oecuménique de Bose ne communiaient pas ensemble.

Je ne comprends pas bien ce sens de la « fidélité » et de l’obéissance car il est contraire à l’Evangile. Or le message de libération que comporte l’évangile concerne aussi le religieux, enfin il me semble.

Donc, je crois qu’un chrétien doit être capable de s’affranchir de certaines obligations ou contraintes religieuses lorsque celles-ci ne sont pas en phase avec le message évangélique.

Il y a 25 ans, lorsque j’ai fait ma confirmation et que j’ai communié pour la première, Roger et Jeannette, des amis proches de ma famille, catholiques, pratiquants et fidèles à leur Église, qui n’avaient jamais mis les pieds dans un temple, ont répondu à l’invitation du pasteur réformé et sont venus me rejoindre autour de la table de la communion. Ils étaient aussi impressionnés que moi, mais leur présence était « un cadeau du Ciel ».

Comme l’initiative prise par notre prêtre, il y a deux ans maintenant, dans ma paroisse catholique. Il a répondu à l’invitation d’un groupe de prière pour l’Unité, puis a proposé une célébration commune avec les réformés et les évangéliques présents, et enfin a invité tous les chrétiens présents ce jour là à communier ensemble.

Ces initiatives, je me rends compte maintenant,  sont prises par des personnes pour qui l’Évangile passe avant tout.

« C’est compliqué, l’unité » nous disait hier soir notre prêtre. Moi j’ajouterai que c’est délicat.

A la semaine prochaine 

Catherine

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Jeudi 18 janvier 2007

 Amis de Murmure, bonjour à toutes et à tous

 Le vent souffle en rafales ce soir. Ma maison tout en bois, craque de partout. Je vis en  Franche-Comté mais j’ai l’impression d’être en Bretagne. Douceur de la température, pluies abondantes, grand vent. Or, je n’aime pas trop le vent. Mais il va falloir que je m’habitue car depuis quelques mois, les tempêtes se succèdent… 

Aujourd’hui, jeudi 18 janvier 2007, débute la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Priez bien fort pendant cette semaine car les artisans de l’unité ont besoin de soutien.

 J’aime les « terres » catholiques, vous l’aurez compris, je pense, au travers de tous mes messages. Mais j’aime aussi me retrouver en « terre protestante ». Se retrouver en terre protestante, ce peut être simplement écouter un pasteur réformé prêcher à la radio. Les pasteurs réformés sont assez doués pour l’exercice en général. C’est même leur point fort à mes yeux. Ils sont stimulés, il faut le souligner, par un auditoire demandeur, qui attend « quelque chose » de la prédication. 

Au cours d’une conversation, quand quelqu’un me pose la question, classique « mais finalement, c’est quoi la différence entre catholiques et protestants ? », c’est un des points qu’il m’arrive d’évoquer. J’explique que lorsqu’il faut écourter, pour une raison ou une autre, une célébration, les catholiques demandent au prêtre d’abréger l’homélie, alors que les protestants abrègent tout le reste, prière, chant, bénédiction, mais maintiennent la durée de la prédication.

 Je n’ai pas regardé ma montre, mais je pense que le pasteur Alain Houziaux de l’Eglise réformée à Paris-Etoile a prêché vingt bonnes minutes pendant le culte radio diffusé (qui dure une demi-heure seulement) sur France-Culture dimanche matin. 

Et comme ce pasteur a le don étonnant d’apaiser son auditoire par ses paroles et par le timbre de sa voix, ce fut un vrai bonheur de l’écouter. Il a suffit d’un « Mon frère, ma sœur, en tout temps et en tout lieu, tu trouveras ce qu’il te faut… » pour que je me réveille, reconnaisse à quelle église j’avais affaire et me mette à l’écoute.  

Je ne vais pas vous restituer ici vingt minutes de prédication, rassurez-vous. Je voulais juste vous communiquer le message d’introduction du pasteur, rédigé, a précisé ce dernier,  en pensant « à tous ceux qui n’arrivent pas à trouver un sens à leur vie et qui se sentent inutiles ». Et qui sont, hélas, nombreux dans notre société, il me semble… 

Cela donne ceci : 

« Mon frère, ma sœur, si vous vous sentez inutile, n’ayez crainte. Les Lys des champs le sont aussi, ainsi que les oiseaux du ciel et aussi les cigales qui, sans façon, profitent du soleil, sans se poser de questions. Et c’est très bien ainsi. 

Si votre seule tâche aujourd’hui est de regarder l’arbre devant chez vous, soyez-en heureux. Vous avez sans doute été le seul à le faire et cet arbre mérite bien d’être regardé puisqu’il existe déjà et qu’il est là.

Si vous souhaitez votre mort, dites-vous qu’il est bon pour vous de profiter encore un peu de la vie. Vous aurez ensuite tout le temps de profiter de l’éternité. Chaque chose en son temps. 

Si ce jour encore, la vie vous a été donnée et redonnée, c’est parce que vous aurez la force de la vivre, et aussi parce que cela aura du bon que vous la viviez. 

La vie est un cahier dont chaque jour tourne la feuille. Chaque nouvelle journée s’écrit sur une nouvelle page. Et chaque matin, tout en bas de la page encore blanche de la journée qui commence, vous écrirez ce simple petit mot : amen. Ainsi, vous direz d’avance Amen à la journée qui vient.

Et au-dessus de cette signature et de cet assentiment préalable, vous laisserez, heure après heure, s’écrire les lignes de votre journée avec leurs pleins et leurs déliés, avec leurs plaisirs et leurs inquiétudes, avec leurs chants et leurs plaintes. 

Et votre consentement préalable ôtera à ce jour son poison d’amertume ; 

Vous saurez que les heures de votre vie sont portées par une Force plus forte que la vôtre. Faites-lui crédit ; faites-lui confiance.* Amen »

« Alors l’Éternel dit à Gédéon : Je serai avec toi. Va avec la force que tu as »  Juges, 6

 Elle te suffira. 

Bonne semaine à vous tous

 Catherine 

*Extrait d’Alain Houziaux, Paraboles au quotidien, Cerf, 1983

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Samedi 27 janvier 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous

 J’ai une question à vous poser. Pour vous, personnellement, l’eucharistie doit avoir plutôt du goût ou plutôt du sens ?

Ou rien de tout cela ?

Ou les deux ? 

Pourquoi je pose cette question ?

Parce qu’il y a quelques jours, lors d’une réunion à la paroisse, nous avons longuement discuté à propos du titre que nous allions donner à notre prochain « Dimanche autrement ».

Je vous ai déjà parlé de ces « Dimanches autrement ».

L’objectif est de redonner envie aux gens de se rassembler le dimanche. Le rassemblement du dimanche est très important pour les chrétiens. Pour beaucoup, il constitue même LE signe premier de leur foi au Christ.

Au programme de ces manifestations : une conférence, une animation pour les enfants, un temps de convivialité et une célébration.

Le rythme actuel est de deux « Dimanches autrement » par an. Le premier Dimanche a été consacré à la Résurrection. Le second à Jésus-Christ. Et le troisième, programmé au mois de mars prochain, sera consacré à l’eucharistie.

L’idée, en fait, est de toucher, de se rapprocher, de communiquer avec un maximum de personnes afin de partager ce qui nous tient tant à cœur.

Or, j’ai remarqué une chose lors de notre temps de préparation : ces personnes, que nous voulons toucher, nous ne parvenons pas à les désigner et nous ne savons pas forcément comment les distinguer.

Elles ne sont pas représentées, d’ailleurs, dans le temps de préparation de la manifestation et pour cause.

Une participante à la réunion employait le mot « païens » ( ?). Une autre parlait de « ceux qui ne vont pas à la messe » ; un autre de « ceux qui ne croient pas ». Ce sont aussi « les parents des enfants du caté », les  « recommençants », les « sympathisants »,  « les jeunes », « les chrétiens qui ne croient pas en la résurrection », « les chrétiens qui ne croient pas en la trinité » etc…

Certains auteurs les nomment les «  post-chrétiens ».

En résumé, c’est la masse de ceux qui ne sont pas confirmés-croyants-pratiquants-engagés- dans-une-paroisse-ou-un-mouvement-chrétien. Ce sont les chrétiens sans Église, les sans-religion aussi. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux !

 Ce qui m’étonne, maintenant, et qui me gêne profondément aussi : c’est la dureté de nos propos et de nos jugements vis à vis d’eux. Qui va jusqu’au manque de respect parfois. Or je pense qu’on ne peut pas accueillir (comme on prétend le faire) et juger dans le même mouvement. Je pense, aussi, que si on veut bien les accueillir dans l’Église, il faut prendre le temps de les connaître et de se familiariser avec leur façon de penser et leur mentalité.

 Il me semble aussi que nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Y compris sur Dieu justement…Eux aussi, ont une pensée sur Lui qui mérite d’être entendue, que l’on doit, nous entendre, et qui j’en suis sûre, peut nous éclairer.

 Bon, pour en revenir au sujet de départ, nous avons finalement retenu ce titre pour notre Dimanche pour la foi : « Comment retrouver le goût de la messe ? »

 En ce qui me concerne, j’aimerais simplement, que les personnes qui vont venir nous rejoindre ce dimanche là, repartent rassasiés, le cœur chaud et le sourire aux lèvres, un peu comme lorsque des amis proches quittent votre maison après avoir partagé un bon repas et de bonnes paroles…

 A la semaine prochaine, 

Catherine

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Samedi 2 février 2007 

Amis de Murmure, bonjour à tous,

 Hier, soirée F.O.I.

F comme fraternité,

O comme œcuménique,

I comme internationale.

 C’est la seconde fois que je participe à ce type de soirée. J’ai répondu à l’invitation d’un couple d’amis qui est membre de la Communauté du Chemin neuf. Cette soirée se veut avant tout un temps de prière et de partage. Le déroulement est le même à chaque fois : prière accompagnée de chants, visionnage d’une cassette vidéo, partage de ses réflexions (et surtout pas discussion des idées des autres. Dommage, car j’aime bien discuter les idées…) et pour finir, un dernier temps de prière et de chant. 

20 personnes s’étaient réunies dans la salle paroissiale hier soir, moyenne d’âge : 55ans. Avec mon fils de 13 ans, (bientôt 14 comme il dit et qui en paraît 15 quand il est avec des adultes…) à qui j’avais proposé de m’accompagner, nous étions les plus jeunes (surtout mon fils…). 

J’ai proposé à Arthur de participer à cette soirée quand j’ai su qu’il allait être question de Frère Roger et de la communauté de Taizé. Je me suis dit que cela pouvait intéresser un jeune catholique qui dit préférer les idées du protestantisme. 

Nous avons donc visionné un documentaire consacré à la vie de Frère Roger, émaillé d’extraits d’interview du prieur de Taizé (le meilleur de la vidéo) et de commentaires (parfois très discutables…) sur sa vie et son œuvre. 

Ce qui m’a étonnée, vraiment, c’est le titre de la vidéo : « l’offrande de Frère Roger » et le fait qu’on puisse dire de la mort de cet homme qu’elle est un sacrifice  (détails compris, sang qui coule sur le vêtement blanc etc…).

Cette idée m’a choquée. Je ne doute pas un instant que Frère Roger ait consacré toute sa vie à Dieu (et à son prochain…).  Mais je crois aussi que jamais Dieu n’a souhaité une telle « mise à mort ».  Je ne pense pas que la mort réjouisse Dieu ou lui procure un quelconque plaisir. Notre Dieu ne demande aucun sacrifice, ni aucun acte cruel d’aucune sorte d’ailleurs. Nous n’avons donc pas à Lui adresser de telles offrandes…Enfin il me semble.

 Ce que j’ai aimé maintenant et que je retiendrai : parmi les paroles de Frère Roger, l’idée que « le Christ est communion ». Moi aussi, je suis intimement persuadée de cela. 

Une question aussi, qui reste sans réponse pour moi : comment ce fait-il que les jeunes affluent à Taizé, auprès de cette communauté de priants ?

Pour mon fils, « c’est normal ». Les jeunes vont là-bas « parce qu’il y a plein de jeunes, que c’est bien, et qu’on est ensemble ( ?) ».

Une chose m’est apparue dans le reportage : il n’était pas du tout dans le projet de vie de Frère Roger de « faire venir » les jeunes à Taizé. La venue en masse des jeunes est un événement qui s’est imposé à lui. Il a dû faire avec la présence des jeunes. Il pensait prier dans la quasi-solitude et il a dû prier au milieu d’une foule. Un véritable défi probablement pour cet homme. 

Le dernier étonnement de la soirée, sur le chemin du retour, dans la voiture : la profession de foi… athée, de mon fils. Ça donne : « moi, je ne crois pas en Dieu ; je pense que les hommes l’ont imaginé parce qu’ils en avaient besoin » ?!?!

Quelques minutes plus tard : « ça a l’air vachement bien Taizé ».

Le lendemain, à table, alors qu’il était perdu dans ses pensées : « Frère Roger, c’était bien… ». 

A suivre… 

A la semaine prochaine. 

Catherine

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Lundi, 12 février 2007 

Amis de Murmure, bonjour à tous, 

Mes activités professionnelles, dérivées du métier d’enseignant, m’amènent à rencontrer des personnes issues de milieux professionnels très divers : industrie, bâtiment, hôtellerie-restauration,  secteur sanitaire et social etc… Cette diversité de personnes, de métiers, d’univers professionnels fait d’ailleurs tout l’intérêt de mon travail. 

Il y a quelques années, j’ai rencontré des gardiens d’immeubles. Ils étaient salariés d’un office d’HLM des Vosges. Quelques après-midi durant, je les ai accompagnés dans leur projet d’obtention d’un CAP (certificat d’aptitude professionnel). J’ignorais tout de ce métier et j’ai découvert en écoutant ces hommes, un métier étonnant, méconnu, et surtout insuffisamment valorisé (comme beaucoup d’autres métiers) alors que ces hommes font souvent, dans le plus parfait anonymat, un travail formidable.

« Si vous croyez que c’est simple, détrompez-vous », témoigne un gardien sur un site internet.
 « Un immeuble est un système, une énorme machine à faire cohabiter des centaines de personnes. Du malchanceux coincé dans l’ascenseur à la collecte des ordures, du nettoyage des vitres aux procédures d’évacuation, de la ventilation au système de distribution de gaz, de la collecte des loyers au contrôle d’inspection des incendies, le gardien d’immeuble doit être en mesure de répondre à toutes les situations. Qui appeler, quoi faire, établir les priorités, trouver la valve, etc... »

Mais ce n’est pas de ces aspects techniques du métier dont les gardiens que j’ai rencontrés dans les Vosges étaient les plus fiers. Ce qui leur tenait le plus à cœur et qu’ils considéraient aussi comme le plus exigeant, est ce qu’ils appelaient « le social ». Ils étaient intarissables sur le sujet: intervention en cas de conflit de voisinage ou d’incivilité, rappel des règles de vie, écoute des habitants, services multiples rendus aux personnes peu mobiles, alertes des services sociaux en cas de situation de détresse, veille permanente sur la vie de l’immeuble…

 

Un mot revenait sans cesse dans leur bouche, le mot « dialogue ». La parole était leur outil de travail favori et souvent le dernier rempart contre tout ce qui déshumanise : solitude, chômage, manque d’argent, exil, racisme, maladie…

Ils n’hésitaient pas, du moins certains, et c’est ce qui m’avait frappé en les écoutant, à aller parler à des gens qu’ils n’appréciaient pas, a priori. Ils osaient, parce que disaient-ils, c’était leur travail, dépasser leurs préjugés et dialoguer. Or, c’est ce qui faisait, il me semble, la force de leur intervention auprès des personnes et la « réussite » de leur accompagnement social.

 

« La langue est faite pour parler à ceux que je n’aime pas ». C’est par cette « profession de foi » du linguiste Alain Bentolila, qu’a débuté l’émission « Réplique » sur France Culture samedi matin. Pour Bentolila, le verbe est le seul vrai remède contre la montée actuelle de la barbarie (c’est d’ailleurs le titre de son dernier ouvrage je crois  « le verbe contre la barbarie »). En écoutant le linguiste, j’ai immédiatement repensé au travail des gardiens d’immeubles.

 

Je pense que les chrétiens, qui croient en un Dieu de relation, de communion et de parole, peuvent reprendre à leur compte cette idée que la parole, qui est une richesse, est faite pour parler à ceux que l’on n’aime pas.

Une dernière chose : je vous parle des gardiens d’immeuble cette semaine, car je suis en train de lire le livre écrit par l’un des leurs. Dominique BOURGON, 52 ans, est gardienne d’immeuble dans une cité de Belfort. Un jour, elle voit par sa fenêtre, tomber le corps d’une jeune femme. Choquée par ce suicide, elle décide alors d’aller parler avec ses voisins pour apprendre à mieux les connaître. Et aujourd’hui elle raconte, les gens qu’elle a rencontrés, dans « Un sens à la vie » paru au Seuil. 

Un ouvrage étonnant, tant au niveau de l’écriture que des situations humaines dépeintes. Où l’on constate encore que seule la parole peut faire obstacle à ce qui déshumanise. 

Bonne semaine à vous tous.

 

Catherine

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Mercredi 21 février 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous

 Aujourd’hui, et pour reprendre une expression locale, je suis allée aux Cendres à Cussey

Les Cendres évoquent pour moi, cette petite marque grise que portent les catholiques lorsqu’ils sortent de la célébration du même nom. Je sais que les Cendres marquent l’entrée en Carême mais, très sincèrement, et au risque de vous surprendre, je ne sais pas ce qu’elles symbolisent.

Il était facile de se documenter mais j’ai préféré découvrir « sur le tas. »

Je suis montée dans le bus ce matin,  pour accompagner les enfants du caté qui se rendaient à la célébration organisée dans une paroisse voisine. Tant pis si je ne sais pas répondre aux questions des enfants me suis-je dit et si je ne comprends pas tout, je serai comme eux…

Je vous avoue que le fait de se laisser « porter » a été très agréable. Pour une fois, je n’avais rien à faire pour le caté : pas de préparations, pas de séance à animer, je n’avais même pas à conduire la voiture, il suffisait de monter dans le bus et de se laisser emmener.

Le temps était clair et lumineux ce matin : froid sec, ciel bleu et soleil. Le voyage jusqu’à Cussey-sur-Lison a été plaisant. J’avais l’impression de faire du tourisme dans ma propre région.

Cussey est un joli petit village franc-comtois, lové dans le creux d’un vallon, aux pieds d’une roche.

Nous avons été accueillis avec le sourire et personnellement par les animatrices de la célébration, et pourtant nous étions nombreux : 2 cars pleins d’enfants. Étonnante la présence en nombre des enfants pour cette célébration pas ordinaire…

L’église était bien chauffée, ça sentait le feu de bois a remarqué ma fille. Le chœur de l’église de Cussey est spacieux et surtout lumineux, et tout un groupe d’enfants a pu y pendre place. A plusieurs reprises, lors de célébrations, j’ai remarqué que les enfants se plaisaient dans cette église.

J’ai écouté attentivement et j’ai appris que les cendres étaient le symbole de la fragilité de l’existence humaine, et que dans les textes bibliques, la cendre était associée à la pénitence et à la conversion. Notre prêtre nous a rappelé que sous les cendres, il restait souvent quelques braises pour ranimer le feu…

J’ai écouté aussi le long et émouvant témoignage de Kitty sur la vie au Rwanda.

Susan a fait chanter l’assemblée avec sa guitare et sa très jolie voix à l’accent américain (et protestant, mais celui-ci, on ne l’entend pas…)

Thérèse nous a parlé de l’enfance missionnaire.

Nous avons psalmodié « donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau, mets en nous, Seigneur, un esprit nouveau ».

Nous avons tous pris, individuellement, une bonne résolution pour marquer notre entrée en carême. Moi, j’ai pris la résolution d’être plus consciente et attentive à ce que je faisais, petites tâches insignifiantes comprises, et d’éviter le « zapping » et la surcharge d’activités…

Je ne sais pas si cette résolution est dans le ton de la célébration mais ce fut mon idée du moment…

Pour finir, nous avons tous chanté en frappant dans les mains un chant rwandais dédié à Marie, reine de la terre et du ciel : mwamkazi w’isi n’ijuru…

Vraiment étonnant, ce chant rwandais entonné par une assemblée de français dans l’église de Cussey-sur-Lison… 

Au dos de la feuille de messe, il était dit ceci : 

40 jours 

40 jours pour faire le tri,
pour se délester de ce qui est inutile
comme lorsqu’il faut traverser un désert et qu’il ne faut pas traîner, 

40 jours pour ne plus se contenter de « juste ce qu’il faut »,
pour sortir du strict minimum, 

40 jours pour éduquer le cœur et aimer, apprendre à aimer
d’une façon neuve, à la manière des premiers jours, 

40 jours pour éduquer l’esprit, l’arracher à ses obsessions, ses idées reçues,
et l’ouvrir à la nouveauté, 

40 jours pour éduquer le regard
à dépasser l’usure et à traverser l’écran des masques et des apparences. 

40 jours pour marcher à un autre rythme,
pour changer de style, pour faire le ménage, pour se purifier, 

40 jours pour regarder les autres,
pour regarder Dieu,
pour écouter la parole du Christ et la laisser faire son œuvre de redressement
au secret de nos désirs, 

40 jours pour être transfiguré, 

40 jours pour grandir avec l’évangile 

40 jours pour apprendre à vivre !

 Joyeux carême à tous,

 Catherine

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Jeudi 1er mars 2007 

Amis de Murmure, bonjour à tous 

Hier, alors qu’il pleuvait des trombes d’eau, je suis restée au coin du feu et j’ai lu « la plus belle des chansons du monde », je parle du Cantique des cantiques.

Une version très belle, très littéraire, celle de Franz Toussaint, magnifiquement illustrée par l’aquarelliste Gabriel Lefebvre* . C’est un ami prêtre qui me l’a offerte.

Je trouve que c’est bien de lire les textes bibliques en entier, et pas uniquement des extraits, ça donne une toute autre vision du texte, en général. Le Cantique des Cantiques est particulièrement facile à lire en entier, il ne compte que 117 versets…

Le livre est court, mais les commentaires sont longs et nombreux par contre.

Le Cantique des cantiques fascinait paraît-il les Pères de l’Église, dont saint Bernard. Il y a de quoi, je vous laisse juger par vous-même :

(Extrait)

             J’appartiens à mon bien-aimé,
            et je sais que son désir
             est un chevreuil impétueux.
            Viens, dirigeons-nous,
            Vers ma demeure…
            Je te promets que tu pénétreras
            A ta guise dans mon jardin…           

Pourquoi ce poème très sensuel, limite érotique par moment, a été introduit dans la collection des livres de la Bible, tant par les juifs que par les chrétiens ? La question reste ouverte encore aujourd’hui si j’en crois les commentaires que j’ai lus. 

Moi, ce qui m’a frappé, c’est la quasi absence de Dieu dans ce texte biblique. A peine L’entraperçoit-on lorsque le poète, décrivant l’amour, dit que            

            Ses ardeurs dévorantes
            Émanent de l’Éternel
 

Je vois, dans ce poème, une magnifique histoire d’amour entre un homme et une femme. Un homme et une femme qui vont se dire et vivre cet amour pleinement, avec tout ce qu’ils sont et ont, leur corps, leurs sentiments, leur personne.

Dieu (qui est à la source de cet amour si j’en crois le poète) regarde tout cela de très loin. L’éloignement étant la position « normale » d’un Père par rapport à la vie amoureuse de ses enfants…

Je trouve que l’Église d’aujourd’hui devrait s’inspirer de cette attitude d’« éloignement » qui devrait être la sienne aussi par rapport à la vie amoureuse des couples.

Dans le Cantique des cantiques, il est beaucoup question d’amour, de désir et de relations amoureuses, mais pas de procréation, encore moins de contraception…Là aussi, l’Église d’aujourd’hui devrait prendre modèle ! J’ai remarqué que dans l’Église, quand on parle de relations amoureuses, immédiatement on enchaîne sur la procréation et la contraception, autorisée, pas autorisée etc.…Je trouve cette attitude très réductrice. L’Église manque vraiment de poésie, parfois, à moins qu’elle ne fasse pas suffisamment confiance… 

Ils ont bien fait les anciens, de retenir ce texte. Il a toute sa place dans la Bible.

D’autant plus qu’il renferme l’un des plus beaux versets, 

            J’ai trouvé la paix,
            Parce qu’il m’aime.

 C’est tellement vrai… 

A bientôt  

Catherine 

* Éditions Complexes

oOo

Jeudi 15 mars 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous,

 J’ai entendu de drôles de choses, lundi matin, sur les ondes de RCF, la Radio Chrétienne Francophone. Heureusement, il était très tôt, vers 6 heures du matin, et à cette heure matinale, les auditeurs ne doivent pas être très nombreux…

Je me rendais dans une ville voisine et j’écoutais une émission religieuse dans ma voiture quand j’ai commencé à ressentir un certain malaise.

Je vous raconte.

Un homme témoignait. Un catholique devenu orthodoxe. Il racontait comment à l’âge de trente ans, il s’était rapproché de l’Église orthodoxe, par affinité intellectuelle et spirituelle. Il expliqua qu’il avait découvert l’Église orthodoxe alors qu’il était étudiant. Il mettait en avant le fait que les orthodoxes valorisaient plus que les catholiques, dans leur liturgie et dans leur spiritualité,  la résurrection du Christ, point central de la foi chrétienne. Et que c’est ce qui l’avait, entre autres choses, attiré dans cette religion.

Jusque là, rien d’extraordinaire.

Ensuite, il a raconté, que pour pouvoir communier chez les orthodoxes, et pour marquer son adhésion à cette religion, il y avait eu une étape particulière suite à laquelle il avait pu communier et s’était senti pleinement orthodoxe.

?!?!

Il  ne s’est pas étendu sur le déroulement ni sur le contenu de cette cérémonie qu’il a qualifiée de « privée », mais j’ai commencé à trouver les choses étranges. Je croyais qu’il n’existait que les sacrements qui permettaient d’entrer dans la vie chrétienne (baptême, profession de foi, confirmation…), je ne savais pas qu’il existait des rituels marquant l’adhésion à une religion chrétienne en particulier…

Puis, et c’est là que les choses se gâtent, cet homme a évoqué, à propos de cette célébration marquant son entrée dans l’Église orthodoxe, sa rupture avec l’Église catholique. Ce mot de « rupture », il l’a employé à plusieurs reprises en insistant, et c’est ce qui m’a mise très mal à l’aise.

Car de la rupture à la division, il n’y a qu’un pas.

Je comprends tout  à fait qu’on puisse avoir plus d’affinité ou d’attirance pour une famille chrétienne que pour une autre. Mais qu’il faille rompre avec l’une pour rejoindre l’autre, là je ne comprends plus du tout. Cette démarche n’est pas chrétienne, tout simplement. C’est anti-fraternel (et contraire à la volonté du Christ, j’en suis persuadée…). Car cela sème un peu plus de division, comme s’il n’y en avait pas suffisamment entre les frères chrétiens…

Je m’emballe un peu, mais je suis très étonnée que RCF, dont j’apprécie beaucoup les émissions et qui défend la dimension œcuménique, diffuse un tel témoignage qui lui n’a rien d’œcuménique, bien au contraire. 

J’espère que personne ne me demandera un jour, de choisir (pour que je puisse communier ?) entre l’Église réformée et l’Église catholique. De toute façon, je refuserai…

 A la semaine prochaine et joyeux carême,

 Catherine

oOo

Jeudi 22 mars 2007

Amis de Murmure, bonjour à tous,

J’ai lu récemment dans un quotidien, une interview de Marie-Jo Thiel.

Marie-Jo Thiel est directrice du Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique (Ceere) des universités de Strasbourg.

Et j’ai appris, non sans surprise, que bientôt, dans notre société occidentale, il n’y aurait plus ou quasiment plus de personnes trisomiques, en raison du dépistage précoce de cette anomalie génétique lors du suivi prénatal et de l’élimination des fœtus atteints de cette maladie.

Je savais, bien évidemment, que ce dépistage existait puisque j’en avais bénéficié lors de mes grossesses mais je n’étais pas allée jusqu’au bout de l’analyse. Or, bien sûr, le dépistage de la trisomie entraîne très souvent un avortement, et de ce fait, les naissances de bébés trisomiques régressent.

Est-ce un bien ou est-ce un mal ?

La question me laisse perplexe. Je n’arrive pas à me forger un point de vue. L’idéal serait que la médecine puisse guérir les personnes atteintes de cette maladie génétique mais aujourd’hui ce n’est pas le cas.

Une autre question plus redoutable m’est venue à l’esprit : qu’aurais-tu fait, me suis-je demandé, si on t’avait annoncé lors d’une échographie de routine que l’enfant que tu portais, était trisomique ?

Je me souviens du point de vue d’une jeune collègue qui disait qu’elle aurait avorté si on lui avait annoncé une trisomie lors de sa première grossesse, par contre qu’elle l’aurait gardé si l’enfant trisomique avait été le second. Étonnante cette réaction…Quant à moi, je ne sais toujours pas ce que j’aurais fait…

Cette question est une question morale. Or, dans ce domaine, à défaut d’une solution idéale, c’est souvent celle du moindre mal qui est choisie et celle-ci dépend de nombreux facteurs, variables eux, comme la situation de famille, l’âge, les circonstances, les ressources matérielles et humaines…

Ce que j’ai surtout apprécié dans l’interview de Marie-Jo Thiel, c’est, qu’au-delà de l’analyse des faits bruts, elle attirait l’attention sur l’idée suivante : « on ne supprime pas, dit-elle, la fragilité en supprimant le fragile ».

Elle signalait le fait que, certes, on propose un dépistage de la maladie, mais on ne met rien en place pour aider les familles à prendre, dans la sérénité, une décision grave, que ce soit de garder l’enfant trisomique ou d’opter pour un avortement. Or, on imagine aisément, que dans un tel moment, les familles sont fragilisées et ont besoin de soutien.

Et l’Église, quel est son rôle dans tout cela ?

On connaît la position évangélique : protéger et soutenir le plus fragile.

Dans ce cas, le « fragile » peut être : l’enfant trisomique qui va naître, la famille qui a choisi de l’accueillir, et aussi la femme qui vient d’avorter et ses proches…

Quant au rôle de l’Église, pour Marie-Jo Thiel, il est clair : elle doit aider au discernement face à ces problèmes éthiques que les progrès de la médecine posent, elle doit envoyer des messages positifs à la société, et elle doit tracer des chemins de vie…

Envoyer des messages positifs, j’aime bien cette idée comme celle de tracer des chemins de vie.

Et vous ? 

A bientôt 

Catherine

oOo

Samedi 31 mars 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous,

 Mon Église bouge et je trouve que c’est une bonne chose.

Quand je dis « mon Église » je pense tout autant à ma paroisse locale et à mon diocèse catholique (là où j’habite aujourd’hui) qu’à ma « famille » réformée, l’EPAL, l’Église réformée d’Alsace et de Lorraine. J’ai quitté la Lorraine depuis plusieurs années maintenant, mais je garde le contact avec l’EPAL grâce au Messager, une revue que je reçois chaque semaine dans ma boîte aux lettres.

Un signe que l’Église bouge, réside dans le fait qu’elle choisit de faire les choses autrement.

Je vous ai déjà parlé, à plusieurs reprises, des Dimanches autrement organisés par ma paroisse catholique. Le dernier en date a eu lieu dimanche dernier autour de la question suivante : comment retrouver le goût de la messe ?

Le « autrement » réside essentiellement dans un temps d’enseignement suivi d’un temps de convivialité proposés avant la traditionnelle célébration. Or, je constate que les gens répondent présents, ils viennent écouter la conférence, certains prennent des notes, et ils sont de plus en plus nombreux à oser intervenir et à poser des questions à l’issue de la conférence. Les questions posées révèlent les préoccupations des gens. Or, lorsqu’on vient à l’église avec ses préoccupations et qu’on ose en parler, je pense qu’on a déjà fait un grand pas…

 Après les Dimanches autrement, il y a aussi les Pèlerinages autrement.

Mon diocèse organise prochainement un nouveau type de pèlerinage où le thème, si j’ai bien compris, sera artistique. Ce sont les œuvres du peintre Arcabas qui serviront de fil rouge au cheminement des pèlerins. Je ne suis jamais allée en pèlerinage nulle part, mais j’aime beaucoup Arcabas, et ce pèlerinage nouvelle formule me tente bien. 

Côté protestant, j’apprends que les jeunes « bougent leur culte ».

Une fois par mois, les équipes unionistes luthériennes (une info en passant : les luthériens et réformés d’Alsace-Lorraine se sont rapprochés récemment, ce qui est une bonne nouvelle) organisent un week-end « Bouge ton culte » destiné aux jeunes. En photo, dans ma revue, on voit une très belle jeune fille de couleur, souriante, habillée en baskets, pantalon de sport bleu vif et tee-shirt blanc, danser ou sauter. En arrière plan, d’autres jeunes en mouvement, une sono, une batterie…L’objectif du stage (encadré par un étudiant en théologie, sérieux de l’opération garanti…) est que les jeunes organisent et animent un culte. Ça donne, au niveau de la célébration : 7 chants, des danses, faire la queue leu leu ( ?) des sketchs et la méditation basculée à la fin du culte comme point d’orgue…Quelques changements donc… 

Je me suis dit que si les luthériens accompagnés des réformés faisaient la queue leu leu et dansaient ensemble pendant le culte, en Alsace, l’Église était sauvée. Être sauvé voulant dire ici « renouvelée ».

 Je laisse le dernier mot au théologien protestant Marc Lienhard :

« Dieu seul est absolu et sacré et Dieu seul nous sauve, c’est à dire nous renouvelle au plus profond de nous-même ». 

Et votre Église à vous, se nouvelle-t-elle ?

 A la semaine prochaine 

Catherine.

oOo

Mercredi 11 avril 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous,

 Il faut que je vous raconte comment j’ai passé les fêtes de Pâques.

Sans le savoir, ma famille (celle de mon mari pour être précise) a accompli un rituel juif.

Chez les juifs, un an après la mort d’un proche, la famille se réunit pour un repas de fête qui marque la fin du deuil.

Et bien, c’est exactement ce que nous avons fait à Pâques, cette année.

Il y a un an, en effet, la grand-mère de mon mari mourait à l’âge de 98 ans. Ce jour là, ma belle sœur s’est rendu compte que si l’un de ses parents mourait à son tour, elle ne pourrait pas prévenir toute une partie de la famille, comme on le fait dans ce genre de circonstance, car elle n’avait pas l’adresse de certains de ses cousins, nombreux, (la grand-mère en question ayant eu 6 frères) pour la simple raison qu’elle ne les avait rencontrés qu’à de très rares occasions alors qu’elle était enfant.

Alors ma belle-sœur a pris l’initiative de reprendre contact avec ses cousins et de les inviter, à Pâques, à ce qu’elle a appelé une « cousinade », une foire aux cousins si vous préférez, doublé d’un anniversaire, les 74 ans de ma belle-mère (la fille de la grand-mère de 98 ans et la mère de ma belle-sœur, vous me suivez ?).

Ils sont venus à plus de trente les cousins, et de toute la France, chez ma belle-sœur qui habite le pays toulois (c’est en Lorraine) pour fêter, pendant deux jours, tous ces évènements : Pâques, la cousinade et l’anniversaire d’Andrée. Quatre anniversaires seront fêtés en définitive, car quatre membres de la famille étaient nés en avril…

Mon autre belle-sœur (la jumelle de mon mari) avait apporté son arbre généalogique, ainsi chacun a pu se resituer et surtout retrouver son lien de parenté avec tous les invités.  C’est un exercice assez facile, convivial et qui permet de faire rapidement connaissance. Quand on partage une même parenté, qu’on a fréquenté les mêmes lieux de vacances et qu’on porte le même nom, même si on ne s’est vu qu’une ou deux fois, on a vite l’impression d’être en famille. De plus, le fil rouge entre toutes ses personnes est ma belle-mère, une femme charmante et aimante, qui avec son camping-car rebaptisé ce jour là « camping-cœur » sillonne la France pour faire le lien avec la famille éparpillée et « apporter du bonheur » comme on l’a dit dans la chanson composée pour la circonstance. Se référer à elle était donc facilitant pour tout le monde…

On a beaucoup parlé pendant deux jours, de la grand-mère morte un an auparavant et de ses 6  frères dont les invités étaient issus. On a parlé du temps présent, de nos vies. On a partagé de bons repas aussi. On s’est quitté à regret, et comme si on se connaissait depuis 30 ans. Les adresses mails ont été soigneusement notées, les numéros de portables enregistrés, des rendez-vous déjà pris pour cet été.

J’ai eu comme l’impression qu’en ce dimanche de Pâques, la grand-mère et ses 6 frères étaient tout à coup re-suscités…

« Sortir de la nuit du deuil, marquer le temps, maintenir ensemble, sans les confondre, passé et présent, préserver la continuité du vécu : ce passage-là, c’est Pâques ! »  témoignait récemment Gabrielle Bastian dans ma revue protestante.

C’est tout à fait ce que nous avons vécu.

A bientôt

Catherine

oOo

Samedi 21 avril 2007                                                             

                                   Amis de Murmure, bonjour à tous,

 Deux heures durant, mercredi dernier, nous avons préparé notre prochaine journée de formation dont le thème est « Des communautés pour la mission ».

« Nous », c’est une petite équipe de quatre personnes.

C’est suffisant, quatre personnes, pour faire un travail de réflexion. Ce qui compte, plus que le nombre, c’est la diversité des personnes qui échangent. C’était le cas mercredi, car parmi les quatre personnes, il y avait : deux prêtres et deux laïcs, deux hommes et deux femmes, trois français et un suisse, trois quadras et une senior. Ils y avaient trois catholiques et une personne de culture protestante. Quand les principes de mixité et de diversité (culture, âge, origine) sont respectés dans un groupe de travail (quel que soit le travail), les productions du groupe s’en ressentent en général, au plan de la qualité et de l’intérêt.

Nous avons donc beaucoup échangé sur le thème de la Mission. La mission de l’Église, la mission du Christ, la nôtre, personnellement dans l’Église et dans la société. Nous avons passé en revue les habituelles questions : une mission pour qui ? Quand ? Comment ? Où ?

Et puis, a surgit LA question, centrale, sur laquelle nous avons pris le temps de nous arrêter un moment, celle du contenu. Il faut bien se demander, à un certain moment, ce que nous annonçons. Cette question est redoutable car elle vous plonge au cœur de la foi chrétienne et au cœur de l’identité chrétienne. La question du contenu peut être formulée ainsi (entre autres) : en tant que chrétien, qu’as-tu à annoncer de spécifique, par rapport à l’ensemble des messages possibles ?

« Pour moi, c’est l’Amour » a répondu spontanément une participante.

Réponse classique. Et très juste incontestablement. Mais, d’autres groupes prônent aussi l’amour, la paix et la justice. Ce n’est pas spécifiquement chrétien je pense et ce n’est pas ce qui peut nous « distinguer » des autres,  dans notre société (je parle de la société française que je connais…).

Une autre réponse m’est venue à l’esprit, classique aussi, mais qui me semble être plus spécifiquement chrétienne, c’est celle de l’Espérance.

Encore faut-il définir ce qu’on entend par là.

Moi je pense que les chrétiens ont un message original à transmettre (le même depuis 2000 ans) à notre société : c’est l’idée qu’on peut affronter le mal et la mort sans (trop de) peur. Car la mort, si l’on en croit l’expérience de Jésus-Christ transmise par ses disciples au travers du temps, n’a pas le dernier mot. Or, vivre avec cette pensée là change la vie, incontestablement.

Je pense que face à la désespérance ambiante, aux peurs (tout à fait fondées souvent), et à toutes les formes de dégoûts, nous avons un message original à proposer.

Écoutez les gens parler, dans les conversations, c’est incroyable le nombre de fois où l’on entend ces expressions : ça me dégoûte, j’en ai marre, c’est nul, ça me tue, c’est mortel…La désespérance, sur les lieux de travail par exemple, est très présente. Il faut partir de là. Prendre en compte ce dégoût et proposer le bon goût, la bonne odeur du Christ ressuscité.

Lors de la liturgie qui clôturera notre prochaine journée de formation, nous recevrons un peu d’huile parfumée consacrée (St Chrême) et cette consigne :

  Va porter la bonne odeur du Christ !

Bonne semaine à vous tous,                                                               

         Catherine

oOo

Mercredi 2 mai 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous

 Antoine m’étonne. Il a complètement changé d’attitude au caté.

Il s’est passé quelque chose lors de la séance qui précédait les fêtes de Pâques et depuis, je ne le reconnais plus, ou plutôt, je le connais mieux…

Antoine a dix ans. C’est un garçon souriant, toujours d’excellente humeur. Il est l’aîné d’une fratrie de 3 enfants et a deux jeunes sœurs.

Il ne manque jamais une séance de caté, arrive en vélo et toujours en avance.

Antoine est un extraverti. Il est curieux, s’intéresse à tout et se lie avec tout le monde. Il a toujours une bonne blague à raconter, un film à commenter, quelque chose à dire. Il a trop de choses à dire justement, et il bavarde constamment. Il fait craquer les enseignants les plus patients et ses copains de classe ou de caté. J’ai dû le gronder à plusieurs reprises  car il gênait trop les autres enfants. Mais je l’ai toujours fait à contre cœur, en me disant qu’il ne « méritait » pas ces réprimandes.

Et puis, il y eut cette séance intitulée « ma vie, c’est le Christ » dont l’objectif était de « comprendre que Jésus-Christ invite tout chrétien à vivre à la lumière de Pâques ». Je reprends là les intitulés de mon manuel…

L’activité proposée aux enfants consistait à évoquer la vie de grands témoins qui justement avaient vécu de cette lumière. Ils devaient reconnaître un personnage à partir d’une image puis approfondir la vie de l’une de ces personnes : l’apôtre Paul, Zachée, Thérèse de Lisieux, Mattéo Ricci, saint Martin, saint Vincent de Paul, Bernadette Soubirous, François d’Assise ou le pasteur Martin Luther King.

Antoine a immédiatement reconnu le pasteur américain et lors de la présentation qu’il a faite de lui, sans aucun document ni préparation, a dit ceci, d’une traite, posément et par cœur : « le 28 août 1963, à Washington, Martin Luther King, un pasteur noir, prononce, devant une foule de 250 000 personnes, un discours célèbres, intitulé je fais un rêve : Je rêve qu’un jour notre pays se lèvera et choisira de vivre en donnant un sens réel à cette vérité qui va de soi : tous les hommes naissent égaux. » Puis Antoine nous a dit ce qu’il savait de la vie et du combat du pasteur noir américain.

Un grand silence a suivi l’intervention d’Antoine. Les enfants se sont tous tus. Je suis restée sans voix également. Antoine souriait, fier, à juste titre, de sa prestation. Puis j’ai repris la parole, ai manifesté mon étonnement et surtout ai longuement complimenté Antoine, sur ses connaissances, son intérêt pour la vie du pasteur américain, sa compréhension juste de cette « vérité » dont parle Martin Luther King, car Antoine avait visiblement tout « compris », au-delà du fait qu’il avait appris par cœur (à l’école primaire m’a-t-il expliqué ?!?!) le début du célèbre discours.

Depuis, Antoine parle moins (disons raisonnablement…), pendant les séances de caté.  Il fait des efforts, manifestes,  pour rester attentif et concentré et ne plus perturber le travail du groupe. Il est différent. Je ne suis plus obligée de gronder.

Les autres enfants l’ont remarqué et me demandent de « faire pareil » maintenant avec son acolyte Quentin qui a pris le relais de son copain côté perturbation du groupe…

En qui me concerne, j’ai pu constater que les paroles du célèbre pasteur américain avaient toujours un impact, 45 ans après qu’il les ait prononcées et bien au-delà de sa mort…

J’ai pu vérifier aussi, une fois de plus, qu’une parole (un compliment en l’occurrence qui est un acte de re-connaissance) pouvait transformer quelqu’un.

Je le savais, mais c’est toujours un bonheur que de le vivre…

A la semaine prochaine

Catherine

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Jeudi 10 mai 2007

Amis de Murmure, bonjour à tous,

Bernard nous a fait beaucoup de bien samedi dernier, lors de notre journée à ThéoFor.

« Nous », c’est les 60 auditeurs de ThéoFor, et l’équipe des 8 organisateurs dont j’ai la joie de faire partie.

Bernard est un prêtre suisse, en « mission » en France pour 5 ans.

Samedi, il était l’animateur de notre journée de formation. C’est lui qui a planché sur le thème de la mission. Il n’a pas ménagé ses efforts. Il a fait deux conférences (2 fois une heure et demi), il a animé deux carrefours (2 fois une heure à nouveau) et il a présidé la liturgie en fin de journée. Je ne compte pas le trajet en voiture (2 heures au moins) ni les temps de préparation….

Bernard nous a parlé de la mission  mais il nous a surtout parlé de lui, de sa vie, de ses rencontres, de ses missions quotidiennes, et de Dieu, aussi, bien sûr. Surtout de Lui, et surtout quand il parlait de sa vie justement, même sans Le nommer.

Il a raconté.

En nous faisant rire, beaucoup. En nous émouvant, souvent. Et en nous recentrant sur l’essentiel : l’annonce de l’Évangile (et pas l’annonce de nous-même ou de l’Église pour elle-même…).

Il nous a parlé de l’Église suisse, de ses ressources importantes en « professionnels », clercs et laïcs salariés, et du manque d’engagement des chrétiens suisses, qui se déchargent sur les « professionnels ». Et de l’Église française, qui est riche de tous ses bénévoles qui s’engagent pour elle mais qui manque cruellement de prêtres.

Il nous a parlé de son choix de venir « travailler » comme prêtre en France : choix de quitter son pays, de rendre service et de vivre de faibles revenus comme les prêtres français…

Il nous a raconté un temps de formation très exigeant qu’il a vécu à Paris, où le professeur imposait à ses élèves de réaliser une profession de foi en terme personnel uniquement. C’est à dire en disant « je » et en disant sa rencontre et sa vie personnelle avec Jésus-Christ.

Il nous a parlé de sa rencontre avec les chrétiens d’Algérie et de leur « théologie de la rencontre ».

Il nous a raconté aussi son expérience de la préparation des couples au mariage. Au passage, il nous a dit quelle était la plus belle parole d’amour qu’on pouvait dire à quelqu’un : ce n’est pas « je t’aime » ou pire « dis-moi que tu m’aimes » mais « je sais que TU m’aimes », et « grâce à ton amour, je deviens moi-même »…

Bernard nous a beaucoup parlé de lui, en tant qu’homme, en tant que prêtre tout en déroulant un exposé plus théorique sur la mission. Car pour lui, ce qu’on appelle la mission, c’est d’abord parler de soi, de nous.  La mission n’est pas quelque chose à faire, nous a-t-il expliqué, mais quelque chose à être. La matière première de la mission pour Bernard, est notre vie à chacun avec le Dieu de l’Évangile. Dont nous devons témoigner dans nos vies et que nous devons aussi annoncer en ouvrant la bouche….

Encore faut-il bien se connaître, et bien connaître l’Évangile….On n’échappe pas donc, à des temps de discernement et à des temps de formation nous a rappelé Bernard.

Bernard m’a fait penser à l’Apôtre Paul et à son ami Barnabé, qui de retour de voyage, réunissaient les membres de l’Église et leur racontaient tout ce que Dieu avait fait AVEC eux et comment IL avait ouvert aux nations païennes la porte de la foi.

Raconter, partager son expérience de vie avec Jésus-Christ, on ne le fait pas assez dans l’Église, or c’est une voie  pour l’Évangélisation, aujourd’hui.

Vous ne croyez pas ?

A la semaine prochaine

Catherine

oOo

Dimanche 20 mai 2007 

Amis de Murmure, bonjour à tous, 

Je rentre de mon jardin, que je quitte à contre cœur, tellement il fait bon y être.

En ce moment, mon jardin est un festival de couleurs, de parfums, de saveurs et de gazouillis.

Côté couleur et parfums, ce sont les roses, les iris et le chèvrefeuille qui rivalisent. Les pivoines vont bientôt apparaître elles aussi. Elles sont en retard ? Oui, je sais, mais j’habite la montagne, et puis elles sont un peu trop à l’ombre…

Côté saveur, au potager, on découvre les premières fraises et tout près, la ciboulette, le persil et bientôt des petits radis.

Pour le plaisir des oreilles, on écoute les mésanges, le rouge-queue, le merle et le soir, les grillons invisibles mais bruyants.

En remontant de mon jardin, donc, je repensais tout à coup à cette question que notre prêtre nous a posée lors de notre dernière réunion à la paroisse :

- « Parmi vous, qui s’aime » ? Sous-entendu, est-ce que vous vous aimez vous-même ?

Étonnante question, qu’on se pose rarement à soi même, rarement aux autres aussi et encore plus rarement en Église…

Vous avez déjà demandé à quelqu’un « est-ce que tu t’aimes ? »

Moi, jamais, en tout cas, pas aussi directement.

Et, pourtant, la question a toute son importance.

Quand le prêtre nous a ainsi interpellés, j’ai immédiatement fait le lien avec les deux commandements que Jésus-Christ nous a laissés et que l’on connaît si bien qu’on y fait plus attention : C’est dans l’évangile de Matthieu où Jésus nous commande d’abord d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée et ensuite, second commandement (qui lui est « semblable » ou « important » selon les traductions), d’aimer notre prochain comme nous-même.

Le « comme nous-même », on ne l’entend pas. On retient qu’il faut aimer Dieu et son prochain. On les met quasiment sur le même plan. C’est ce que Jésus veut nous indiquer je pense. Mais ce qu’on oublie aussi de mettre sur le même plan, c’est nous !

Or, si on ne s’aime pas soi-même,  on ne peut pas aimer l’autre comme soi-même car cela reviendrait à dire qu’on n’aime pas l’autre. C’est logique. Et surtout profondément humain. C’est difficile de s’aimer, de s’accepter avec nos limites, nos défauts ou nos faiblesses.

Et pourtant, quand on y parvient au moins partiellement, et qu’on prend soin de soi, comme par hasard, ça attire l’amour des autres sur soi…Donc c’est important de s’aimer. 

Parmi les participants à la réunion, beaucoup ont dit qu’ils ne s’aimaient pas. Ont-ils craint qu’on les soupçonne de narcissisme, d’orgueil ou d’égocentrisme s’ils disaient qu’ils s’aimaient eux-mêmes ou est-ce réellement le cas. J’ai souvent remarqué que les gens étaient durs avec eux-mêmes et je crains que de ce fait, ils le soient aussi avec les autres… 

Jésus savait tout cela, bien sûr. C’est pourquoi il nous fait ce commandement, mais l’évangéliste aurait dû être plus explicite et insister sur le fait qu’on devait s’aimer soi-même aussi.

 Si je résume le commandement, ça donne : aime ton Dieu, aime les autres, aime-toi.

Au fait, est-ce que vous vous aimez ?

Bonne semaine et à bientôt 

Catherine

oOo

Mercredi 30 mai 2007

 Bonjour à toutes et à tous,

 « Tout est dans le regard que l’on porte sur l’autre » nous a dit Nicole Maestracci de la FNARS, la Fédération Nationale des Associations d’accueil et de Réinsertion Sociale, lors du dernier Forum de l’association dont elle est la présidente. « Si le regard est bienveillant, on tire la personne vers le haut ; si le regard est malveillant, on tire la personne vers le bas… ».

L’ « autre » évoqué ici est le fragile, l’affaibli, le vulnérable de notre société. Celui qu’on désigne sous le terme d’ « exclu ». Celui que l’on croise tous les jours mais qu’on a du mal d’identifier tant les visages des exclus sont divers :  le CLD (chômeur de longue durée), le RMIste (celui qui perçoit le revenu minimum),le SDF (sans domicile fixe), le CDD (le travailleur au contrat précaire) le jeune de niveau VI (sans diplôme, ni métier, ni emploi), l’étranger en situation « difficile », le parent isolé au revenu insuffisant etc…

 L’exclusion est donc une question de regard, me suis-je dit en écoutant cette brillante magistrate défendre ses projets et engagements pour une société qui ne doit plus exclure mais au contraire, inclure, tout le monde, y compris, et surtout, les plus faibles…

 Effectivement, avec un simple regard, on peut agir, sur ce qui nous entoure et sur celui ou celle que l’on rencontre. Il n’y a qu’à se référer aux expressions de la vie courantes pour s’en convaincre. On peut parcourir, fouiller ou suivre du regard. On peut exercer un droit de regard,  jeter un regard ou simplement le poser. On peut échanger des regards avec quelqu’un…Mais un regard peut aussi menacer, foudroyer quelqu’un, voire même le tuer!

 Or, pour la présidente de la FNARS, il n’y a plus à hésiter, « tout regard négatif sur l’autre doit être banni à jamais de notre société ». Il faut regarder les autres et en particulier ceux qui portent les marques de l’exclusion, positivement, et a-t-elle ajouté, «  en croyant ce qu’ils disent ». En leur faisant a priori confiance.  

Il est vrai qu’il n’y a rien de meilleur, je pense, qu’un regard bienveillant et confiant qui se pose sur vous.

 Suivent ensuite des propositions concrètes pour faire reculer l’exclusion : développer un contrat unique d’insertion, construire des logements sociaux, renforcer l’accès aux soins, donner une allocation aux jeunes en contrepartie d’un engagement etc…

 Parmi les nombreux constats établis par la FNARS sur le phénomène de l’exclusion, il y en a un en particulier qui m’a étonné. Je vous le livre : « la fragilité actuelle et conjoncturelle de notre société conduit de nombreuses personnes (salariées ou non) à perdre pied. Ces personnes n’ont pas forcément besoin d’une place d’hébergement et d’un accompagnement important, mais simplement besoin d’humanité et pour cela ils ont besoin d’un peu de temps pour se reconstruire et renouer du lien avec les autres ».

 La solution proposée ?

Des résidences sociales où il y a « juste la présence humaine, du lien social et une simple régulation humaine quotidienne ». 

Juste un peu plus d’humanité, voilà ce dont a besoin notre société, je crois.

 Quelle belle mission, qu’auront ceux ou celles qui seront cette « présence humaine », au regard confiant et bienveillant….

 A bientôt !

 Catherine

oOo

Samedi 9 juin 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous, 

Il fait toujours bon s’arrêter dans le bureau de Janine, pour bavarder un peu, de tout et de rien, du travail, de la famille, des préoccupations du moment. Aussi, je ne m’en prive pas et régulièrement, je fais une petite halte auprès d’elle.

Janine est la gestionnaire du GIP, le Groupement d’Intérêt Public pour lequel je travaille.

Agée de 55 ans bientôt, elle en paraît 10 de moins. Dynamique, élégante, toujours à la mode, Janine est plaisante. Elle aime tout le monde dans le service et tout le monde l’aime à quelques rares exceptions près…

Sur son bureau encombré et en désordre trône une machine à écrire à grosses touches sur laquelle Janine fait des calculs à toute vitesse. Au GIP, Janine règne sur les chiffres.

En face de son bureau, se trouve un autre bureau où atterrissent les collègues jugés soit insuffisamment compétents, soit insuffisamment occupés. Des jeunes gens souvent,  peu performants, un peu « cruches » ou mal employés. Ces personnes souffrent en général des jugements que l’on porte sur eux, et se renferment ou se plaignent. La tâche que Janine leur confie n’est guère gratifiante a priori car elle consiste à faire de la saisie. Et pourtant, ces employés, une fois qu’ils sont auprès de notre gestionnaire, semblent revivre. Je ne sais pas ce qu’elle leur fait ou ce qu’elle leur dit, mais ils sont tout épanouis auprès d’elle et tout heureux de lui venir en aide même si la tâche n’est pas passionnante.  C’est à nouveau une histoire de regard je pense. Le regard confiant et bienveillant dont je vous parlais la semaine dernière.

En fait, j’ai remarqué que Janine s’intéresse toujours plus à la personne qu’au professionnel. Elle discute avec les jeunes, elle leur parle d’eux, de ce qu’ils vivent au travail et dans leur vie. Et toujours de l’avenir et du comment ils pourront évoluer…ce qu’ils font en général, assez rapidement, en réussissant un concours ou en se trouvant un poste à leur mesure.

Elle sait planter les graines de fleurs au bord du chemin comme dans l’histoire des deux cruches me suis-je dit.

Vous connaissez l’histoire des deux cruches ?

C’est une histoire qui circule sur les revues protestantes et dont l’auteur est anonyme.

Je vous la livre :

Un vendeur d’eau se rend chaque matin à la rivière, remplit ses deux cruches et part vers la ville distribuer l’eau à ses clients.

Fissurée, l’une des cruches perd son eau. Toute neuve, l’autre rapporte plus d’argent. La pauvre fissuré se sent inférieure.

Un matin, elle décide de se confier à son patron : « tu sais, je suis consciente de mes limites. Tu perds de l’argent à cause de moi, car je suis à moitié vide quand nous arrivons en ville. Pardonne mes faiblesses ».

Le lendemain, en route vers la rivière, le patron interpelle la cruche fissurée :

- Regarde sur le bord de la route !

- C’est joli et plein de fleurs !

- C’est grâce à toi, réplique le patron. C’est toi qui, chaque matin, arrose le bas-côté de la route. J’ai acheté un paquet de graines de fleurs et je les ai semées le long du chemin. Et sans le savoir et sans le vouloir, tu les arroses chaque jour.

Ne l’oublie jamais : nous sommes tous un  peu fissurés mais, si nous le lui demandons, Dieu sait faire des merveilles avec nos faiblesses.

 Janine fait des merveilles, elle,  avec les jeunes « cruches » que le patron du GIP lui confie.

 Ah ! oui, et puis elle accompagne aussi des catéchumènes jusqu’à leur baptême… 

Moi aussi je demande à Dieu de faire des merveilles avec mes faiblesses.

 Et vous ?

 A la semaine prochaine 

Catherine

oOo

Jeudi  21 juin 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous, 

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler du dernier bouquin que j’ai lu.

Il s’agit de l’Univers imprévisible* d’un certain Brunor.

C’est mon libraire qui m’a conseillé cet ouvrage. Sur le coup j’ai été un peu surprise car il s’agit d’une BD, or je ne suis pas bédéphile. En dehors de Tintin et Milou, et Astérix et Obélix, je ne connais pas grand chose à la BD. Mais bon, je me suis laissée conseiller. Et je n’ai pas été déçue !

Cette BD est étonnante à plusieurs titres.

Tout d’abord, c’est une BD sans cadre. Les dessins, que mon fils (qui s’y connaît, lui, en BD) a qualifiés de « sympas », sont donc « libres » dans la page.

Le sujet, ensuite, n’est pas courant dans la catégorie BD, car il s’agit de métaphysique.

En plus, la bande dessinée est construite à la manière des livres-jeux.

Et enfin, et c’est sûrement le plus important, Brunor sait parler aux jeunes de questions sérieuses.

Dès la première page, deux complices, Edgar et Tom, entraînent le lecteur dans une étonnante enquête philosophique, scientifique et biblique, et réussissent le tour de force de réconcilier foi et raison.

Il s’agit, tout en essayant de résoudre des énigmes, de comprendre comment la pensée humaine envisage l’univers et la place de l’homme dans la création. A pied, en gondole puis en avion, les deux enquêteurs entament un tour d’horizon, très schématique mais didactique, des principales conceptions de l’univers et découvrent la place originale de la pensée du peuple hébreu. On découvre par exemple, que le peuple hébreu avait vu juste en concevant un univers ayant une fin. Cette conception est aujourd’hui confirmée par la thermodynamique qui a démontré que l’univers s’usait en raison d’un phénomène de déperdition d’information.

On apprend aussi que parallèlement à ce phénomène d’usure, il y a, au niveau génétique, un enrichissement constant de l’information, dans l’évolution. Donc, se côtoieraient deux mouvements opposés dans l’univers, l’un de perte d’information et l’autre, d’enrichissement de l’information.

Moi, je trouve tout cela étonnant, surtout le constat que les hébreux avaient déjà découvert, six siècles avant notre ère, que l’univers, tel qu’on le connaît, n’était pas éternel…

Le ton, humoristique, à la limite de l’impertinence, devrait plaire aux jeunes et à ceux qui leur ressemblent. Il devrait les encourager à développer une pensée personnelle sur les questions majeures que sont l’évolution, la génétique ou encore la création, …Essentiel donc !

Surtout à l’heure où le créationnisme se répand…Vous êtes au courant ? Les créationnistes viennent d’ouvrir un musée du créationnisme dans le Kentucky….

 Pour vous faire une idée plus précise, consultez le site du dessinateur : www.brunor.fr 

A signaler, dans la même collection et du même auteur : www.jesusqui?  Prix international de la BD à Angoulême en 2005.

 A la semaine prochaine, 

Catherine

 * Brunor, L’Univers imprévisible, Ed. du Cerf, Les enquêtes essentielles, 2007

oOo 

Lundi 2 juillet 2007

 Amis de Murmure, bonjour à tous,

 J’ai eu une chance inouïe. J’ai rencontré, il y a quelques jours à Sancey (c’est en France), un groupe de disciples du Christ, des disciples d’aujourd’hui.

Ils étaient une soixantaine de personnes. Moyenne d’âge : 40 ans. Il y avait des hommes, des femmes, beaucoup de femmes, comme aux premiers temps peut-être…

Ils constituaient une assemblée dynamique, fraternelle et passionnée par ses travaux. Car, lorsque je les ai rencontrés, les disciples « travaillaient ».

Ils étaient en train de rédiger leurs « Actes des Apôtres ». Ils répertoriaient les signes du Royaume en marche, ou dit plus simplement, ils recherchaient les manifestations de la présence de Dieu parmi nous.

Ils m’ont confié quelques extraits de leurs écrits.

Voilà ce qu’ils disent :

(Vous en avez la primeur !)

 Extraits des Actes des Apôtres d’aujourd’hui

-         Dans nos communautés nous vivons les assemblées de la parole.

-         Nous sommes envoyés dans le monde pour témoigner du Christ par notre manière de vivre.

-         La collaboration entre laïcs et clercs prend de l’ouverture, et de l’ampleur.

-         Pour surmonter les difficultés de notre monde, nous développons une grande chaîne de prière, de solidarité, de charité, de fraternité mais également un grand effort de justice et de paix

-         Tous ces signes sont possibles grâce à la présence de l’Esprit Saint en nous. 

……………….

 -         Une catéchèse s’ouvre entre les villages et avec les mouvements.

-         Une Eglise en mouvement, un nouveau réseau s’organise…

-         Des laïcs s’engagent de plus en plus.

-         Notre Eglise est plus ouverte.

-         Nous recherchons un enseignement de l’Eglise.

-         Nous ressentons moins de peur et une volonté de faire…

-         Nous valorisons la manière d’être et de croire chez les jeunes.

-         Nous permettons à chacun de dire son « je crois en Dieu » 

…………………….

-         Certains parents d’enfants catéchisés se «  remettent en route »

-         A partir de l’éveil à la foi, certains parents ont envie de recommencer.

-         A partir des obsèques, certains redécouvrent la foi.

-         Des chrétiens osent parler de leur foi en dehors de l’Eglise.

-         Les gens ont soif de découvrir la Parole, de la partager, de la comprendre.

-         Les chrétiens s’ouvrent de plus en plus aux échanges avec les autres confessions.

-         De jeunes laïcs prennent des responsabilités dans l’Eglise.

-         Croyants ou non, de nombreuses personnes s’investissent au niveau associatif, sportif, politique, etc.…. pour « changer le monde »

 …………………

Notre vécu à travers notre formation et nos divers engagements nous aide à mieux percevoir le miracle de la diversité, à écouter sans juger, à accepter l’autre tel qu’il est, à accueillir pour donner l’envie de vivre en Eglise le Christ ressuscité.

 ……………………………………

-         Nous avons été appelés !

-         Chaque rencontre, c’est un peu vivre une Pentecôte pour chacun.

-         L’Esprit Saint souffle à travers les témoignages, les rencontres, les gestes, les signes…..et nous aide à mieux investir notre mission.

-         L’isolement devient une chance, à l’exemple de l’Eglise de Philadelphie, ce qui nous oblige à être plus forts dans notre foi, plus profonds, plus enracinés dans la foi.

-         Nous sommes le visage de l’Eglise, nous sommes porteurs de Dieu !

 ………………………………….

 
-         Pour nous, toutes les demandes de sacrements (baptême d’enfants, d’adultes, mariages…..) sont le signe que le Royaume ne demande qu’à germer.

-         Les grands rassemblements (profession de foi, les retraites, le JMJ…) nous montrent que le Royaume est en marche.

-         On constate que les baptisés adultes sont très impliqués dans la vie sociale, ils ont le sens du service aux autres.

-         On rencontre au catéchisme des enfants déjà riches de l’Esprit Saint.

-         Le succès des formations comme ThéoFil nous montre un désir de Dieu.

 

Un désir de Dieu. Il existe donc un désir Dieu, aujourd’hui encore.

Et moi, j’ai rencontré parmi ces disciples d’aujourd’hui, des passionnés de Dieu.

Je me demande ce qu’il peut bien se passer quand désir de Dieu d’un côté et la passion de Dieu de l’autre, se rencontrent…

 Je vous laisse tout l’été, méditer ces « Actes des Apôtres », vous souhaite à tous un très bel été et vous donne rendez-vous début septembre…

 Bonnes vacances ! 

Amicalement, comme toujours 

Catherine

 

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