-

OBSEQUES - HOMELIE 5

 

Lectures : Job 19, 23-27

Marc 15, 33-37

 

Que d'interrogations surgissent à notre esprit, quand survient la mort d'un être cher, d'un proche, d'un ami ou d'un voisin. C'est vrai, la vie va si vite ! On n'a pas le temps de s'arrêter, de réfléchir, ni même de se poser les questions essentielles. Ou bien on n'en a pas envie. Et voilà qu'un malheur, une maladie grave, la mort de quelqu'un que nous avons connu, fréquenté, aimé, provoque en nous un retour sur nous-mêmes, une réflexion sur le sens de notre vie. Et nous nous demandons : la vie, qu'est-ce que c'est ? Et à quoi ça sert ? Et également une autre question surgit : après la mort, est-ce qu'il y a quelque chose ? Et quoi ?

Depuis qu'il y a des hommes, on s'est posé la même série de questions. Et tous les mythes de l'antiquité, comme toutes les philosophies et toutes les religions, ont apporté quantité de réponses, ou tout au moins des amorces de réponses. La mort comme rupture ou comme passage, séparation de l'âme et du corps, jugement final, séjour des morts, plus ou moins confortable, réincarnation, que sais-je encore ? L'originalité de notre foi chrétienne, héritée de nos lointains ancêtres du peuple juif, c'est qu'à cette série de questions concernant la mort inéluctable, nous répondons : résurrection. Et cette réponse est originale, en ce sens qu'elle est propre au judaïsme, au christianisme et à l'islam, et à eux seul. D'où nous vient cette croyance ?

Nous avons lu dans la Bible, au commencement de cette célébration, un passage du livre de Job, où le héros du livre proclame sa foi en la résurrection de la chair : " Je crois que mon libérateur est vivant, et qu'à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. Moi-même je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. " Mais savez-vous qui était Job ?

Sans doute un personnage légendaire : le texte est un conte oriental, comme les nomades adorent en raconter le soir, sous leur tente. Le conte, d'après les spécialistes, nous vient d'un milieu de nomades, avant d'être repris et amplifié par Israël. Il met en scène un riche propriétaire, à qui tout réussit, jusqu'à ce qu'un jour Satan intervienne. Si vous avez une Bible, lisez le livre de Job. Cela commence à la cour céleste, où Dieu reçoit. Arrive Satan, à qui Dieu demande d'où il vient. Satan répond qu'il a été faire un petit tour sur la terre. Et Dieu de demander : " As-tu vu mon ami Job ? Celui-là, c'est un vrai croyant, un homme de bien ! " Alors Satan de répliquer : " Oui, tant que tout lui réussit, d'accord, mais si les malheurs tombaient sur lui, je suis certain qu'il ne serait pas si croyant ! " Et Dieu permet à Satan d'éprouver Job. Alors, tous les malheurs arrivent à ce pauvre homme : ses enfants meurent, ses maisons sont détruites, ses troupeaux décimés et il se retrouve… " pauvre comme Job " (c'est devenu une expression courante). Alors Job interpelle Dieu : " Pourquoi tous ces malheurs ? Je ne l'ai pas mérité. Je n'ai rien fait de mal ! "Sa femme se moque de lui, ses amis viennent le trouver et lui débitent de grands discours pour lui dire toutes les âneries qu'on dit ou qu'on pense en pareille circonstance. L'un déclare : si tu connais le malheur, c'est que Dieu veut te punir d'une faute plus ou moins cachée. Un autre lui dit que " Dieu châtie ceux qu'il aime " et un troisième l'invite à se résigner parce que " c'est la volonté de Dieu ". Job les envoie tous " promener " en déclarant : " Et si je veux me révolter, moi ! J'en ai le droit. Je veux discuter avec Dieu et lui demander pourquoi tout cela m'arrive, à moi ! " Et Dieu de déclarer : " C'est Job qui a raison. " C'est alors qu'à la fin du conte, Job déclare sa foi en la résurrection : " Je sais, moi que mon libérateur est vivant…de mes yeux de chair, je verrai Dieu. "

Nous sommes ici devant un des plus anciens témoignages de la foi en la résurrection . Et c'est un témoignage plein de vigueur. Mais, malgré sa force d'expression, il n'enlève rien à l'angoisse de la mort, à sa cruauté. Jésus, dans sa souffrance horrible sur la croix, s'adresse à Dieu pour lui dire : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ". C'est le cri de l'homme humilié, qui se sent seul, abandonné de tous. C'st le cri de Job. Mais voilà qu'il va se reprendre, dans les derniers instants, pour dire, juste avant de rendre le dernier soupir, la prière du soir que sa maman lui avait apprise quand il était tout petit, la prière du soir qu'encore aujourd'hui tout bon juif prononce avant de s'endormir : " Entre tes mains, Père, je remets ma vie ".

Soyons sans illusions ; soyons réalistes : la mort inéluctable est un passage difficile, douloureux, qui n'est épargné à personne. Ne cherchons pas de fausses explications ni de fausses consolations. Par contre, plus forte que la mort, demeure la confiance en un Dieu fidèle, fidèle à sa parole, fidèle à son amour. Je sais que, par delà la mort, il me réveillera, me ressuscitera. " Je crois que mon Libérateur est vivant et qu'au dernier jour je surgirai de la tombe. De mes yeux de chair je verrai Dieu. "

Retour au sommaire.