THÉOLOGIE "POUR LES NULS"

 

             
 

    Cette année 2010 : 

 

Quelques grands débats

 


Le projet : parcourir ces vingt siècles d'histoire qu'a vécue notre Eglise, depuis le jour de la Pentecôte, en nous arrêtant à quelques dates importantes. Ces dates qui ont marqué des tournants importants parce qu'elles furent le moment de grands débats. Car notre histoire ne fut jamais "un long fleuve tranquille". Dès les premiers jours, des conflits ont surgi, qui ont marqué durablement son existence et ont modifié son cours. Chacune de ces dates  auxquelles nous nous arrêterons sera l'occasion d'examiner les enjeux et les conséquences de ces conflits, qui sont d'ordre théologique, liturgique, disciplinaire : ils ont changé le visage de l'Eglise, sans en
modifier l'identité première.

9e séquence : Un intense besoin de réforme (XIVe-XVe siècles).
(septembre 2010)

 


Rien ne va plus : nous en arrivons à l'une des plus sinistres périodes de l'histoire du monde occidental, et notamment de l'Eglise. D'abord, il y a les guerres. La guerre de Cent Ans et ses conséquences. Les ravages causés par les grandes compagnies, la peste noire, la misère, les révoltes populaires. Et voilà que survient le Grand Schisme. Deux papes, puis trois, prétendent au gouvernement de l'Eglise. A qui se fier ? Par ailleurs, on assiste à un intense bouillonnement des idées religieuses. Des laïcs voudraient bien participer davantage à la vie religieuse. Certains chercheront de nouvelles voies de salut. Surgissent de grandes peurs. De nouveaux mouvements hérétiques émergent, alors que la papauté sort bien affaiblie des conflits internes qui la rongent. En même temps, on assiste à la naissance de toute une évolution intellectuelle et spirituelle en Occident. Qu'en sortira-t-il de bon ?

UNE CHRONOLOGIE NECESSAIRE POUR S'Y RETROUVER

1309-1378 : Sept papes se succèdent à Avignon 1402 : Jean Hus commence à prêcher
1314-1317 : Intempéries, crise agricole, famine. 1402 : Concile de Pise - suscite un troisième pape
1340 : Début de la guerre de Cent Ans 1414-1418 : Concile de Constance affirme la supériorité du Concile sur le pape
1348-1350 : Peste noire. 1/3 de la population occidentale meurt 1415 : Défaite d'Azincourt - Fin du  Grand Schisme - Condamnation de Jean Hus
1348 : Bulle du pape en faveur des Juifs 1420 : Misère des paysans en France occupée par les Anglais
1358 : Révoltes paysannes réprimées sauvagement. 1427 : L'Imitation de Jésus-Christ
1360 : Paix de Brétigny entre l'Angleterre et la France 1428 : Siège d'Orléans
1361 : Nouvelle épidémie de peste 1429 : Délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc
1362 : Les soldats démobilisés pillent les populations 1430 :Jeanne d'Arc prisonnière
1365 : Duguesclin s'efforce de débarrasser la France des soldats pillards 1431 : Jeanne d'Arc est brûlée vive à Rouen
1365-1375 : Nouvelle crise agricole, famines, épidémies. 1431-1449 : Concile de Bâle. Réaffirme la supériorité du Concile sur le pape.
1378 : Début du Grand Schisme (2 papes en présence) 1438 : La Pragmatique Sanction (acte de naissance du gallicanisme)
1382 : Emeutes contre le pouvoir royal à Paris, à Rouen, en Languedoc 1440 : Gilles de Rais (Barbe-Bleue) est pendu et brulé à Nantes
1382 : Condamnation des doctrines de Wyclif 1453 : Bordeaux est repris aux Anglais - Fin de la guerre de Cent Ans
1395-1415 : La France déchirée entre Armagnacs, Bourguignons, occupée par les Anglais 1483 : Naissance de Luther

(Les dates en italiques indiquent les événements marquants de l'histoire de l'Eglise aux XIVe-XVe siècles)

1 - Rome, Avignon, Pise... ou Rodez ?

Qu'est-ce qui a poussé le pape à abandonner le siège de Rome et à s'installer en Avignon en 1309 ? C'est toute une longue histoire de querelle de pouvoirs, à laquelle sont mêlés le roi de France, l'empereur d'Allemagne, les bourgeois de la "commune" naissante de Rome.. et le pouvoir revendiqué depuis des siècles par la papauté. Je ne vais pas entrer dans le détail des démêlés qui éclatent. Toujours est-il que pendant onze mois, de pénibles tractations se déroulent entre le parti français, conduit par la famille romaine des Colonna, et le parti du défunt Boniface VIII, emmené par les Caetani. On décide finalement de choisir le pape à l'extérieur du Sacré Collège des cardinaux et l'unanimité ou presque se fait sur le nom de Bertrand de Got, prélat diplomate et juriste éminent, resté neutre dans la querelle entre le roi Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. Le 5 juin 1305, les cardinaux, réunis en conclave à Pérouse, portent à la tête de l'Église Bertrand de Got qui choisit le nom de Clément V. C'est le premier pape français depuis l'élection de Sylvestre II en 999. Il monte sur le trône de Saint Pierre à l'âge de quarante ans alors que l'Église traverse une grave crise politique.

Le nouveau pape renonce à se rendre à Rome par crainte des intrigues locales et des risques liés au conflit des guelfes et des gibelins : Il choisit en définitive de se faire couronner à Lyon, en terre d'Empire, le 1er novembre. Il décide de s'installer à Avignon (en 1309) , principalement en raison de la situation géographique, politique et économique de la ville. Alors que Rome, dans l'Antiquité, avait dû sa puissance et sa grandeur à sa position au cœur du bassin méditerranéen, il n'en était plus ainsi en ce début du XIVe siècle. Le centre de gravité du monde chrétien s'était déplacé. La situation d'Avignon était bien plus favorable géographiquement et politiquement.

Clément V est un gascon. Bon diplomate, excellent juriste, il favorise ses compatriotes et sa famille ; il aime l'argent et amasse une immense fortune. Comme ses successeurs, il tient particulièrement à réorganiser et à perfectionner le gouvernement de l'Eglise. Mais, de même que ses successeurs, il ne se préoccupe pas beaucoup du domaine pastoral. Les aspirations religieuses des chrétiens, qui souffrent des guerres et de toutes sortes de malheurs de l'époque ne préoccupent pas beaucoup les papes, ceux d'Avignon comme ceux de Rome. A sa mort en avril 1314, un conclave s'ouvre à Carpentras. 18 mois de débats entre cardinaux Italiens, Provençaux et Gascons. Pas des débats sereins. On en vient même à des expéditions armées fomentées par des groupes de cardinaux. Finalement, ils arrivent à élire Jean XXII, un cardinal originaire de Cahors. C'est lui qui décide d'implanter définitivement le siège de l'Eglise à Avignon, ville dont il fut auparavant l'évêque. Il y est chez lui. Il avait promis de retourner à Rome quand ce serait possible, mais c'est à une véritable guerre civile qu'on assiste  entre grandes familles romaines, le petit peuple contre les nobles. Le duc de Milan convoite Bologne et la Romagne, La Toscane désire annexer les Etats pontificaux. Bref, la situation ne s'y prête pas. A la mort de Jean XXII, son successeur transforme l'exil provisoire en séjour définitif.

C'est Benoît XII, jusque là évêque de Pamiers, qui le remplace (1335). Il avait été précédemment moine cistercien, possédait une bonne formation théologique, si bien que son premier souci fut d'entreprendre la réforme du clergé. Il encourage la formation intellectuelle des prêtres et des moines, il redresse les abus introduits par son prédécesseur dans le gouvernement de l'Eglise. C'est lui qui commence la construction d'un palais sur l'emplacement de l'ancienne résidence de l'évêque. Trois ans plus tard, il fait récupérer les archives pontificales qui étaient restées en panne à Assise. Benoît XII meurt à Avignon en 1342. Son successeur, Clément VI ((1342-1352), est lui aussi un bâtisseur. Le palais de son prédécesseur ne lui plaît pas. Aussi il fait construire un nouveau palais, dont la décoration est confiée aux meilleurs artistes de la chrétienté. Il réorganise la cour pontificale qui reflète, par son luxe et la splendeur de ses cérémonies, la grandeur de la papauté. Avignon devient un centre artistique et intellectuel de première importance en Europe. Ce pape prestigieux et brillamment doué ne réussit pas à réconcilier l'Angleterre et la France, ce qui ruina également ses projets de croisade. Innocent VI (1352-1362) découvrit dans le cardinal Albornoz, qui s'était déjà illustré dans la Reconquista contre les Maures, le stratège militaire et l'habile diplomate qui allait enfin pacifier les États de l'Église en Italie, si bien qu'Urbain V (1362-1370) put finalement rejoindre Rome en 1367. Son désir de médiation dans l'interminable guerre franco-anglaise l'obligea cependant à revenir en Avignon, où il mourut en 1370. Grégoire XI (1370-1378), neveu d'Innocent VI, élu en Avignon, ne rentra à Rome, où les troubles avaient repris, que pour y mourir.  

Le Grand Schisme (1378-1415)

Sous la pression d'une émeute du peuple romain réclamant « un pape romain ou au moins un pape italien », les cardinaux élirent unanimement un Italien, Urbain VI, pour succéder à Grégoire XI. Cette élection fut-elle libre ? Les historiens en discutent encore ; toujours est-il que, cinq mois après, les mêmes électeurs, sauf trois, choisirent un nouveau pape, Clément VII (1378-1394). Bientôt la Chrétienté entière, suivant ses souverains, se trouva divisée entre les deux obédiences. Urbain VI tenant Rome, Clément VII s'installa en Avignon en 1379, où il trouva l'administration et la capitale dont il avait besoin. Sa grande affaire demeura celle de tous ses prédécesseurs : reconquérir l'Italie. La mort d'Urbain VI, puis celle de Clément VII ne mirent nullement fin au schisme : les cardinaux ne se résolurent pas à voter pour le pape survivant, mais ils lui donnèrent chaque fois un rival. C'est ainsi que fut élu, en 1394, le dernier pape d'Avignon, Benoît XIII. Imbu de la plénitude du pouvoir pontifical, se considérant comme le représentant de Dieu sur terre, Benoît XIII refusa la voie de cession proposée pour mettre fin au schisme par le roi de France et la Sorbonne. Même après avoir subi la soustraction d'obédience de ses partisans, après avoir été chassé d'Avignon (1403), bien après le concile de Constance qui avait mis fin au schisme en déposant les trois papes rivaux en 1415, il refusa encore de démissionner et mourut isolé, mais sûr de son bon droit, à Peñiscola en 1422.

 Trois de ses quatre derniers cardinaux élisent tout de même, à Peñíscola, l’antipape Clément VIII, qui finit par renoncer quand le roi d’Aragon Alphonse V, lui-même, se rallie au pape de Rome Martin V. Jean Carrier, le quatrième cardinal, jugeant l’élection de Clément VIII en Aragon irrégulière, forme un conclave à lui seul et proclame Benoît XIV « pape » de l’Église d’Avignon à Rodez, menant à un nouveau schisme minoritaire (et non reconnu) de l’ancienne Église d’Avignon. Aucun des clergés des Églises de Rome, Pise, Avignon et Aragon ne confère d’ailleurs au successeur de Clément VIII (qui lui s’était rallié à Rome) le titre de pape ou même celui d’antipape, car sa nomination ne relève d’aucun cardinal reconnu. Ce schisme minoritaire perd vite tous ses appuis, et ses derniers soutiens dans le clergé sont totalement réprimés en 1467 ou se soumettent au pape de Rome.

Le Concile de Constance, par le décret Haec Sancta adopté en 1415 place l'autorité du concile au-dessus de celle du pape. L'unité de la Chrétienté est restaurée. Le 11 novembre 1417, Odon Colonna est élu pape sous le nom de Martin V. En 1418, le concile, pensant avoir rempli son rôle, se dissout.

Si l'unité de la Chrétienté est restaurée, la position du pape demeure fragile. Martin V refuse de voir dans le concile un pouvoir qui lui est supérieur. Il ne doit être à ses yeux qu'un auxiliaire. Le concile de Bâle (1431) décide de restreindre encore davantage les prérogatives du pape. Le pape Eugène IV prononce la dissolution du concile en décembre 1431 mais celui-ci continue néanmoins à siéger. En 1437, Eugène IV transfère le concile à Ferrare, mais les extrémistes restent à Bâle. Ceux-ci désignent alors leur pape, Félix V. Un nouveau schisme s'ouvre, mais n'a qu'une faible portée, le concile de Bâle étant déconsidéré. En revanche, le concile de Ferrare (transféré à Florence en 1439) est un succès : il aboutit à un accord avec les Grecs fortement menacés par les Turcs. La bulle Laetentur Coeli, proclamant l'union des deux Eglises, fait beaucoup pour la restauration du prestige pontifical. Le pape sort vainqueur de la crise conciliaire.

Vous avez suivi toutes ces péripéties ? Alors, félicitations ! Si vous replacez cette terrible histoire du Grand Schisme dans le contexte de l'époque (relire la Chronologie en tête de cette page) vous ne pouvez que vous désoler devant ce qui s'est passé. Papes, cardinaux, autorités en tous genres, qui n'ont qu'un souci : maintenir ou élargir leur propre pouvoir et souvent leur fortune ; si vous pensez à toutes les taxes et tous les impôts que les autorités ecclésiastiques ont prélevé sur le pauvre peuple, déjà exténué par toutes les misères de l'époque, vous ne pouvez que vous indigner. Comment les gens ont-ils réagi ?

2 - Le clergé et les fidèles

A - Un contexte de crises

Outre le Grand Schisme qui affaiblit la papauté, l'Eglise n'est pas épargnée par les fléaux qui frappent le bas Moyen-Âge : la peste noire et les guerres conduisent à l'abandon de monastères, et certaines paroisses n'ont plus de desservant. La vente des indulgences est multipliée pour pallier la baisse des revenus ecclésiastiques et l'Eglise se met à recourir à des clercs d'un niveau inférieur, parfois peu instruits, pour remplacer les desservants disparus.
Dans le même temps, le monachisme traditionnel et les ordres mendiants s'éloignent de leur règle et ne répondent plus aux attentes des fidèles. Des tentatives de réforme sont toutefois engagées et connaissent quelques succès parmi les clercs réguliers (mouvement de la « Stricte Observance » au XIVe siècle, visant à ramener les ordres monastiques à respecter les règles bafouées).

B - Les sensibilités religieuses

L'Eglise conserve malgré tout sa place majeure dans la vie des fidèles, ceux-ci étant restés très éloignés des obscures querelles autour du schisme. Chaque dimanche, on continue à aller à la messe et les sacrements restent des rites de passage fondamentaux dans la vie. L'Eglise renforce même son contrôle sur les âmes : la confession auprès du prêtre est désormais obligatoire, au moins une fois par an. L'élévation du calice est introduite pendant la messe, mettant davantage l'accent sur l'Eucharistie et le sacrifice du Christ pour le rachat des péchés de l'humanité. La mort devient de plus en plus présente parmi les vivants avec l'apparition des cimetières près des églises paroissiales ou au cœur des villes, ou encore à l'aide de nombreuses représentations mortuaires telles les Danses macabres ou le Jugement dernier. Le purgatoire, intermédiaire entre le paradis et l'enfer, est « inventé » par les maîtres parisiens vers 1200 et désigne le lieu où les âmes attendent dans la souffrance leur entrée au paradis. S'imposant comme troisième lieu de l'au-delà, il donne lieu à des pratiques mercantiles, visant à y réduire ou annuler son séjour, par l'achat des indulgences ou le versement de sommes énormes lors du testament à l'Eglise (Jacques Chiffoleau a nommé ce phénomène « la comptabilité de l'au-delà »). Enfin, si les croisades ne sont plus qu'un lointain souvenir, les pèlerinages connaissent en revanche un grand succès, notamment à Saint-Jacques de Compostelle,

Certains hommes, sans s'attaquer aux structures de l'Eglise, se sont dirigés vers de nouvelles voies, à la recherche d'une union avec Dieu. Ce mouvement s'est surtout développé en Rhénanie et dans les Pays-Bas avec Ruysbroeck (mort en 1381), Thomas à Kempis (né en 1380), Gérard Groote et Florent Radewin (fondateurs de la communauté des Frères de la vie commune à Deventer, Hollande). Groote et Radewin insistent sur la nécessité pour les prêtres de vivre avec les laïcs, afin de donner l'exemple. Les Frères de la vie commune (nommés ainsi car vivant en commun) prient en langue vulgaire et donnent une grande importance à l'éducation. Le programme est résumé dans l'Imitation de Jésus-Christ de Thomas à Kempis et connaît un grand succès. Un réseau d'écoles se forme, qui formera les futurs foyers de l'humanisme (Erasme y sera élève).

3 - De nouvelles hérésies

A la fin du Moyen-Âge, les anciennes hérésies n'ont pas disparu et des communautés vaudoises se maintiennent dans certaines régions malgré l'Inquisition (France du Sud-Est, Bohême, Rhénanie). De nouvelles hérésies naissent, conséquences des évolutions intellectuelles des XIIe et XIIIe siècles (lollards comme hussites se réclament de deux universitaires : John Wyclif et Jean Huss). Exprimant une volonté de réforme, elles mettent l'accent sur les défauts de l'Eglise et pointent le désir des laïcs de participer davantage à leur Salut, notamment par la traduction et la diffusion de la Bible.

A - Wyclif et les lollards

John Wyclif (1320-1384) est un grand esprit anglais, un universitaire (« la fleur d'Oxford ») qui domine intellectuellement les théologiens qui lui sont opposés. Il a participé à des ambassades et reçu des protections, comme celle du puissant Jean de Gand, duc de Lancastre. Il commence par distinguer l'Eglise visible de l'Eglise véritable : la première est celle de la papauté, riche et avide, qui accapare les Ecritures saintes ; la seconde est la vraie Eglise, celle des pauvres et des humbles, reconnus par Dieu et qui iront au paradis.
Wyclif réclame le renoncement aux richesses de la part de l'Eglise (ce qui intéresse l'aristocratie anglaise) et la traduction de la Bible en langue vulgaire. Une équipe de traducteurs à Oxford parvient à traduire la Bible en anglais, non sans difficulté du fait du caractère sacré du texte. D'autres textes sont également traduits : cycles de sermons, encyclopédies, et traités résumant la pensée de Wyclif. Malgré ses soutiens, Wyclif échoue : les manuscrits découverts sont systématiquement détruits, l'université d'Oxford est épurée tandis que les prêtres lollards qui participent à la révolte populaire de 1381 inquiètent les couches dirigeantes de la société anglaise (bien que Wyclif ait pris ses distances avec les révoltés). Les idées de Wyclif sont condamnées en 1382, et lui-même subit une condamnation posthume en 1415 à Constance. La répression est particulièrement efficace.

B - Jean Huss et le hussisme

Le mouvement hussite descend de la pensée de Wyclif, qui s'est répandue en Europe. C'est en Bohême, royaume dépendant de l'Empire, que naît le hussisme. L'Eglise de Bohême entame alors un mouvement réformateur, destiné à lutter contre ses défaillances internes (simonie, opulence du haut clergé, inculture des prêtres). Jean Huss (1369-1415), maître de l'université de Prague, est l'un de ces intellectuels qui participent à ce mouvement réformateur. Lors de prédications, il diffuse avec quelques réserves les idées de Wyclif. En 1410, il est excommunié et interdit de prédication. En 1412, lors d'une vente d'indulgences à Prague, il fait part de son indignation au peuple et déclenche une émeute, durement réprimée. L'empereur Sigismond le presse de venir se défendre au concile de Constance. Espérant pouvoir y exposer et développer ses idées, il s'y rend. Il y est arrêté, condamné puis brûlé (1415).

Loin d'éteindre l'hérésie, la mort de Huss l'aggrave : il devient un martyr de la papauté et de l'Empire. La Bohême entière se soulève (défenestration des conseillers catholiques de l'empereur en 1419) et le hussisme finit par devenir un « programme national ». Les armées tchèques, commandées par Jean Zizka l'Aveugle puis Procope le Rasé sont victorieuses jusqu'en 1436. Pour autant, les succès ne sont pas pleinement mis à profit car les hussites sont divisés en deux courants : les modérés calixtins qui revendiquent l'utraquisme (communion sous les deux espèces : pain et vin) et les radicaux taborites, issus de milieux modestes, qui réclament l'abolition de la propriété. L'opposition devenant vite violente, les calixtins décident de se rapprocher de Rome. Le concile de Bâle de 1433 aboutit à un compromis avec les modérés (Compactata de Prague), tandis que les taborites se marginalisent. Si l'hérésie disparaît, l'Eglise a été obligée d'accepter quatre revendications fondamentales du hussisme : la prédication libre, l'utraquisme, la correction publique des pêchés et l'acceptation des sécularisations déjà accomplies.

Les deux derniers siècles du Moyen-Âge ( XIVe et XVe siècles) voient donc sur le plan spirituel la recherche de nouvelles voies de Salut et l'affirmation des critiques face aux abus de l'Eglise (richesse, fiscalité, monopole des textes sacrés). Les nouvelles hérésies, en particulier celle de Wyclif, sans en être directement à l'origine, préfigurent le mouvement de la Réforme du XVIe siècle et mettent en avant ses thèmes et idées.

Alors naquit Martin Luther...

(à suivre)

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