Discours du pape François
 

La curie romaine et le Corps du Christ

“Tu es au-dessus des chérubins, toi qui a changé la misérable condition du monde quand tu t'es fait comme nous” (saint Athanase).

Chers frères,

Au terme de l'Avent, nous nous rencontrons pour les salutations traditionnelles. Dans quelques jours, nous aurons la joie de célébrer la Nativité du Seigneur, l'événement de Dieu qui se fait homme pour sauver les hommes: la manifestation de l'amour de Dieu qui ne se limite pas à nous donner quelque chose ou à nous envoyer un message ou des messagers, mais qui nous fait le don de lui-même. Le mystère de Dieu qui prend sur lui notre condition humaine et nos péchés pour nous révéler Sa vie divine, Sa grâce immense et Son pardon gratuit.

C'est le rendez-vous avec Dieu qui naît de la pauvreté de le grotte de Bethléem, pour nous enseigner la puissance de l'humilité. En effet, la Nativité est aussi une fête de la lumière qui n'est pas accueillie par les "gens élus" mais par "les gens pauvres et simples" qui attendaient le salut du Seigneur.

Avant tout, je voudrais vous souhaiter à tous - collaborateurs, frères et sœurs, représentants pontificaux dispersés dans le monde -, et à tous ceux qui vous sont chers un Saint Noël et une heureuse Année nouvelle. Je désire surtout vous remercier de votre engagement quotidien au service du Saint-Siège, de l'Eglise catholique, des Eglises particulières et du Successeur de Pierre.

Etant donné que nous sommes des "personnes" et pas des "numéros", ou seulement des "dénominations", je mentionne de façon particulière ceux qui ont terminé leur service cette année, pour limite d'âge ou parce qu'ils assument d'autres rôles ou parce qu'ils ont été rappelés à la Maison du Père. Ma pensée et ma gratitude s'adressent aussi à eux tous et à leurs familles.

Je désire, avec vous, exprimer mes vifs et sincères remerciements au Seigneur pour l'année qui s'en va, pour les événements vécus et pour tout le bien qu'Il a voulu accomplir, généreusement, par le service du Saint-Siège, en Lui demandant humblement pardon pour les manquements commis "en pensée, en parole, par action et par omission".

C'est en partant justement de cette demande de pardon que je voudrais que cette rencontre et les réflexions que je partagerai avec vous deviennent pour nous tous un soutien et un stimulant pour un vrai examen de conscience pour préparer votre coeur à Noël.

En pensant à notre rencontre, il m'est venu à l'esprit l'image de l'Eglise comme "le Corps mystique de Jésus-Christ". C'est une expression qui, comme le pape Pie XII l'a expliqué, "jaillit et quasi germe de ce qui vient souvent exposé dans l'Ecriture Sainte et chez les Saints Pères" 1. A ce propos, saint Paul a écrit: "Le Corps, tout en étant un, a beaucoup de membres et tous le membres sont un seul corps, et il en est ainsi aussi dans le Christ" (1 Co 12, 12)2.

Dans ce sens, le Concile Vatican II rappelle que "dans l’édification du Corps du Christ règne également une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services (cf. 1 Co 12, 11)"3. C'est pourquoi "le Christ et l'Eglise forment donc le "Christ total" [«Christus totus»]. L'Eglise fait un avec le Christ” 4.

C'est beau de penser à la curie romaine comme à un petit modèle de l'Eglise, c'est-à-dire comme un "corps" qui cherche sérieusement et quotidiennement à être plus vivant, plus sain, plus harmonieux et plus uni en lui-même et avec le Christ.

En réalité, la curie romaine est un corps complexe, composé de tant de dicastères, conseils, bureaux, tribunaux, commissions et de nombreux éléments qui n'ont pas tous la même tâche mais sont coordonnés pour un fonctionnement efficace, édifiant, discipliné et exemplaire, en dépit des différences culturelles, linguistiques et nationales de ses membres5.

Mais la curie étant un corps dynamique, elle ne peut pas vivre sans nourriture et sans soins. De fait, la curie - comme l'Eglise - ne peut pas vivre sans avoir un rapport vital, personnel authentique et solide, avec le Christ6.

Un membre de la curie qui ne se nourrit pas de cette nourriture deviendra un bureaucrate (formaliste, fonctionnaire, employé): un sarment qui se dessèche, meurt peu à peu et est rejeté. La prière quotidienne, la participation assidue aux sacrements, en particulier l'eucharistie et la réconciliation, le contact quotidien avec la Parole de Dieu, et la spiritualité traduite en charité vécue, sont la nourriture vitale pour chacun de nous. Il faut que ce soit clair pour nous tous: sans Lui, nous ne pouvons rien faire (Cf. Jn 15, 8).

Par conséquent, le rapport vivant avec Dieu nourrit et fortifie aussi la communion avec les autres, c'est-à-dire que plus nous sommes intiment unis à Dieu, plus nous sommes unis entre nous, parce que l'Esprit de Dieu unit et l'esprit du malin divise.

La curie est appelée à s'améliorer, à toujours s'améliorer et à grandir en communion, sainteté et sagesse pour réaliser pleinement sa mission7.

Pourtant, comme tout corps humain, elle est exposée aussi aux maladies, aux dysfonctionnements, aux infirmités. Et ici, je voudrais mentionner certaines de ces maladies éventuelles, maladies curiales. Ce sont des maladies plus habituelles dans notre vie de curie. Ce sont des maladies et des tentations qui affaiblissent notre service du Seigneur.

Je crois que ce catalogue des "maladies" dont nous parlons aujourd'hui nous aidera - sur le chemin des pères du désert, qui faisaient ces catalogues - : il nous aidera à nous préparer au Sacrement de la réconciliation, qui sera un beau pas en avant pour nous tous, pour nous préparer à Noël.

1. La maladie de se sentir "immortel", "avec l'immunité" ou même "indispensable",en négligeant les contrôles habituels nécessaires. Une curie qui n'est pas autocritique qui ne se met pas à jour, qui ne cherche pas à s'améliorer est un corps malade. Une visite ordinaire aux cimetières pourrait nous aider à voir les noms de tant de personnes dont certains pensaient peut-être être immortels, ayant une immunité, et indispensables! C'est la maladie du riche stupide de l'Evangile qui pensait vivre éternellement (cf. Lc 12, 13-21) et aussi de ceux qui se transforment en maîtres et qui se sentent supérieur à tous, et non au service de tous. Elle découle souvent de la pathologie du pouvoir, du "complexe des élus", du narcissisme qui regarde passionnément sa propre image et ne voit pas l'image de Dieu imprimée sur le visage des autres, spécialement des plus faibles et des nécessiteux8. L’antidote à cette épidémie est la grâce de se sentir pécheurs et de dire de tout son coeur: "Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire" (Lc 17, 10).

2. Il y en a une autre: la maladie de du "marthalisme" (de sainte Marthe) de l'excès d'activité, c'est-à-dire de ceux qui se plongent sans le travail, en négligeant inévitablement, la "meilleure part" : s'asseoir aux pieds de Jésus (cf. Lc 10, 38-42). C'est pour cela que Jésus a appelé ses disciples à "se reposer un peu" (cf. Mc 6, 31), parce que négliger le repos nécessaire conduit au stress et à l'agitation. Le temps du repos est nécessaire à qui a accompli sa mission: c'est un devoir qui doit être vécu sérieusement, en passant un peu de temps avec sa famille, et en respectant les vacances comme des moments de recharge spirituelle et physique. Il faut apprendre ce que Qohélet enseigne: "Il y a un temps pour toute chose" (3, 1-15).

3. Il y a aussi la maladie de la "pétrification" mentale et spirituelle, de ceux qui ont un coeur de pierre ou une "nuque raide"(Ac 7, 51-60); de ceux qui, en chemin, perdent leur sérénité intérieure, leur vivacité, et leur audace et se cachent derrière les papiers, devenant des "machines à formulaires", et non des"hommes de Dieu" (cf. He 3, 12). C'est dangereux de perdre la sensibilité humaine nécessaire pour pouvoir pleurer avec ceux qui pleurent et nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie! C'est la maladie de ceux qui perdent "les sentiments de Jésus" (cf. Ph 2, 5-11) parce que leur coeur, au fil du temps, se durcit, et devient incapable d'aimer de façon inconditionnelle leur Père et leur prochain (cf. Mt 22, 34-40). Etre chrétiens signifie en effet "avoir les sentiments mêmes du Christ Jésus, sentiments d'humilité et de don de soi, de détachement, et de générosité".

4. La maladie de l'excès de planification et de fonctionnarisme : quand l'apôtre planifie trop minutieusement et croit que grâce à une planification parfaite les choses avancent effectivement, devenant ainsi un comptable. C'est nécessaire de bien tout préparer mais sans jamais tomber dans la tentation de vouloir s'enfermer et piloter la liberté de l'Esprit Saint qui reste toujours plus grande, plus généreuse, que toute planification humaine (cf. Jn 3,8). On tombe dans cette maladie parce "qu'il est plus facile et plus commode de se reposer sur nos positions statiques et immuables. En réalité, l'Eglise se montre fidèle à l'Esprit Saint quand elle ne prétend pas le régler ou l'apprivoiser… Apprivoiser l'Esprit Saint… Il est fraîcheur, fantaisie, nouveauté"9.

5. La maladie de la mauvaise coordination :lorsque les membres perdent la communion entre eux et que le corps perd son fonctionnement harmonieux et sa tempérance en devenant un orchestre qui produit seulement du bruit parce que ses membres ne collaborent pas et ne vivent pas l'esprit de communion et d'équipe. Lorsque le pied dit au bras: "je n'ai pas besoin de toi" ou la main à la tête: "c'est moi qui commande", provoquant ainsi malaise et scandale.

6. Il y a aussi la maladie de l’Alzheimer spirituel,c'est-à-dire l'oubli de "l'histoire du salut", de l'histoire personnelle avec le Seigneur, du "premier amour" (Ap 2, 4). Il s'agit d'un déclin progressif des facultés spirituelles qui, dans un laps de temps plus ou moins long, causent un grave handicap à la personne en la faisant devenir incapable d'une activité autonome, du fait d'un état de dépendance absolue de ses vues souvent imaginaires. Nous le voyons dans ceux qui ont perdu la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur, dans ceux qui ne font pas le sens "deutéronomique" de la vie; dans ceux qui sont totalement dépendants de leur "présent", de leurs passions, caprices et manies; dans ceux qui construisent autour d'eux des murs et des habitudes et deviennent toujours plus esclaves des idoles qu'ils ont sculptées de leurs propres mains.

7. La maladie de la rivalité et de la vaine gloire11: quand l'apparence, les couleurs des vêtements, les signes honorifiques, deviennent le premier objectif de la vie, et que l'on oublie les paroles de saint Paul: "ne faites rien par rivalité ou vaine gloire, mais que chacun de vous, en toute humilité, considère les autres supérieurs à soi. Ne cherchez pas votre propre intérêt mais celui des autres" (Ph 2, 1-4). C'est la maladie qui nous pousse à être des hommes et des femmes faux et à vivre un "faux mysticisme", un faux "quiétisme". Paul lui-même les définit comme des "ennemis de la croix du Christ" parce qu'ils "se vantent de ce dont ils devraient avoir honte et ne pensent qu'aux choses de la terre" (Ph 3, 19).

8. La maladie de la schizophrénie existentielle: c'est la maladie de ceux qui vivent une vie double, fruit de l'hypocrisie typique du médiocre et du vide spirituel progressif que des titres académiques ne peuvent combler. Une maladie qui frappe souvent ceux qui, abandonnant le service pastoral, se limitent à des affaires bureaucratiques et perdent ainsi le contact avec la réalité, avec les personnes concrètes. Ils créent ainsi un monde parallèle, à eux, où ils laissent de côté ce qu'ils enseignent sévèrement aux autres et ils commencent à vivre une vie cachée et souvent dissolue. La conversion est très urgente et indispensable pour cette maladie très grave (cf. Lc 15,11-32).

9. La maladie des bavardages, des murmures, et des commérages:j'ai déjà parlé de cette maladie grave qui commence simplement, peut-être seulement pour échanger quelques mots, et elle s'empare de la personne en la faisant devenir "semeur de zizanie" (comme satan), et dans beaucoup de cas "homicide de sang froid" de la réputation de ses collègues et de ses confrères. C'est la maladie des personnes lâches qui n'ont pas le courage de parler directement et parlent dans le dos. Saint Paul avertit: "faites tout sans murmurer et sans hésiter, pour être purs et sans reproche" (Ph 2, 14-18). Frères, gardons-nous du terrorisme des bavardages!

10. La maladie de diviniser les chefs :c'est la maladie de ceux qui font la cour à leurs supérieurs, en espérant obtenir leur bienveillance. Ils sont victimes du carriérisme et de l'opportunisme, ils honorent les personnes et non Dieu (cf. Mt 23, 8-12). Ce sont des personnes qui vivent le service en pensant uniquement à ce qu'ils doivent obtenir, et non à ce qu'ils doivent donner. Des personnes mesquines, malheureuses, et inspirées seulement par leur égoïsme fatal (cf. Ga 5,16-25). Cette maladie pourrait frapper aussi les supérieurs quand ils font la cour à certains de leurs collaborateurs pour obtenir leur soumission, leur loyauté, leur dépendance psychologique, mais le résultat final est vraiment qu'ils sont complices.

11. La maladie de l’indifférence envers les autres:quand chacun ne pense qu'à soi et perd la sincérité et la chaleur des relations humaines. Quand le plus expert ne met pas sa connaissance au service des collègues moins experts. Quand on vient à apprendre quelque chose et qu'on la garde pour soi au lieu de la partager positivement avec les autres. Quand, par jalousie ou par malice, on éprouve de la joie à voir l'autre tomber au lieu de le relever et de l'encourager.

12. La maladie du visage funèbre : celle des personnes revêches et sombres, qui estiment que pour être sérieux il faut revêtir son visage de tristesse, de sévérité, et traiter les autres - surtout ceux que l'on considère comme inférieurs - avec rigidité, dureté et arrogance. En réalité la sévérité théâtrale et lepessimisme stérile12 sont souvent des symptômes de peur et de manque de confiance en soi. L'apôtre doit s'efforcer d'être une personne courtoise, sereine, enthousiaste et joyeuse qui communique la joie où qu'il se trouve. Un coeur heureux qui rayonne et contamine par sa joie tous ceux qui l'entourent, on le voit tout de suite! Ne perdons donc pas cet esprit joyeux, plein de sens de l'humour, et même d'auto-dérision, qui font de nous des personnes aimables même dans des situations difficiles13. Comme une bonne dose d'humour sain nous fera du bien! Dire souvent la prière de saint Thomas More14 nous fera du bien: je la prie tous les jours, cela me fait du bien.

13. La maladie d'accumuler:quand l'apôtre cherche à combler un vide existentiel de son coeur en accumulant les biens matériels, non par nécessité, mais pour se sentir en sécurité. En réalité, nous ne pourrons emporter avec nous rien de matériel parce que "le linceul n'a pas de poches" et tous nos trésors terrestres - même si ce sont des cadeaux - ne pourront jamais combler ce vide, au contraire, ils le rendront encore plus exigeant, et plus profond. A ces personnes, le Seigneur redit: "Tu dis: je suis riche, je me suis enrichi, je n'ai besoin de rien. Mais tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu… Aie donc du zèle, et repens-toi" (Ap 3, 17-19). L'accumulation ne fait qu'alourdir et ralentir inexorablement la route. Je pense à une anecdote. Autrefois, les jésuites espagnols décrivaient la Compagnie de Jésus comme la "cavalerie légère de l'Eglise". Je me souviens du déménagement d'un jeune jésuite: il était en train de charger dans un camion tout ce qu'il avait - bagages, livres, objets, cadeaux -, quand il a entendu un vieux jésuite qui l'observait lui dire : "ce serait cela la "cavalerie légère de l'Eglise" ?" Nos déménagements sont un signe de cette maladie.

14. La maladie des cercles fermés :quand l'appartenance à un petit groupe devient plus forte que celle du Corps et, dans certaines situations, que du Christ même. Cette maladie aussi commence par des bonnes intentions, mais au fil du temps, elle rend ses membres esclaves, devient un "cancer" qui menace l'harmonie du Corps et cause tellement de mal - des scandales - spécialement aux plus petits de nos frères. L'autodestruction ou le "feu ami" des camarades est le danger le plus sournois15. C'est un mal qui frappe de l'intérieur 16 et, comme le dit le Christ, “tout royaume divisé contre lui-même va à la ruine” (Lc 11,17).

15. Et la dernière, la maladie du profit mondain, des "exhibitionnistes"17: quand l'apôtre transforme son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise, pour obtenir des profits mondains, ou plus de pouvoir. C'est la maladie des personnes qui cherchent insatiablement à multiplier les pouvoirs et dans ce but, ils sont capables de calomnier, de diffamer, de discréditer les autres, jusque sur les journaux ou les magazines. Naturellement, pour s'exhiber et montrer qu'ils sont plus capables que les autres. Cette maladie-là aussi fait beaucoup de mal au corps parce qu'il conduit les personnes à justifier leur usage de tous les moyens pour atteindre ce but, souvent au nom de la justice et de la transparence! Il me vient à l'esprit le souvenir d'un prêtre qui appelait les journalistes pour leur raconter (et inventer) des choses privées personnelles et réservées sur ses confrères et ses paroissiens. Pour lui, la seule chose qui comptait, c'était de se voir à la une des journaux, parce qu'ainsi il se sentait "puissant et irrésistible". Il faisait tellement de mal aux autres et à l'Eglise. Le pauvre.

Frères, ces maladies et ces tentations sont naturellement un danger pour tout chrétien et pour toute curie, communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial, etc… Et elles peuvent frapper au niveau individuel ou communautaire.

Il faut être clair: seul l'Esprit Saint - l'âme du Corps mystique du Christ, comme l'affirme le Credo de Nicée-Constantinople: "Je crois en l'Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie" - guérit toute maladie. C'est l'Esprit Saint qui soutient tout effort sincère de purification et de bonne volonté de se convertir. C'est lui qui nous fait comprendre que tout membre participe à la sanctification du Corps et à son affaiblissement. C'est lui le promoteur de l'harmonie18: “ipse harmonia est”, dit saint Basile. Saint Augustin nous dit: "Tant qu'une partie adhère au Corps, sa guérison n'est pas désespérée. En revanche, ce qui a été taillé ne peut être ni soigné ni guéri"19. La guérison est aussi le fruit de la conscience de la maladie et de la décision personnelle et communautaire de se soigner en supportant le traitement avec patience et persévérance 20.

Nous sommes donc appelés - en ce temps de Noël et pour tout le temps de notre service et de notre existence - à vivre "dans la vérité de l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent, selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour" (Ep 4, 15-16).

Chers frères!

J'ai lu un jour que "les prêtres sont comme les avions: ils sont dans les journaux quand ils tombent, mais ils y en a tant qui volent; beaucoup critiquent et peu prient pour eux". C'est une phrase très sympathique mais aussi très vraie, parce qu'elle souligne l'importance et la délicatesse de notre service sacerdotal et combien de mal peut causer à tout le corps de l'Eglise un seul prêtre qui "tombe".

Donc, pour ne pas tomber, en ces jours où nous nous préparons à la Confession, demandons à la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Eglise, de guérir les blessures du péché que chacun de nous porte dans son coeur, et de soutenir l'Eglise et la curie pour qu'elles soient guéries et guérisseuses; saintes et sanctificatrices; à la gloire de son Fils et pour notre salut et celui du monde entier. Demandons-lui de nous faire aimer l'Eglise comme le Christ, son Fils et notre Seigneur, l'a aimée, et d'avoir le courage de nous reconnaître pécheurs et ayant besoin de sa Miséricorde et de ne pas avoir peur d'abandonner notre main à ses mains maternelles.

Tous mes voeux d'un saint Noël à vous tous, à vos familles, et à vos collaborateurs, et s'il vous plaît, n'oubliez pas de prier pour moi. Merci de tout coeur.

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin

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NOTES

1 Il affirme que l'Eglise, étant le Corps mystique du Christ, “exige encore une multiplicité de membres, qui soient reliés entre eux de manière à se venir mutuellement en aide. Que si, dans notre organisme mortel, lorsqu'un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui, les membres sains prêtant leur secours aux malades, de même dans l'Eglise, chaque membre ne vit pas uniquement pour lui, mais il assiste aussi les autres, et tous s'aident réciproquement, pour leur mutuelle consolation aussi bien que pour un meilleur développement de tout le corps. De plus, le corps dans la nature n'est pas formé d'un assemblage quelconque de membres, mais il doit être muni d'organes, c'est-à-dire de membres qui n'aient pas la même activité et qui soient disposés dans un ordre convenable. L'Eglise, de même, doit son titre de corps surtout à cette raison qu'elle est formée de parties bien organisées, normalement unies entre elles, et pourvue de membres différents et accordés entre eux." Cf. «Mystici Corporis Christi, quod est Ecclesia»: AAS 35 (1943) 193-248.

2 Cf. Lettre aux Romains 12, 5: “de même, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres".
3 Lumen Gentium, 7.
4 Il faut rappeler que “la comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassembléeautour de lui; elle est unifiée en lui, dans son Corps. Trois aspects de l’Église–Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever: l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ; le Christ Tête du Corps; l’Église, Épouse du Christ”. Cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, nn. 789 et 795.

5 Cf. Evangelii Gaudium, 130-131.
6 Plusieurs fois, Jésus a parlé de l'unité que les fidèles doivent avoir avec Lui: “De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments” (Jn 15, 4-5).
7 Cf. Pastor Bounus Art. 1 et CIC can. 360.
8 Cf. Evangelii Gaudium, 197-201.
9 Benoît XVI, Audience générale, 1er juin 2005.
10 Pape François, Homélie de la messe en Turquie, 30 novembre 2014.
11 Cf. Evangelii Gaudium, 95-96.
12 Ibid, 84-86.
13 Ibid, 2.
14 Seigneur, donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. Donne-moi la santé du corps avec le sens de la garder au mieux, Donne-moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais sache redresser la situation. Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir. Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle «moi». Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et que j'en fasse profiter les autres. Amen.
15 Evangelii Gaudium, 88.
16 Le bienheureux Paul VI affirmait, à propos de la situation de l'Eglise, qu'il avait la sensation que "par quelque fissure était entrée la fumée de satan dans le temple de Dieu", Homélie, Solennité des apôtres Pierre et Paul, jeudi 29 juin 1972. Cf. Evangelii Gaudium, 98-101.
17 Cf. Evangelii Gaudium: Non à la mondanité spirituelle, nn. 93-97.
18 “L’Esprit Saint est l’âme de l’Église. Il donne la vie, il suscite les différents charismes qui enrichissent le peuple de Dieu et surtout, il crée l’unité entre les croyants : de beaucoup il fait un seul corps, le corps du Christ. (…) L’Esprit Saint fait l’unité de l’Église : unité dans la foi, unité dans la charité, unité dans la cohésion intérieure”, Pape François, Homélie de la messe en Turquie, 30 novembre 2014.
19 August. Serm., CXXXVII, 1; Migne, P. L., XXXVIII, 754.
20 Cf. Evangelii Gaudium, Pastorale en conversion, nn. 25-33.

 

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Chrétiens de Mossoul : passage en revue d'une situation dramatique

Mgr Casmoussa interpelle la communauté internationale


 

ROME, 22 juillet 2014 (Zenit.org) - L'auxiliaire du patriarche syro-catholique dresse le bilan provisoire d'une situation dramatique tant sur le plan humain que patrimonial dans la plaine de Ninive.

Lettre ouverte de Mgr Georges Casmoussa

Chers amis,

C’est de Rome que je vous écris…Les évènements se précipitant en Iraq, et a Mossoul même. Dans un climat de tristesse, de consternation et d’indignation je vous fais part de mon angoisse:

Jeudi 16.7. , l’Etat Islamique (ISIS) a décrété, avec hauts parleurs,  renchéris par quelques mosquées, que les Chrétiens de Mossoul, pour survivre, devaient choisir entre trois possibilités:

soit de se convertir à l’Islam,

soit de payer la jiziah (impôt impose aux non musulmans),

soit de quitter la ville sans rien prendre.

Leurs biens  appartenaient à l’Etat Islamique.

Suite à ce décret les chrétiens qui restaient dans la ville (entre 100 et 200 familles, car déjà ravages par d’autres exodes successives) quittaient la ville précipitamment avec simplement ce qu’ils pouvaient importer. Ils furent, toutefois, molestés par les ISIS aux barrages en sortant de la ville. Certains furent pillés, frappés, dépouillés de leurs argent, bijoux, téléphones portables. Des passeports furent déchirés.

D’autres faits sur le terrain ont eu lieu depuis samedi 18.7. à Mossoul: Evêché syriaque catholique: rumeurs sur sa mise à feu. Ce qui est sûr, d’après Mgr Mouche : les ISIS ont fait irruption, fait descendre les portraits des patriarches et les ont brulées devant l’Evêché.

Quatre églises (Syriaque cath., syriaque orth., armeniennes orth.) donnent sur la cour de l’évêché, dont notre ancienne cathédrale remontant au XIIe s. Eglise Mar Thomas : irruption dans l’église, prise du Musée, musée qui contient des manuscrits précieux, des pièces racontant l’histoire de la ville de Mossoul.

Monastère Mar Behnam a 15 km au S.O. de Qaraqosh pris par les ISIS, les moines chassés, leurs téléphones cellulaires confisqués. Ce monastère abrite une église et le mausolée du Martyre, chef-d’œuvre de la sculpture chrétienne en Mésopotamie.

Monastère Mar Gorguis a la périphérie nord de Mossoul: saccagé par les ISIS. Descente de croix. Comme ils l’avaient déjà fait dans d’autres églises de Mossoul. Déjà les ISIS avaient pris les évêchés syriens orthodoxes et chaldéen.

On craint beaucoup pour le patrimoine artistique de Mossoul, ou l’ISIS a déjà démoli des mausolées de la ville et des monuments érigés en l’honneur de personnalités culturelles ou artistiques civiles, ainsi qu’une statue de la Vierge qui dominait l’ancien évêché chaldéen, déjà miné et bombardé en 2006. Le climat est très lourd dans la ville.

Certains témoignages reflètent la désapprobation des musulmans de la ville, mais aucune réaction des chefs religieux Sunnites de l’Iraq. Silence médiatique. Malgré quelques échos faibles. Un Futur incertain pour les chrétiens. Déjà le 10 Juin dernier, à la prise de la ville par ISIS, un premier exode massif de chrétiens avait eu lieu vers les villes chrétiennes de la Plaine de Ninive.

Les 26,27, 28 du même mois, à  la suite des affrontements entre les forces kurdes qui gardaient Qaraqosh et les jihadistes sunnites qui assaillaient de la ville, 45000 chrétiens, c.à.d. la presque totalité de la ville, avaient fui leur ville vers le Kurdistan. 

Ici à Rome, où se trouve le patriarche syriaque catholique, Joseph III YOUNAN : Samedi 19 juillet, accompagné de son Auxiliaire Mgr Casmoussa et de l’archevêque  de Bagdad, Mgr Abba, S.B. a eu une audience précipitée à la Secrétairerie d’Etat.

Le patriarche a proposé au chef du Dicastère des relations avec les Etats Mgr Dominique Mamberti, de convoquer le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siege pour l’inciter à une action commune et urgente en faveur de la minorité chrétiennes d’Iraq soumise à la persécution déclaré des islamistes fanatiques de l’ISIS.

Cette même proposition, S.B. l’a réitéré au Saint-Père qui l’a appelé personnellement au téléphone l’après-midi du Dimanche. Pendant 10 minutes, il a expliqué a Sa Sainteté, la situation critique des chrétiens en Iraq. Le Saint Père, a l’angélus de ce même dimanche, avait parlé clairement et avec angoisse de la souffrance et de la persécution des chrétiens en Iraq.

A Bagdad, S.B. le Patriarche Louis  Sako a lancé un appel vibrant en faveur du respect des droit des chrétiens irakiens et de leur survie.  Il a invité les évêques catholiques et orthodoxes d’Iraq a une session extraordinaire  de l’AEI a Ankawa lundi ou mardi. Avec la chasse aux Chrétiens, il y a eu la chasse aux chiites à Mossoul et ses environs.

Dans plusieurs villages mixtes des alentours de Mossoul, les ISIS ont mené une vraie épuration religieuse, ou ils ont molestés les communautés chiites et les ont chassées vers le Kurdistan. Des centaines de familles démunies de tout, furent accueillies dans des camps de fortune, sous un soleil torride. Les autorités kurdes les ont accueillies puis acheminées vers le sud, vers les villes chiites.

Au nom des Droits de l’Homme; au nom de l’homme, de la femme et de l’enfant chrétiens en Iraq  soumis à la discrimination, chassés de leurs maisons et de leurs villes;  acculés  a un choix injuste, inique et inhumain soit de se convertir à l’Islam, soit à payer la Jizia, soit à quitter leurs villes sans rien emporter… c’est un appel vibrant et pressant que nous lançons à la Communauté Internationale, aux Etats arabo-musulmans, au Secrétaire de l’ONU , au Congrès Islamique Mondial, à Al-Azhar, aux gouvernements et parlements de la CE… pour prendre leurs responsabilités vis-à-vis des minorités religieuses et ethniques en Iraq, notamment les Chrétiens d’Iraq  qui sont menacés d’extermination ou voués au départ.

C’est une persécution directe et ouverte de la part des Jihadistes Islamiques (ISIS) en Iraq.

Ceux-ci menacent non seulement les chrétiens, en tant que groupe social, mais menacent la civilisation, le patrimoine culturel, artistique et historique de l’Iraq.

Leur idéologie biffe 1400 ans de l’histoire de l’humanité en détruisant tout apport culturel, artistique et historique de notre pays, pour remettre nos peuples à l’obscurantisme du début du 7ème s. C’est une vraie menace pour la civilisation humaine tout court.

+ B. Georges Casmoussa

Archev. Auxilliaire Patriarcal Syr. Cath.

Rome 21.7.2014

 

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Le créateur du World Wide Web réclame une charte mondiale pour un Internet libre



 

Il y a 25 ans, la « petite» invention du World Wide Web, développée par un informaticien alors inconnu, allait changer la face du monde. Depuis, la révolution Internet a impacté les modes de consommation, l’économie et aussi bien évidemment la politique. Aujourd’hui, face aux menaces de surveillance gouvernementale, qui détournent les principes qui étaient à la base de l’Internet, -l’égalité et l’ouverture-, Tim Berners-Lee, créateur du World Wide Web, réclame une charte pour un Internet libre, essentiel, selon lui, pour avoir « un gouvernement libre ». 

Quand cet informaticien britannique imagine dans son laboratoire du CERN, -l’organisation européenne pour la recherche nucléaire-, un moyen de gérer facilement des documents à partir d’ordinateurs reliés entre eux, personne n’imagine, même pas lui, la révolution qu’il vient de provoquer. Ses collègues l’ignorent alors totalement. Ce 12 mars 1989, le chercheur vient pourtant d’inventer le «world wide web » ou le lien hypertexte, principe de base de l’Internet. Le logiciel permet de naviguer d’un fichier à un autre, en cliquant sur un simple lien, à partir de n’importe quel ordinateur connecté au réseau. 

Déjà une démarche de réseau social 

Outre la volonté de partager facilement des informations, et son aspect technique, Tim Berners-Lee souhaite aussi connecter les membres du laboratoire entre eux. C’est donc, déjà, une démarche de réseau social qui fonde le World Wide Web. Pour autant, cette innovation n’est pas encore reconnue comme telle. A l’époque, d’autres technologies, comme CompuServe ou le minitel sont en lice, mais elles ne sont pas gratuites, contrairement au logiciel de Tim Berners-Lee.

Auparavant, les militaires américains avaient déjà commencé à étudier l'idée de connecter des ordinateurs à des réseaux et lancé en 1969 Arpanet, un précurseur de l'internet actuel. C'est donc sans grande surprise que le coup de pouce décisif pour le World Wide Web, viendra de… la Maison Blanche. En 1994, le vice-président Al Gore connecte les ministères américains à travers ce réseau et lance le site Internet de la Maison Blanche. 

Des libertés aujourd'hui vraiment menacées

Le web a tout changé. Mais son caractère égalitaire et ouvert est aujourd'hui menacé, avertit Jim Dempsey, vice-président chargé des politiques publiques au Centre pour la démocratie et la technologie. « Le problème est qu'on peut limiter la capacité des gens à critiquer le gouvernement, ou créer un internet à plusieurs vitesses dans lequel il est plus difficile aux innovateurs, aux critiques, ou aux défenseurs des droits de l'Homme d'atteindre un public mondial » poursuit-il. Aux Etats-Unis, de grands fournisseurs d'accès ont gagné le droit de traiter de manière préférentielle certaines données qui circulent en ligne. Des gouvernements tentent de porter atteinte à la protection des données privées en ligne, d'autres restreignent la liberté du web en en bloquant des portions. 

C'est la raison pour laquelle, le créateur du World Wide Web a choisi aujourd'hui de s'exprimer. « Nous avons besoin d'une constitution mondiale, une charte », a déclaré Tim Berners-Lee dans le quotidien britannique The Guardian. « Nous ne pouvons pas avoir de gouvernement libre, de bonne démocratie sans un Internet libre et neutre », a-t-il insisté. Tim Berners-Lee a fait cette proposition dans le cadre de la campagne « le Web qu'on veut », qui appelle les internautes du monde entier à esquisser une « charte des utilisateurs de l'Internet pour tous ». « Je veux profiter du 25e anniversaire pour que nous fassions tous cela, pour que nous reprenions la main sur le Web et définissions le Web que nous voulons pour les 25 prochaines années », a-t-il déclaré.

« Ce n'est pas naïf de croire qu'on peut avoir cela, mais c'est naïf de croire qu'on peut rester les bras croisés et l'obtenir », a-t-il ajouté, précisant que les internautes devenaient complaisants vis-à-vis de leur perte de liberté.

 

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 La prière des 5 doigts du Pape François

 

Il y a vingt ans, Jorge Mario Bergoglio, évêque de Buenos Aires et actuel Pape François, a écrit une prière qui est devenue très populaire en Argentine. C'est une prière très simple qui reflète, en fait, le caractère et le style du Saint-Père. Une prière « à portée de la main ». Une prière sur les doigts de la main. Une prière universelle complète et riche qui vient de m'être communiquée par mon ami Vénuste, le curé-doyen de Waterloo

 

1.     Le pouce est le doigt le plus proche de vous. Donc, commencer par prier pour ceux qui vous sont le plus proches. Ils sont les personnes les plus susceptibles de revenir à nos mémoires. Priez pour les gens qui nous sont chers est un « doux devoir ».

2.     Ensuite l'index. Priez pour ceux qui enseignent, ceux qui s’occupent de l'éducation et des soins médicaux : pour les enseignants, les professeurs, les médecins et les prêtres [les catéchistes]. Ils ont besoin de soutien et de sagesse afin qu'ils puissent montrer le droit chemin aux autres. Ne les oubliez pas dans vos prières.

3.     Le doigt qui suit est le médium, le plus long. Il nous rappelle nos gouvernants. Priez pour le président, pour les députés, pour les entrepreneurs et pour les administrateurs. Ce sont eux qui dirigent le destin de notre pays et sont chargés de guider l'opinion publique. Ils ont besoin de l'aide de Dieu.

4.     Le quatrième doigt est l'annulaire. Bien que cela puisse surprendre la plupart des gens, c'est notre doigt le plus faible, et tout professeur de piano peut le confirmer. Vous devez vous rappeler de prier pour les faibles, pour ceux qui ont beaucoup de problèmes à résoudre ou qui sont éprouvés par la maladie. Ils ont besoin de vos prières jour et nuit. Il n’y aura jamais trop de prières pour ces personnes. Nous sommes invités aussi à prier pour les mariages.

5.     Et enfin, il y a notre petit doigt, le plus petit de tous les doigts, aussi petit que nous devons nous tenir devant Dieu et devant les autres. Comme le dit la Bible, « les derniers seront les premiers ». Le petit doigt est là pour vous rappeler que vous devez prier pour vous-même. Ce n'est que lorsque vous avez prié pour les quatre autres groupes, que vous pourrez le mieux identifier vos besoins et donc prier pour vous.

 

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Avec le pape François, le Tiers Monde au Vatican

Leonardo Boff
 

Elles sont bien connues les nombreuses innovations que le pape François, évêque de Rome, comme il aime être appelé, a introduites dans les coutumes papales et dans le style de présider l’Église avec tendresse, compréhension, dans le dialogue et avec compassion.

Beaucoup sont perplexes, car ils étaient habitués au style classique des papes, oubliant que ce style est hérité des empereurs romains païens, depuis le nom de "papa" jusqu'au manteau sur les épaules (la mozette), richement décoré, symbole du pouvoir impérial absolu, immédiatement rejeté par François.

Cela vaut la peine de rappeler de nouveau que le pape actuel vient du dehors, de la périphérie d'une l’Église centrée sur l'Europe. Il apporte une autre expérience ecclésiale, avec de nouvelles habitudes et une autre manière de sentir le monde avec ses contradictions. Consciemment il l'a exprimé dans son long entretien à la revue des Jésuites Civilta Catolica : "Les jeunes Églises développent une synthèse de la foi, de la culture et de la vie en devenir différente de celles des Églises plus anciennes". Celles-ci ne sont pas marquées par le devenir mais par la stabilité et il leur est difficile d'incorporer des éléments nouveaux en provenance de la culture moderne séculière et démocratique.

Ici le pape François souligne la différence. Il a conscience qu'arrive une autre manière d'être Église qui a mûri dans le Tiers Monde. Celui-ci se caractérise par de profondes injustices sociales, par le nombre absurde de bidonvilles qui entourent presque toutes les villes, par des cultures s'origine toujours méprisées et par l'héritage de l'esclavage des descendants d'Africains, soumis à de grandes discriminations. L’Église a compris qu'au-delà de sa mission spécifiquement religieuse, elle ne peut se soustraire à une mission sociale urgente : être du côté des faibles et des opprimés et s'engager pour leur libération. Dans les différentes rencontres continentales, les évêques latino-américains et des Caraïbes (CELAM), ont mis l'option préférentielle pour les pauvres contre leur pauvreté, et pour une évangélisation libératrice

 

Le pape François provient de ce bouillon culturel et ecclésial. Là, de telles options avec leurs réflexions théologiques, les manières de vivre la foi en réseau de communautés et avec des célébrations qui incorporent le style populaire de prier Dieu, sont des choses évidentes. Mais elles ne le sont pas pour les chrétiens de vieille chrétienté européenne, chargée de traditions, de théologies universitaires et d'une vision du monde imprégnée par le style gréco-romano-germanique d'articuler le message chrétien. Venant d'une Église qui met au centre les pauvres, il a d'abord rendu visite aux réfugiés de l’île de Lampedusa, ensuite à Rome, au centre des Jésuites et puis aux sans emplois en Corse[1]. Pour lui, c'est naturel, mais c’est presqu'un scandale pour le gens de la Curie et inédit pour les autres européens. L'option pour les pauvres, réaffirmée par les derniers papes était seulement rhétorique et conceptuelle. Il n'y avait pas de rencontre avec le pauvre réel et en souffrance. Avec François c'est tout le contraire : l'annonce est une pratique affective et effective.

Peut- être ces paroles de François éclairent-elles sa manière de vivre et de voir la mission de l'Église : "Je vois l'Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s'il a beaucoup de cholestérol ou de glucose. Il faut soigner les blessures. Ensuite on pourra parler de tout le reste. L'Église avance et parfois se ferme sur de petites choses, de petits préceptes. La chose la plus importante, au contraire, c'est l'annonce primordiale : Jésus t'a sauvé ! Par conséquent, les ministres de l'Église doivent, en premier lieu, être des ministres de la miséricorde, et les réformes d’organisation et de structures sont secondaires, ou bien elles viennent après, parce que la première réforme doit être celle de l'attitude! Les ministres de l'Évangile doivent être des personnes capables de réchauffer le cœur des personnes, de chercher avec elles dans la nuit, de savoir dialoguer et aussi d'entre dans leur nuit, sans se perdre. Le peuple de Dieu, conclut-il, veut des pasteurs et non des fonctionnaires ou des clergés d’État". Au Brésil, parlant aux évêques latino-américains, il a exigé d'eux une "révolution de la tendresse".

Ainsi, la place centrale n'est plus occupée par la doctrine et par la discipline qui ont tant dominé ces derniers temps, mais par la personne humaine, dans ses recherches et questionnements, qu'elle soit croyante ou non comme il l'a montré en dialoguant avec un non croyant et ancien éditeur d'un journal romain La Repubblica, Eugenio Scalfari. Ce sont des vents nouveaux qui soufflent des nouvelles églises périphériques et qui rafraîchissent toute l'Église. Le printemps arrive effectivement plein de promesses.

 

Leonardo Boff - Brésil

Notes :
 

[1] Il s’agit de la Sardaigne. Leonardo Boff est meilleur théologien que géographe… (NDT)    

 

 

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Pape François, réformez !

(Hans KÜNG)
 

Saint François d’Assise offre au Vatican un modèle alternatif, dont le nouveau pape devrait s’inspirer pour rénover l’Eglise.

 

Lorsque, à mon 85e anniversaire,  j’ai pris la décision de renoncer à toutes mes charges honorifiques, j’étais persuadé que le rêve que j’avais nourri pendant des décennies, celui d’un tournant comparable à Vatican II lancé par Jean XXIII, ne se produirait pas de mon vivant. Et voilà que mon compagnon de route de toujours en théologie, Joseph Ratzinger, a pris subitement les devants en renonçant, avant moi, à sa fonction. C’est justement le 19 mars 2013, le jour de la Saint-Joseph, qu’un nouveau pape a pris les siennes sous le nom insolite de François.

Jorge Mario Bergoglio s’est-il demandé pourquoi, jusqu’ici, aucun pape n’avait osé le choisir ? En tout cas, l’Argentin s’inscrit délibérément dans la tradition de saint François d’Assise, ce marginal du XIIIe siècle, ce mondain, fils d’un riche marchand de tissu d’Assise (Italie), qui, à 24ans, renonça à sa famille, à ses biens et à toute carrière. Il est étonnant aussi que, dès la première minute de son pontificat, le pape François ait jugé bon d’adopter un style nouveau.

Plus de mitre sertie d’or ni de pierres précieuses, contrairement à ses prédécesseurs; fini le camail de velours rouge garni d’or et d’hermine, les chaussures rouges sur mesure, le trône somptueux, la tiare…

A la surprise générale, le nouveau pape renonce au pathos gestuel et à la rhétorique grandiloquente pour parler la langue du peuple, typique de ces prédicateurs laïques que les papes ont frappés d’interdit, d’hier à aujourd’hui. Enfin, le souverain pontife n’hésite pas à insister sur sa proximité avec les fidèles: il demande au peuple de prier pour lui avant de lui rendre sa bénédiction; l’expérience de la collégialité, il la vit avec les cardinaux en prenant l’autobus avec eux, en partageant leur résidence; le jeudi saint, il a lavé les pieds de jeunes délinquants incarcérés, de femmes, y compris une musulmane.

Tout cela aurait beaucoup plu à saint François d’Assise, tandis qu’en son temps, le pape Innocent III (1198-1216) incarnait exactement les valeurs inverses. En 1209, François était allé à Rome afin de lui présenter sa brève règle de vie « selon les Saints Évangiles », composée uniquement de citations bibliques. Il souhaitait obtenir l’approbation papale pour son existence dans la pauvreté et demandait l’autorisation de pratiquer la prédication laïque.

Or, Innocent III, comte de Segni, élu pape à l’âge de 37 ans seulement, était avant tout un homme de pouvoir : théologien formé à Paris, juriste brillant, administrateur compétent, il était aussi un diplomate subtil. Aucun pape avant ni après n’a concentré plus de pouvoir entre ses mains. Avec lui, la révolution par le haut lancée par Grégoire VII au XIe siècle (la réforme grégorienne) atteignit son but. Au titre de «vicaire de Pierre», il préférait celui de «vicaire du Christ», qui, jusqu’au XIIe siècle, s’appliquait à tout évêque ou prêtre. Il n’en allait pas ainsi au premier millénaire et l’Eglise d’Orient a toujours refusé de le reconnaître. Cela n’empêche pas le pape de se comporter toujours et encore comme maître, législateur et juge absolu de la chrétienté.

Le pontificat d’Innocent III a non seulement constitué un sommet, mais aussi un tournant. Les signes avant-coureurs du déclin étaient déjà perceptibles à cette époque : népotisme, favoritisme, simonie, corruption et montages financiers douteux… Dès le dernier tiers du XIIe siècle, commencent à apparaître des mouvements prêchant repentance et pauvreté (les cathares, les vaudois). Papes et évêques réagissent en interdisant la prédication aux laïcs, en condamnant les «hérésies », en créant l’Inquisition et en lançant des croisades.

Mais c’est le même Innocent  III qui s’efforce d’intégrer à l’Eglise les mouvements de retour à la pauvreté évangélique et apostolique. Innocent III comprend en effet l’urgente nécessité d’une réforme, raison pour laquelle il convoque enfin le quatrième concile du Latran en 1215. Ainsi, il concède à François d’Assise le droit de pratiquer la prédication pénitentielle. Concernant l’idéal de pauvreté absolue qui figure dans la règle officielle, il lui conseille de chercher à connaître d’abord la volonté divine par la prière. On raconte que c’est à la suite d’un rêve prémonitoire, dans lequel un petit frère insignifiant aurait empêché l’effondrement de la basilique du Latran, que le pape s’est résolu à approuver la règle de François d’Assise.

Dans les faits, François d’Assise a constitué et constitue encore l’alternative au système romain. Que se serait-il passé, si Innocent et les siens avaient recommencé à prendre les Évangiles au sérieux ? S’ils avaient compris, certes, pas à la lettre, mais en esprit, les exigences évangéliques de François d’Assise ? Innocent III était sans doute le seul pape capable d’indiquer un chemin fondamentalement différent à l’Eglise, en raison de ses exceptionnelles qualités et du pouvoir singulier qu’il a exercé ; il aurait pu ainsi épargner à la papauté le Grand Schisme d’Occident et l’exil en Avignon aux XIVe et XVe siècles, ainsi que la Réforme au XVIe.

Ainsi les questions de François d’Assise, qui gisent au cœur même du christianisme, demeurent posées jusqu’à aujourd’hui à l’Eglise catholique et à un pape, François, dont le nom est tout un programme : pauvreté, humilité et simplicité. On comprend mieux pourquoi aucun pape n’avait osé prendre le nom de François : les exigences semblaient être trop élevées. D’où la deuxième question : que signifie pour un pape d’aujourd’hui d’adopter le nom de François ? Bien sûr, la personnalité de François d’Assise, qui ne fut pas exempte de partialité, d’exaltation ni de faiblesses, ne doit pas non plus être idéalisée. Mais son exigence doit être prise au sérieux, même si on ne doit pas l’appliquer à la lettre. Elle doit être traduite dans la langue de notre temps.

1. Pauvreté ? L’Eglise, dans l’esprit d’Innocent III, est une Eglise du luxe, de la pompe et des scandales financiers. A cela s’oppose une Eglise selon l’esprit de François ; une Eglise de la transparence financière et de la modestie. Une Eglise qui s’occupe avant tout des pauvres, des laissés-pour compte. Qui lutte contre la misère et qui garantit à son personnel des conditions de travail exemplaires.

2. Humilité ? L’Eglise dans l’esprit d’Innocent III est une Eglise du pouvoir et de la domination, de la répression et de l’Inquisition. A cela s’oppose une Eglise selon François d’Assise ; une Eglise de l’humanisme, de la fraternité et de la sororité, de l’hospitalité, y compris pour les non conformistes. Une Eglise d’un service non prétentieux de ceux qui la dirigent, une communauté sociale solidaire. Une Eglise qui n’exclut pas les innovations religieuses, mais qui les fait fructifier.

3. Simplicité ? L’Eglise d’Innocent III est une Eglise de la stagnation dogmatique, de la censure moralisatrice et de l’autodéfense juridique, une Eglise du droit canon qui règle tout, de la scolastique omnisciente et de l’angoisse. A cela s’oppose une Eglise de François, une Eglise de la Bonne Nouvelle et  de la joie, une théologie axée sur la simplicité évangélique, à l’écoute. Une Eglise qui ne fait pas qu’enseigner, mais qui apprend toujours et encore.

Que ces réformes puissent être menées par un seul homme du jour au lendemain, personne ne le croit. Mais, du moins, en cinq ans, un changement de paradigme est possible. Désormais, ce qui devrait avant tout être clarifié, c’est la direction : non pas une restauration en forme de retour à la période préconciliaire comme sous le pape polonais et le pape allemand, mais un développement à pas comptés, programmés et bien communiqués sur la ligne de la réforme de Vatican II.

Une question se pose, aussi pressante hier qu’aujourd’hui : une réforme de l’Eglise ne rencontrera-t-elle pas une résistance sérieuse? Sans aucun doute, des forces hostiles, surtout puissantes et actives dans l’espace de la curie romaine, vont se réveiller. Il faudra leur faire face. En aucun cas, les puissants du Vatican ne lâcheront de leur plein gré un pouvoir qu’ils ont accumulé depuis le Moyen Age.

Que faire, si l’espoir d’une réforme nous était retiré d’en haut ? En tout cas, l’époque où le pape et les évêques pouvaient compter sur l’obéissance des fidèles est révolue. La réforme grégorienne du XIe siècle a aussi introduit une certaine mystique de l’obéissance au sein de l’Eglise catholique. Obéir à Dieu voudrait dire obéir à l’Eglise, ce qui signifierait obéir au pape. Mais cette équation contredit déjà la parole des apôtres prononcée devant les dirigeants du Sanhédrin à Jérusalem, qui les enjoignaient de ne plus répandre leur doctrine: «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

Nous ne devons donc en aucun cas nous résigner, mais face au manque d’initiatives réformatrices venant « d’en haut », émanant de la hiérarchie, il nous faut entreprendre résolument des réformes « par en bas », issues du peuple. Si le pape François engage des réformes, il rencontrera une large approbation dans le peuple, même au-delà de l’Eglise catholique. Si jamais il finit par retomber dans les ornières du passé sans accomplir la rénovation nécessaires, l’appel « Indignez-vous! » se fera entendre de plus en plus fort à l’intérieur de l’Eglise et les réformes viendront alors de la base. Dans le pire des cas – je le disais déjà avant le dernier conclave –, l’Eglise catholique vivra, à la place d’un printemps, une nouvelle période de glaciation. Au risque d’une régression continue jusqu’à devenir finalement une grosse secte sans importance.

Hans Küng