THÉOLOGIE "POUR LES NULS"

 

             
 

    Cette année 2010 : 

 

Quelques grands débats

 


Le projet : parcourir ces vingt siècles d'histoire qu'a vécue notre Eglise, depuis le jour de la Pentecôte, en nous arrêtant à quelques dates importantes. Ces dates qui ont marqué des tournants importants parce qu'elles furent le moment de grands débats. Car notre histoire ne fut jamais "un long fleuve tranquille". Dès les premiers jours, des conflits ont surgi, qui ont marqué durablement son existence et ont modifié son cours. Chacune de ces dates  auxquelles nous nous arrêterons sera l'occasion d'examiner les enjeux et les conséquences de ces conflits, qui sont d'ordre théologique, liturgique, disciplinaire : ils ont changé le visage de l'Eglise, sans en
modifier l'identité première.

11e séquence : La Réforme - Luther (suite).
(novembre 2010)

 

1 – Le conflit avec Rome

( 31 octobre 1517 – avril 1521)

Le point de départ de la Réforme fut la question des indulgences. Des prédicateurs sillonnaient l'Europe en proposant aux fidèles des lettres d'indulgences. Le pape, expliquaient-ils, peut puiser dans le trésor des mérites du Christ, de la Vierge et des saints, pour vous en faire profiter. Contre une offrande, ils vous donneront un papier permettant de vous faire absoudre de vos péchés, vous dispensant de telles ou telles obligations, vous remettant une partie de la peine du purgatoire après votre mort. Moyennant quoi des prédicateurs ramassaient le bon argent allemand que le pape utilisait à construire l'église Saint Pierre de Rome. On vint demander à Luther s'il ne pouvait pas réagir contre cet abus .

Luther ne se fit guère prier. Le principe d'une assurance sur l'au-delà lui paraissait malsain et propre à endormir les consciences. Il écrivit donc 95 « thèses », de courtes propositions destinées à être discutées entre théologiens. Il les envoya à l'archevêque de Mayence, qui était la première autorité religieuse en Allemagne. L'archevêque ne répondit pas mais transmit les thèses à Rome.

On a longtemps cru que Luther lui-même avait affiché ces thèses à la porte de l'église du château de Wittenberg et que ce geste avait été une déclaration de guerre à l'Eglise romaine. Il semble que c'est faux et qu'à l'époque, Luther n'avait pas l'intention de se dresser contre Rome. Il s'adressa à des théologiens pour les inviter à la discussion. Personne ne vint. Mais des imprimeurs reproduisirent le texte, qui fut largement diffusé et obtint un remarquable succès. Le pape Léon X, lui, délégua le supérieur général des Augustins pour intervenir. Sans succès. Alors, en juillet 1518, on ouvrit un procès contre Luther et celui-ci fut convoqué à Rome. C'était très dangereux pour Luther. On mourait alors facilement à Rome. Aussi l'électeur de Saxe, Frédéric le Sage, obtint que Luther comparaisse en Allemagne, devant Cajetan, général des Dominicains et représentant du pape. L'entrevue eut lieu en octobre. Cajetan refusa de discuter et exigea de Luther une rétractation pure et simple. Ce que Luther refusa.

Sur ces entrefaites, l'empereur d'Allemagne mourut. Toute la procédure fut suspendues, le pape s'intéressant davantage à la désignation d'un nouvel empereur. Ce fut, après des mois de tractation, Charles Quint qui devint empereur. Il avait vingt ans. Au même moment, Luther déclarait à la « dispute » de Leipzig qu'il ne croyait pas à l'infaillibilité du pape et des conciles. C'est alors que, le 15 juin 1520, Léon X publiait la bulle « Exurge Domine » par laquelle il condamnait quarante-et-une des thèses que Luther avait publiées depuis trois ans sur la grâce, le péché, les sacrements, la communion sous les deux espèces... Luther avait deux mois pour se rétracter sous peine d'excommunication.

Luther répondit en publiant coup sur coup (août-novembre 1520) trois écrits qui sont le programme de la Réforme : l'<<Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande » - « De la captivité babylonienne de l'Eglise » - le « Traité de la liberté chrétienne. ». Voici les principales propositions de Luther :

Ces trois écrits eurent un succès immédiat. Mais en même temps, en certains endroits, on commença à brûler les écrits de Luther. Celui-ci riposte et, le 10 décembre, en compagnie de ses étudiants de Wittenberg, il brule pêle-mêle les lettres du pape, les écrits de saint Thomas d'Aquin, les recueils de droit canon. Un grand feu de joie

Tout s'envenime lorsque, le 3 janvier 1521, le pape excommunie Luther. Normalement, l'empereur doit appliquer la sentence et faire brûler l'hérétique. Mais il rencontre l'opposition des princes allemands, du peuple, de nombreux intellectuels : ils obtiennent que l'empereur fasse comparaître Luther devant lui A Worms, le 18 avril 1521, on demande à Luther de se rétracter. Luther répond qu'il est prêt à se rétracter si on lui démontre qu'il est dans l'erreur. Et comme on insiste pour qu'il se rétracte purement et simplement, sans conditions, Luther refuse. Charles-Quint le déclare à son tour hérétique. Il sera désormais hors-la-loi, à l'expiration d'un sauf-conduit impérial d'une vingtaine de jours.


2 – Le temps de la Wartburg

(mai 1521 – mars 1522)

En principe, Luther est un homme fini. Heureusement pour lui, il y a l'Electeur de Saxe Frédéric le Sage. Il décide de mettre Luther en sûreté. Il le fait enlever sur le chemin du retour et conduire secrètement au château de la Wartburg. Luther va y faire l'expérience du désert. Une expérience douloureuse. Certes, il y goûte la nature, les bois, le chant des oiseaux, mais son inactivité lui pèse. La solitude lui est difficile à supporter. Il a des maux de tête, des troubles digestifs, son appétit sexuel se réveille. C'est le temps de l'épreuve et du doute. Il s'inquiète d'avoir été seul contre tous. Et si c'était lui qui était dans l'erreur ? N'est-ce pas le diable qui le tourmente ? Un jour, il lui jette son encrier à la tête. Malgré cela, il écrit et travaille prodigieusement. Il fait du grec et de l'hébreu, traduit le Nouveau Testament en allemand, rédige un commentaire du Magnificat. Il écrit sur les sacrements, contre les vœux monastiques, démontrant qu'ils sont contraires à la liberté chrétienne. Il écrit aussi contre la messe privée et pour défendre l'idée du sacerdoce universel des chrétiens. La messe n'est pas la chose du clergé. On en a fait un sacrifice qu'on offre à Dieu, alors que c'est une grâce qu'il s'agit de recevoir de Dieu. Un jour il demande : « Pourquoi à la consécration dit-on « Ceci est mon corps », alors que le Christ a dit : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Il faudra attendre quatre siècles avant que le Concile Vatican II lui donne gain de cause à ce sujet. Il écrit des sermons, répond aux attaques des théologiens de Paris et de Louvain. Mais sa réclusion va bientôt cesser.

L'Eclosion de la Réforme.

L'affaire des Indulgences et le procès de Luther ont eu un immense retentissement. Les imprimeurs font fortune en éditant ses écrits ; tout le monde se les arrache. Mais c'est surtout le « non » prononcé par Luther à Worms qui va déclencher le mouvement : les chrétiens ne verront pas en lui l'hérétique qui condamnait les autorités ecclésiastiques, mais l'homme de l'Evangile. Ce qui frappe, c'est qu'il prend fait et cause pour la Parole de Dieu. Il rouvre la Bible, il sait l'expliquer aux fidèles. Un jour, le peintre Albert Dürer écrira : « O Dieu, si Luther est mort, qui saura nous expliquer l'évangile aussi clairement ? » Erasme intervient auprès du pape en sa faveur. Sans succès d'ailleurs. Beaucoup de prêtres, de religieux, Franciscains, Dominicains, Bénédictins, Chartreux l'appuient, ainsi que quantité de nobles et de princes. Et la plupart des grandes villes impériales, Nuremberg, Strasbourg, Constance, Bâle...

Mais Luther lui-même n'a rien changé jusque là dans les institutions ecclésiales. Ce fut alors un prêtre, André Carlstad, qui avait été le collègue de Luther à l'université de Wittenberg, qui décida de passer aux actes, car Luther s'intéressait surtout à la théologie, sans chercher à traduire ses idées dans les faits. Carlstadt n'y alla pas par quatre chemins : il proclama obligatoire le mariage des prêtres ; en septembre il commença à distribuer la communion sous les deux espèces, et en octobre, les moines augustins abolirent la messe. A Noël, on inaugura une messe « évangélique » composée d'une simple liturgie de la Parole et du rite du pain et du vin. Carlstadt lui-même se maria publiquement Puis arriva une bande sous la conduite de Thomas Munzer qui exigea la destruction des statues dans les églises . Ce fut le début d'une véritable révolution à Wittenberg. Carlstadt affirma l'inutilité des études théologiques ; du coup l'université se vida. Puis il proclama le droit pour le peuple à être gouverné selon sa volonté. C'était l'anarchie. Luther ne voyait pas cela d'un bon œil. Il tenta, de la Wartburg, d'arrêter les dégâts. C'est pourquoi il revint à Wittenberg. Il y prêcha huit jours de suite (mars 1522). Alors on rétablit le culte en latin ainsi que l'usage des vêtements liturgiques, ainsi que la communion sous une seule espèce. Et il il fit expulser les agitateurs.

 

3 - Wittenberg

(1522-1546)

Voici donc Luther réinstallé dans son couvent, qu'il trouve à peu près vide (beaucoup de moines sont partis et se sont mariés). Il y restera jusqu'à la fin de sa vie. Et son autorité s'impose sans conteste.

Wittenberg, l'anti-Rome

1525 : c'est l'année où Luther prend parti pour les princes contre la révolte des paysans en Allemagne. C'est l'année où il épouse Catherine de Bora, l'année où il se dresse contre Erasme, défenseur du libre arbitre de l'homme. Wittenberg, petite ville, devient la capitale spirituelle d'un nouveau monde chrétien. . De 300, le nombre d'étudiants monte à 2000.

Luther mène une vie familiale paisible, dans ce couvent que l'électeur de Saxe lui a donné en cadeau de mariage. Sa famille : sa femme, ses enfants, une tante de sa femme, un domestique. Ses revenus sont modestes : son traitement de professeur, les revenus d'un étang poissonneux, quelques terres, et une brasserie des moines que sa femme a remise en route. Luther jardine, il reçoit en pension quelques étudiants. Ce sont eux qui noteront ses « Propos de table ». Il consacre beaucoup de temps à ses enfants.

Sous son impulsion, une nouvelle forme de vie chrétienne s'instaure en Saxe à partir de 1527. L'Electeur nomme des Inspecteurs ecclésiastiques à la place des évêques. Luther met au point une formule de messe et un nouveau rite baptismal. Il écrit un Grand Catéchisme (pour les pasteurs) et un Petit Catéchisme (pour les fidèles,). Puis il prend des mesures pour obliger les chrétiens à venir au culte, ce qu'ils avaient tendance à déserter. Le voici pris dans l'engrenage de la contrainte.

Alors que la Réforme s'étend de plus en plus, voici qu'elle a ses premiers martyrs, en Belgique. Mais en 1529, cinq princes et quatorze villes qui ont adhéré à la Réforme émettent une solennelle « protestation de foi » : c'est à partir de ce moment que les réformés sont appelés protestants.

Quant à Luther, il poursuit son travail : il compose une soixantaine de cantiques et écrit quantité de sermons. En 1534 paraît la traduction complète de la Bible, qui est à l'origine de la langue allemande moderne. Il publie un abondant commentaire de l'épitre aux Galates. Egalement un traité intitulé « Qu'une assemblée chrétienne a le droit et le pouvoir de juger toutes les doctrines et d'appeler et de déposer les clercs. » Chaque communauté se donne le prédicateur dont elle a besoin. « Partout où le pur évangile est prêché, écrit-il, se forme aussitôt une communauté chrétienne, quel que soit le petit nombre des croyants ou leur importance. » A partir de 1530, comme les évêques ne veulent plus donner de prêtres aux communautés évangéliques, Luther commence à ordonner des « pasteurs » en leur imposant les mains et en invoquant le Saint Esprit. Il en vient même à ordonner un évêque.

Mais des liens restent maintenus avec les catholiques. En 1530, Charles Quint ayant battu François Ier à Pavie en 1525 et le pape en 1527 rentre en Allemagne et décide de faire disparaître le Luthéranisme de l'Empire. Il convoque la diète d'Augsbourg . Les protestants y présentent leur confession de foi, la « Confession d'Augsbourg » Charles Quint aurait déchiré cette proclamation. C'est la division et le risque de guerre civile. Charles Quint hésitera jusqu'à la mort de Luther. L'empereur voudrait aussi que se tienne un concile. Luther également, à condition que ce soit un concile de tous les chrétiens; et pas seulement un « concile du pape ». La papauté n'est pas favorable à l'idée d'un concile. Elle a gardé un trop mauvais souvenir des conciles des siècles précédents. En attendant se tiennent des colloques entre catholiques et protestants. A Ratisbonne en 1541, désaccord sur les questions théologiques, mais compromis politique : : les Etats protestants seront tolérés par l'empereur, à condition qu'ils apportent leur appui contre les Turcs qui menacent l'Occident.

Dès lors, il n'y aura plus de dialogue. Et l'extension de la Réforme elle-même cesse de progresser. Ce qui commence alors à monter, c'est le calvinisme.

1542 : le pape se décide enfin à convoquer le concile de Trente, qui s'ouvre en décembre 1545. Luther alors brûle ses vaisseaux en publiant un pamphlet violent et obscène contre le pape. Quelques mois plus tard, il meurt à Eisleben, sa ville natale (18 février 1546).

 

4 - Le pensée de Luther

 

1 – L'homme face à Dieu : le problème du salut.
 

Luther n'a pas été ébranlé en priorité par le problème des abus dans l'Eglise de son temps. Son problème primordial, c'est la question des rapports entre Dieu et l'homme. Ce n'est que plus tard qu'il interviendra dans la question de l'institution ecclésiale.

Au point de départ, il y a une protestation contre la théologie scolastique décadente, formulée plus particulièrement par Guillaume d'Occam, le nominalisme. Selon cette conception, l'homme doit faire tout son possible pour aimer Dieu, se faire accepter par lui et ainsi être gratifié de la grâce divine. Luther riposte : l'homme est dans l'incapacité foncière de se rendre agréable à Dieu. D'ailleurs, même l'homme qui, sur le plan de la morale, fait le bien n'est pas sans péché. « Nous péchons toujours, alors même que nous faisons le bien », écrit-il. C'est l'homme tout entier qui est pécheur. Par conséquent, ils font fausse route, ceux qui envisagent la marche vers Dieu comme une accumulation de qualités qui permettrait de trouver Dieu au bout du chemin. Dieu n'est pas un comptable. Il ne comptabilise pas les œuvre de l'homme. Nulle part, dans la Bible, on ne trouve des idées philosophiques comme celles de la scolastique.

La « justice de Dieu ».

Comment Luther voit-il donc le salut de l'homme ? Le salut est un don gratuit, gracieux de Dieu, sans qu'aucune condition ne soit imposée à l'homme. Dieu, qui est amour, ne tient pas compte du péché de l'homme, mais il entre en communion avec lui par l'intermédiaire du Christ, qui se rend présent à la foi. Dieu pardonne à l'homme et le fait entrer dans une existence nouvelle. L'homme reçoit celle-ci et la vit dans la foi. Mais la foi n'est ni une condition pour recevoir le salut ni une œuvre humaine. Elle est elle-même l'œuvre de Dieu. Ce n'est pas l'homme qui peut choisir Dieu, car sa volonté n'est pas libre. C'est Dieu qui choisit l'homme : la foi est un pur don de Dieu.

C'est ce que Luther formulera et reformulera tout au long de sa vie, notamment à partir de la lettre aux Romains (1, 17) La « justice de Dieu » dont parle l'apôtre n'est pas quelque chose qui écraserait l'homme injuste. C'est une justice que Dieu donne, c'est la justification par Dieu de l'homme impie. Dieu agit comme un Père, et non comme un juge. L'homme n'est plus en route vers Dieu, c'est Dieu qui vient vers lui en Jésus Christ. Pour pouvoir recevoir la justice qui le libère, l'homme n'a pas à compter sur lui-même. Il lui faut renoncer à toute justice propre. Dieu met à nu. L'homme n'a qu'à compter sur la justice extérieure qu'est pour lui le Christ, qui lui permet de s'approcher de Dieu.

L'homme est rendu juste

Son péché n'est pas supprimé progressivement. Il reste pécheur, mais il est juste en espérance Sans cesse, il lui faut s'en remettre à la promesse de Dieu. On peut contester cette pensée : c'est comme si la vie nouvelle n'était qu'une vie fictive, puisque le péché subsiste, l'homme n'est pas transformé.  Ses péchés sont simplement couverts.


2 – La transmission du salut et la communauté chrétienne.

 

C'est en 1517 qu'avait surgi le conflit sur les indulgences. Luther s'oppose à cette pratique qui, pour lui ,consiste en un abus de pouvoir de la hiérarchie de l'Eglise en même temps qu'elle élimine la véritable pénitence. Luther souligne la nécessité d'une foi et d'une pénitence personnelles. Le rôle de l'Eglise est d'attester au croyant la rémission des péchés de par Dieu.

Quel est donc le rôle essentiel de l'Eglise en tant qu'institution ? Annoncer à l'homme la bonne nouvelle du salut, c'est-à-dire l'Evangile, et susciter ainsi la foi. Le prédicateur est un témoin s'effaçant derrière Dieu et sa Parole, et non pas un intermédiaire obligé entre Dieu et l'homme.

Foi et sacrement.

Quel est le sens du culte chrétien ? Certainement pas de dévaloriser les sacrements. Les deux sacrements gardés par Luther, Baptême et sainte Cène, sont considérés comme concrétisation de l'Evangile, selon la volonté du Christ. Ils sont destinés à susciter la foi.

L'eucharistie par exemple, est un geste communautaire. Tous les participants sont incorporés au Christ et unis à tous les saints. C'est le sacrement de l'amour. Mais Luther s'en prend aux pratiques eucharistiques de son temps : pourquoi le prêtre seul a le droit de communier sous les deux espèces ? Et pourquoi dire que la messe est un sacrifice ? C'est faire du prêtre un sacrificateur et de la messe une bonne œuvre méritoire accomplie au profit des fidèles. Pour Luther, la messe est l'attribution faite au croyant du pardon des péchés. L'essentiel est la Parole du Christ, « dite à haute et intelligible voix en une langue que tous les auditeurs puissent comprendre afin qu'elle éveille la foi. » La messe est l'actualisation d'un don de Dieu, et non pas un sacrifice offert pour nous. Luther plaide aussi pour une simplification des rites. " Notre messe sera d'autant plus chrétienne qu'elle ressemblera plus à la toute première messe, que le Christ a célébrée avec ses disciples. Cette messe du Christ était aussi simple que possible, sans les vaines pompes de vêtements liturgiques, d'attitudes prescrites, de chants et d'autres cérémonies."

A partir de 1524, Luther est entraîné dans un conflit portant sur la présence réelle du corps et du sang du Christ dans la Cène. Il n'admet pas l'idée de transsubstantiation, mais il maintient jusqu'au bout l'idée que « la Parole entraîne avec elle tout ce qu'elle signifie, à savoir le Christ en sa chair et son sang et tout ce qu'il est et possède. »

Tous prêtres.

En mettant l'accent sur la foi et en niant toute fonction sacerdotale du prêtre, Luther revalorise en même temps le sacerdoce universel. Pour lui, tous les baptisés sont prêtres, ils peuvent s'approcher de Dieu sans intermédiaire. « Tout ce qui provient du baptême peut se vanter d'être déjà consacré prêtre évêque et pape, encore qu'il ne convienne pas à tout un chacun d'exercer une semblable fonction. »

En conséquence, chaque chrétien peut et doit contribuer à aider à organiser l'Eglise. Quant au pasteur, il est chargé d'annoncer publiquement l'Evangile et d'administrer les sacrements. Mais il s'agit là d'une fonction, et non d'un état.

Qui a autorité dans l'Eglise ?

Dès 1518, Luther, face à Cajetan, explique qu'un concile, voire un simple fidèle, peut convaincre un pape d'erreur. Et en 1519, il ira jusqu'à expliquer que même le concile peut se tromper. La seule autorité dans l'Eglise est cette de l'Ecriture sainte. Luther, cependant, ne rejetait pas la Tradition. Il tenait fermement aux dogmes trinitaires et christologiques de l'Eglise ancienne. Ce qu'il voulait surtout souligner, c'était le rôle critique de l'Ecriture par rapport à la Tradition et par rapport à la hiérarchie. La Bible, oui, à condition de ne pas lui faire dire n'importe quoi. Il s'agit d'interpréter l'ensemble des textes bibliques en fonction d'un centre qui est le Christ Jésus Sauveur. C'est comme témoignage rendu au Christ que la Bible est infaillible.

Le peuple de Dieu.

Luther a beaucoup insisté sur la communauté, au sein de laquelle l'homme reçoit l'Evangile et trouve des frères dans la foi. Mais Luther se méfie du mot Eglise. Il préfère parler du « peuple de Dieu » ou « d'assemblée des croyants ».C'est le rassemblement autour de la Parole et des sacrements qui fait naître la vie chrétienne. L'Eglise n'est pas seulement cette Eglise invisible, le peuple des croyants ; c'est aussi l'Eglise visible, qu'il voit comme un « corps mixte », composé à la fois de croyants et d'incroyants. Il s'élève contre l'idée d'une Eglise de purs. Il faut laisser agir la Parole.

Quant au rôle séculier joué par la papauté, Luther le combat sans cesse. Il veut ramener l'Eglise à des fonctions spirituelles. En 1520, il plaide pour la constitution d'Eglises nationales.
 

3 – L'Ethique chrétienne


A force d'insister sur la foi, est-ce que Luther n'a pas négligé « les œuvres » du chrétien ? Très tôt, il s'en défendit contre ceux qui le lui reprochaient. Mais pour lui, les œuvres, la vie morale, n'a pas pour but de se concilier Dieu et d'acquérir le salut. Le salut est gratuit. Dieu ne se manipule pas.

Le chrétien, qui se sait accepté par Dieu, agit tout simplement avec bonne conscience et en toute confiance. La vie chrétienne dans les tâches ordinaires quotidiennes. Luther se moque de ceux qui, pour faire pénitence, partent en pèlerinage jusqu'à Compostelle. « Alors ce fou laisse femme et enfants qui lui sont confiés par Dieu ; il ne comprend pas que sa vocation et ce qui lui est ordonné sont tout autre que les œuvres du saint qu'il imite. »

Une telle perspective donne au chrétien une très grande liberté d'action. Il n'a pas besoin de rechercher des actions particulières, des œuvres plus pieuses que d'autres. Il s'en tient aux œuvres bonnes qui sans cesse sont à portée de sa main.

Et il ajoute : « si chacun avait la foi, nous n'aurions plus besoin de loi ; chacun accomplirait de lui-même, en tout temps, des œuvres bonnes, ainsi que cette même confiance le lui enseigne. »

C'est donc spontanément que l'homme réconcilié avec Dieu accomplira spontanément les dix commandements. Donc les œuvres sont le fruit de la foi. Mais, en plus, elles mettent la foi à l'épreuve. A chaque instant l'homme est appelé à s'engager . L'acte est donc la manifestation concrète de la foi. . C'est dans la rencontre du prochain, et particulièrement de l'ennemi, que le croyant prend conscience de ce que représente mettre sa confiance en Dieu seul. Dans l'engagement le chrétien affermit sa foi. Et c'est avant tout dans la souffrance que celle-ci est mise à l'épreuve. C'est là surtout qu'elle s'affirme en tant que confiance en l'amour de Dieu.

(A suivre, début décembre : Calvin)

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