LES ETONNEMENTS DE CATHERINE

 

Catherine, protestante d'origine, s'est mariée avec un catholique. 
Depuis, elle est membre active de sa paroisse catholique.
Elle nous fait part, souvent, de ses étonnements.

(Vous trouverez aux archives les chroniques précédentes)

 

Jeudi 7 juillet 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Ça y est, le tour de France à la recherche d’une école est achevé pour ma fille et accessoirement pour moi qui l’accompagnais. J’ai bien fait d’ailleurs de l’accompagner, car le premier jour, elle est partie seule pour Lyon, depuis Besançon, en train, et a trouvé le moyen de rentrer en passant par la gare de Lyon de…Paris ! A sa décharge, elle avait l’esprit fort préoccupé par les épreuves des différents concours à venir.

De retour à la maison, le processus n’est pas fini. Ma fille doit maintenant établir une liste de vœux sur internet d’ici le 18 juillet prochain. Puis, à partir du 28 juillet, des propositions d’intégration lui seront faites (ou pas !) en fonction de ses résultats. Elle aura 48 heures pour décider et donner sa réponse : « oui »,  « oui mais » ou « non mais »… A cette heure, je n’ai pas encore tout compris du mode de décision mais pour cela, je lui fais confiance, elle a compris, elle, la nuance entre les 3 types de réponse. Si elle refuse une proposition parce que l’école ne lui convient pas, elle doit alors se reconnecter chaque semaine, jusqu’à début septembre, pour étudier les nouvelles propositions. Pour le moment, elle ignore tout de ses résultats et de ses performances aux oraux, donc de ce qui l’attend en termes d’intégration. Ah si, une école la recrute si elle la positionne en 1er vœux, mais elle hésite car ce n’est pas l’école qui lui convient le mieux par contre, elle est sûre d’être prise.

Je ne sais que penser de ce processus d’orientation. Je sais que tout repose sur les notes, au bac, pendant les années préparatoires, au concours, donc sur la performance. Certaines écoles introduisent un entretien, parfois individuel, parfois de groupe, parfois les deux, ce qui humanise un peu le recrutement qui par ailleurs ne l’est pas du tout alors que les jeunes sont à un moment charnière de leur vie.

Durant mon périple, j’ai eu l’occasion d’assister à la présentation d’une école où ma fille allait concourir. Je m’étais glissée discrètement dans le hall de l’école pour surveiller les bagages et j’ai été repérée par le personnel d’accueil qui a insisté pour que j’assiste à la conférence. La présentation réalisée par le directeur de l’école était parfaite, claire, concise, efficace. Mais là aussi j’ai été frappée par un certain manque d’humanité dans le propos. Le directeur évoquait l’intérêt du développement de la robotique et de l’automatisation pour limiter les coûts de la main d’œuvre (ce n’est pas nouveau…), l’enjeu étant la relocalisation de la production industrielle en France (c’est important) pour « se débarrasser de l’Asie ». Je sais la réalité de la concurrence avec ces pays et leurs pratiques commerciales parfois malhonnêtes, mais annoncer tout de go à un public très jeune qu’on imagine pouvoir « évacuer » de nos échanges économiques tout un continent (ce dont je doute) à l’heure de la mondialisation m’a personnellement choquée. De même lorsqu’il a évoqué le choix des lieux de stage (nombreux) pendant les études : pas question à ses yeux de tenir compte de la vie affective et de faire des choix en fonction du lieu de résidence d’un ou une petit(e) ami(e). La priorité étant l’emploi, on privilégie les possibilités d’embauche au détriment d’un rapprochement d’avec le conjoint. Je comprends la préoccupation du directeur mais à l’âge où les couples se forment (et se séparent pour les études), c’est un discours, certes réaliste, mais éprouvant à entendre. Vous ne trouvez pas ? Comme si les épreuves d’examens ne suffisaient pas…

Je partage à ce sujet le point de vue d’Evelyne qui m’écrit que « les jeunes n'ont pas la vie facile, aujourd'hui il faut être mobile et malléable, et j'en passe... ».

Bon, je crois qu’il est temps de songer à prendre un peu de repos. J’en ai besoin. Peut-être vous aussi ?

Je vous souhaite à tous, amis lecteurs, un bel été, ressourçant.

A tout bientôt sur Murmure.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Jeudi 23 juin 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Depuis quelques jours, j’ai l’impression d’être devenue une sorte d’assistante de direction, chargée d’organiser les déplacements de son patron au gré de ses desiderata.

Mon patron, c’est ma fille, 20 ans tout ronds. C’est un patron adorable, mais qui a une connaissance parfois approximative de la géographie de son pays, de la localisation de certaines villes secondaires, et des réseaux de voies ferrées, métro, tram etc… et qui donc se repose entièrement sur moi en toute confiance pour l’organisation de ses déplacements. Elle m’indique où et à quelle heure elle doit se rendre en France et à moi de faire le reste.

Voilà ce qui se passe : elle est admissible à des écoles d’ingénieur suite à des concours qu’elle a passés (ce qui est une bonne nouvelle). Mais rien n’est fait encore puisqu’elle doit maintenant passer des oraux, entretiens et divers tests en vue d’une éventuelle admission. Naïvement je pensais que ces épreuves auraient lieu à Paris. C’est vrai pour certaines, mais pas pour toutes ! Parfois, il faut se présenter directement à l’école qui peut être n’importe où en France.

Ma fille m’a demandé de l’accompagner. En particulier là où les horaires seront « tendus », les déplacements compliqués et les enjeux importants pour elle. J’ai donc pris deux jours de congé la semaine prochaine pour sillonner la France en sa compagnie. Au programme : Paris, un jour, avec une épreuve le matin et une l’après midi, puis départ pour Limoges, durée un jour également, une épreuve dans une école le matin et une dans une autre école l’après-midi. Puis départ pour La Rochelle, durée une demi-journée d’épreuves, puis retour en Franche-Comté. Au niveau touristique, les destinations sont plutôt agréables, le contexte par contre est assez éprouvant pour ma fille. Mais c’est le lot de beaucoup d’étudiants en cette période de l’année. Le plus inconfortable est l’incertitude dans laquelle les jeunes sont plongés. En raison de la sélectivité des concours, ils ne savent pas où ils seront admis (s’ils le sont !), ni quel sera leur avenir, car ils peuvent être pris dans des secteurs très divers : télécommunication, électronique, informatique, eau, environnement… et en cas d’échec ou d’admission dans un secteur qui déplaît, il faut décider de redoubler (ou non)…

Bon, je vais tenter de contenir toutes ces sources d’inquiétude en vertu d’un principe énoncé par le Pape Jean XXIII selon lequel on ne résout pas le problème de toute une vie en un jour, principe tiré de son décalogue de la sérénité (que je cite de mémoire).

En prévision de notre périple, je vais peut-être relire TOUT le décalogue de la sérénité de Jean XXIII…

Vous le connaissez ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Mardi 14 juin 2016,

Amis de Murmure, bonjour à tous.

J’ai eu une bonne surprise ce matin en ouvrant ma boîte mail, lorsque j’ai lu le message de C. J’ai découvert que j’avais une « sœur jumelle » dans le sud de la France. C. vit en effet une expérience similaire à la mienne de  couple mixte  et d’œcuménisme  vécu  au quotidien. Mais dans une position symétrique, dans le sens où étant catholique, elle s’est mariée à un protestant.

Tout comme moi, elle a dû faire des choix au moment du baptême de ses enfants. Elle a dû s’intégrer dans une communauté différente (ce qui demande des capacités d’adaptation car on ne sait jamais ce qui va se passer et comment on va être accueilli), annoncer sa confession d’origine en attendant « une réaction », alterner des engagements parfois chez les catholiques, parfois chez les protestants (les mêmes activités que les miennes, préparation au mariage et catéchèse, c’est curieux…) ce qui demande de l’ouverture d’esprit. Pour elle, m’a-t-elle précisé, rien n’est figé (en matière d’appartenance à une communauté religieuse), tout étant une affaire de rencontre. Même sentiment de mon côté, au risque parfois de paraître opportuniste ou instable…

Contrairement à moi (qui ai refusé des propositions allant dans ce sens), C. s’est engagée dans des actions à vocation œcuménique visant à rapprocher des paroisses catholiques et protestantes. Elle évoque un joli chemin parcouru pendant plusieurs années visant à mieux se connaître, manger ensemble, discuter, comparer et prier ensemble…

C. m’a écrit parce qu’elle a vécu la même expérience que celle que j’ai relatée la semaine dernière. Voilà ce qu’elle me dit : Je réagis ce soir à votre article sur la communion. Cela me rappelle avoir vécu la même expérience... J'étais en vacances comme chaque été avec mes beaux-parents dans leur maison de vacances dans le midi. Ils sont protestants et nous allons volontiers au culte ensemble. Jusqu'à il y a quelques années, j'allais en plus à la célébration du 15 août et mon mari m'y accompagnait. Jusqu'à ce jour où nous avons entendu la même phrase que vous.... Cela m'a choquée, peinée, pour mon mari (qui a communié tout de même avec moi).

J’aurais aimé que nous n’ayons pas cette expérience commune. Car je m’interroge sur ce qui arrive en ce moment à l’Eglise catholique (ou tout du moins à certaines de ses communautés). Je sens qu’elle se crispe, qu’elle se replie sur elle-même, sur ses particularités et qu’elle se détourne de l’esprit de Vatican II. Elle ne ressemble plus à l’Eglise catholique que j’ai fréquentée depuis mon enfance, celle qui vous répondait, alors que vous lui confessiez un « je suis protestante » : aucune importance, tous ceux qui croient en Jésus-Christ sont les bienvenus…

Je peux égrener une longue liste de prêtres qui à mon intention, ont prononcé ces mots : Jean-Pierre, Eloi, Simon, Jean, Paul, Eric, Léon, Jean-Claude, Robert, Gilles, Rémy, Axel…

Mais où êtes-vous passés les amis ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Samedi 4 juin 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Sont invités à venir communier ceux qui ont reçu le baptême catholique… après avoir confessé leurs péchés.

Cette invitation, restrictive, m’a tirée de la somnolence qui me gagnait ce matin-là (je m’étais levée à 5 heures)  alors que j’assistais, à la Basilique St Nicolas de Port, à la profession de foi de notre petite fille. Mon mari m’a attrapé le bras et m’a demandé c’est quoi ça ? Vatican III ? Pendant que ma fille (une catholique) me tirait par l’autre bras en me demandant Qu’est-ce que tu vas faire ?

J’ai eu largement le temps de réfléchir à la question car la file d’attente pour aller communier était très longue. La Basilique était pleine à craquer ce jour-là car la célébration était organisée par un important groupe scolaire de la région et les communiants et leurs familles étaient nombreux. La file d’attente était d’autant plus longue que la communion était donnée exclusivement par les prêtres et diacres présents, à l’exclusion (visible) des laïcs dont la contribution aurait permis de réduire l’attente. J’ai remarqué également que seuls des garçons servaient l’autel, alors que les filles ne manquaient pas visiblement dans l’assemblée, puisque l’école était mixte, elle.

Ma première réaction a été de m’éloigner. Un café suivi d’une promenade au bord de la Meurthe m’auraient fait grand bien en prévision des agapes qui suivaient la cérémonie. Mais je ne voulais pas me désolidariser de la démarche de ma petite-fille. Cette célébration était importante pour elle. Elle est catéchisée dans le cadre scolaire, ce qui est une bonne chose car elle accomplit sa démarche religieuse avec ses camarades de classes, ceux avec qui elle vit au quotidien, ce qui est important (en vertu du principe qu’on ne devient pas chrétien tout seul, en étant isolé). Et je ne voulais surtout pas désavouer par mon attitude ceux qui l’encadrent et l’accompagnent et encore moins la « laisser tomber ».  Donc pas question de s’écarter. Rester sur le banc était une solution. Insatisfaisante car c’était se soumettre à une injonction avec laquelle on est en désaccord. J’ai décidé alors d’entendre le mot « catholique » comme signifiant simplement « universel » et non « de-religion-catholique » et d’aller communier, ce qui m’est apparu comme étant encore la meilleure solution. C’est donc ce que j’ai fait. Par contre, ma maman (protestante comme moi), présente elle aussi, n’a pas communié. Ce qui m’a peinée car elle communie  toujours lorsqu’elle va à la messe, et elle avait bien l’intention de le faire ce jour-là en particulier je pense.

A la décharge du célébrant, la cérémonie étant organisée pour des élèves (c’est ainsi qu’il nommait les enfants), j’ai bien conscience qu’il cherchait à être pédagogue et à expliquer les « règles ». Ce qui est une bonne chose en soi. Par contre, on était vraiment (très !) loin de l’esprit œcuménique dont parlait Léon en début de semaine.  Ce qui est regrettable lorsqu’on accueille, à l’occasion d’une célébration où l’accent est mis sur la communion et la profession de foi,  un large public et des familles venant de régions et d’horizons divers.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Samedi 28 mai 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Est-ce parce que mon fils y séjourne en ce moment et que je suis plus attentive aux informations en provenance de ce pays,  mais j’ai l’impression de tout le temps entendre parler de l’Afrique du Sud. En me rendant à un séminaire organisé par le très sérieux CMA (Comité mondial pour les apprentissages tout au long de la vie), j’ai découvert que le dispositif de VAE (validation des acquis de l’expérience) que je croyais réservé à nos pays européens était déployé là-bas et depuis plusieurs années. Une des intervenantes a d’ailleurs débuté sa communication en évoquant une expérience réalisée dans ce pays. Les médias diffusent également des nouvelles d’Afrique du Sud (auxquelles je suis attentive dorénavant), pas toujours réjouissantes, certes, car il est souvent question de corruption, de manifestations ou encore de bagarres (jusque dans le parlement !) mais je sais que ces informations ne sont qu’un reflet partiel de ce qui se passe là-bas au quotidien.

Mais le plus étonnant qui m’est arrivé, c’est lorsqu’au temple, le pasteur nous a fait prier avec la confession de foi de l’Eglise presbytérienne d’Afrique du Sud. Ce fut une vraie surprise et un instant de communion avec les chrétiens du pays où séjourne actuellement mon fils. Cette confession de foi circule actuellement dans l’Epuf (l’Eglise protestante unie de France) car elle est proposée comme modèle (parmi d’autres confessions de foi) aux communautés qui doivent prochainement participer à la rédaction de celle de l’Epuf. En effet, cette  toute « nouvelle » Eglise (fondée en 2013), qui est la réunion de l’Eglise réformée et luthérienne de France n’a pas encore élaboré sa propre confession de foi.

Quant à la confession de foi d’Afrique du Sud, elle dit ceci :

Nous croyons en Dieu, le Père qui a créé le monde entier, qui réunira toutes choses,

et qui veut que tous les hommes vivent ensemble, comme des frères en une même famille.

Nous croyons en Dieu, le Fils qui s’est fait homme, qui est mort et qui est ressuscité en gloire,

réconciliant le monde entier avec Dieu, renversant tous les murs qui séparent les hommes,

toutes les barrières de toutes les religions, de race, de classe et de culture afin de créer une humanité unie.

Il est l’unique Seigneur qui a autorité sur tout. Il appelle chaque homme et la société, l’Eglise et l’Etat,

à la réconciliation, à l’unité, à la justice et à la liberté.

Nous croyons en Dieu, l’Esprit qui est la promesse du royaume de Dieu qui vient, qui nous donne le pouvoir d’annoncer le jugement de Dieu et son pardon pour les hommes et les nations, d’aimer et de servir tous les hommes, de lutter pour la justice et la paix et d’appeler le monde entier à reconnaître, ici et maintenant le règne de Dieu. Amen.

 

Intéressante non ? Si je devais rédiger une profession de foi aujourd’hui, je m’en inspirerais…

 

Amicalement comme toujours.             

Catherine

Lundi 16 mai 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

A Strasbourg, j’ai redécouvert une figure du protestantisme que j’avais oubliée en la personne d’Albert Schweitzer.

Je me rappelle bien avoir vu, alors que j’étais enfant, un reportage sur le prix Nobel de la paix alsacien et que celui-ci faisait l’admiration de mes parents. Ce sentiment d’admiration dépassait largement le cercle protestant car je me souviens que la grand-mère de mon mari (une fervente catholique) évoquait elle aussi l’œuvre du docteur de Lambaréné avec beaucoup d’enthousiasme.

Je connaissais donc le docteur Schweitzer et l’existence de son hôpital de brousse à Lambaréné au Gabon. Je savais qu’il était également pasteur puisque dans le reportage que j’avais eu l’occasion de voir à son sujet, une des infirmières avec laquelle il avait travaillé racontait comment il avait arrangé son mariage avec un proche et l’avait célébré lui-même. Je le savais musicien, je savais qu’il jouait de l’orgue et était un passionné de Bach, mais j’ignorais qu’il était concertiste. J’ignorais aussi qu’en plus des études de théologie et de médecine (pour lesquelles il cumulait déjà deux doctorats), il avait étudié la philosophie et avait rédigé une thèse sur la pensée religieuse de Kant. J’ai découvert aussi qu’il avait entamé puis renoncé à une carrière universitaire qui s’annonçait prometteuse pour entreprendre des études de médecine, l’idée étant de se rendre ensuite en Afrique pour soigner les populations locales (une décision qui a entrainé une rupture avec sa maman, laquelle n’a pas apprécié qu’il renonce à sa carrière universitaire et au pastorat).

Mais ce qui m’a le plus étonnée lorsque que j’ai parcouru la biographie d’Albert Schweitzer, c’est le fait qu’en Afrique, il ait soigné non seulement des gens, mais aussi des animaux. A Lambaréné, il fonda un hôpital, mais également un refuge et un centre de soin pour les animaux blessés. Une photo le montre en train de nourrir un jeune singe. J’ai trouvé la démarche étonnante pour l’époque (juste après la première guerre mondiale) et le lieu (l’Afrique, où on pourrait penser qu’il y a d’autres priorités que le soin aux animaux). En fait, s’est imposée à Schweitzer, alors qu’il naviguait sur le fleuve Ogooué au milieu des hippopotames (c’est lui-même qui raconte) la notion de « respect de la vie » (Ehrfurcht vor dem Leben), selon laquelle chaque vie est sacrée, et ce, sans qu’il y ait d’échelle de valeur entre les différentes formes de vie. Pour Schweitzer, la vie de l’humain, celle du singe ou encore de la fourmi avaient autant de valeur. Je pense que cette idée était assez novatrice pour l’époque, et devait surprendre…

Lorsque mon fils envisageait son départ pour l’Afrique, il avait commencé par prospecter des associations humanitaires puis il s’est tourné vers la sauvegarde des animaux sauvages. J’avoue que j’aurais préféré qu’il donne priorité aux hommes plutôt qu’aux animaux. Mais depuis que j’ai redécouvert la vie et la pensée d’Albert Schweitzer, je considère autrement la démarche des associations (nombreuses !) de protection et de soin de la faune sauvage en Afrique et  par conséquent, le choix de mon fils…

Vous connaissiez la vie et la pensée d’Albert Schweitzer ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Dimanche 1er mai 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Heureuse de vous retrouver sur Murmure après ma semaine de « décrochage » employée à passer des examens universitaires à Strasbourg. Au programme de cette année : langues anciennes, l’histoire des religions et histoire du christianisme.

En hébreu, je suis tombée à l’oral sur un extrait de Genèse 22, 1-13, le Sacrifice d’Isaac que mon professeur appelle « La ligature d’Isaac ». J’ai dû lire, traduire et analyser trois versets en particulier, les versets 7 à 9, qui contiennent ce dialogue entre Isaac et son père : Isaac parla à Abraham son père, et il dit, Mon père. Et il (Abraham) dit Me voici mon fils. Et il (Isaac) dit Voici le feu et les bois et où est l’agneau pour l’holocauste ? Et Abraham dit Dieu verra pour lui, l’agneau pour un holocauste mon fils, et ils allèrent eux deux ensemble.

Ce passage est certainement le plus troublant du récit. Le père et le fils cheminent ensemble. Ils dialoguent, un dialogue plein de tendresse alors que le contexte est terrifiant puisque le père doit sacrifier son fils. Le fils se rend compte que quelque chose cloche et le Père s’en remet à Dieu lequel, on le sait, a commandité l’affaire (il en faudrait moins pour se détourner d’un Dieu pareil…). Dieu merci, je n’ai pas eu à commenter ce passage, car je me demande bien à quelle « théologie » ou à quel commentaire biblique (parmi la multitude qui a été produite sur ce passage) je me serais raccrochée…

A ma grande surprise, j’ai eu la réponse le soir même, sans la chercher, mais en parcourant le dernier livre du rabbin français Pauline Bèbe (la première femme rabbin en France) intitulé Saisir le merveilleux dans l’instant : une philosophie de la vie au quotidien (ouvrage que je vous recommande vivement). Je devais réviser un cours sur le judaïsme en prévision d’une épreuve qui avait lieu le lendemain et j’avais emprunté cet ouvrage à la bibliothèque de théologie de la faculté (celle que catholiques et protestants se partagent). Cet ouvrage m’a passionnée, et sa lecture a pris le pas sur les révisions. Du coup l’oral du lendemain matin (8h) s’en est un peu ressenti mais ce n’est pas grave…

Pour le rabbin, les choses sont claires dans ce passage. Le récit est fait pour nous amener nous, lecteurs, à sacrifier quelque chose. Reste à savoir quoi. Là aussi les choses sont claires selon elle : il s’agit de sacrifier cet attachement excessif ou malsain à Dieu qui conduit à penser ou à faire n’importe quoi, à commencer par commettre des gestes criminels.  Elle n’a pas tort: la passion pour Dieu peut conduire aux pires excès. En fait, Abraham aurait dû s’opposer à Dieu. La mise à l’épreuve, ce n’était pas de sacrifier son fils, mais d’oser dire Non à une demande déplacée (que l’on croit être celle) de Dieu… Le rabbin souligne le fait qu’après cet « incident » du sacrifice d’Isaac, et l’intervention du messager de Dieu, Dieu ne s’adressera plus directement à Abraham. La communication est comme coupée.

J’aurais bien expliqué tout ça au professeur de Judaïsme qui m’interrogeait le lendemain, mais la ligature d’Isaac n’était pas au programme du cours d’Histoire des religions. En judaïsme, j’ai dû proposer un classement (qui devait être original) des termes du lexique du cours (tous en hébreu mais translitérés en français). Heureusement que j’avais appris un peu d’hébreu…

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

Jeudi 14 avril 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Je suis comme la mère Michel, j’ai perdu mon chat. Bêtement, en me rendant chez le vétérinaire. Mon chat s’est échappé de son panier (fermé) devant la porte du véto. Il s’est glissé dans un interstice (très fin) entre le panier et son couvercle, on aurait dit une anguille. Il s’est enfui, je l’ai perdu de vue et puis il s’est volatilisé. Définitivement car j’ai appelé, appelé mais il n’est jamais revenu.

Nous l’avons revu ensuite à deux reprises dans le lotissement où il a élu domicile et où nous avons distribué des annonces dans toutes les boîtes aux lettres. Les riverains sont coopérants, ils nous téléphonent quand ils le voient. Mais que ce soit avec nous ou des inconnus, sa réaction est toujours la même, il tourne la tête lorsqu’il entend son nom et détale.  Ma fille est désemparée depuis qu’il a fui devant elle un soir, et s’est caché sous une haie de thuyas. Il faisait nuit, j’ai proposé à ma fille de nous asseoir près de la haie et d’attendre que notre chat veuille bien revenir. Nous l’avons appelé à plusieurs reprises et….c’est un autre chat (perdu lui aussi) qui est venu se réfugier sur mes genoux en ronronnant (preuve que la méthode était la bonne). J’ai proposé à ma fille de remmener le chat perdu à la maison, puisque visiblement il nous avait adoptées, mais elle n’a pas apprécié la proposition…

Pour me consoler de cette histoire, je vais observer le troupeau de moutons qui s’est installé dans le village voisin.  C’est la période des agnelages, et il y a plusieurs naissances par jour m’a expliqué le berger qui aime bien faire la conversation (dans un français approximatif car il est étranger). J’aime bien échanger avec lui car je m’instruis de la vie du troupeau, et de son berger. Je sais que le troupeau compte 600 têtes et qu’il va monter à 1000 ( !), que les brebis ont souvent deux et parfois trois  agneaux ( !). Que quand une brebis perd son petit et qu’il y a une naissance de triplés simultanément, le berger confie un des triplés à la brebis qui a perdu son agneau. Mais l’adoption ne réussit pas toujours paraît-il…Je pourrais observer les agneaux pendant des heures tellement c’est distrayant. Il y a les plus grands qui jouent en bande, on dirait des cabris ; il y a les nouveau-nés qui déambulent avec le cordon ombilical qui n’est pas encore tombé ; ceux qui cherchent à téter mais se trompent de mère et se font repousser. Ce qui déclenche des bêlements de détresse qui font réagir la vraie mère qui souvent n’est qu’à quelques mètres. Les plus petits agneaux portent un coupe-vent de couleur rouge, comme un Kway, pour les protéger  de la pluie et du vent ; ainsi vêtus, ils sont adorables. Quant au berger, j’ai appris qu’il était  roumain. Il fait une saison de quatre mois en France, à raison de 12h par jour, sans jour de repos (si j’ai bien compris) puis repart dans son pays. Il parvient à économiser 800 euros par mois, une forte somme une fois rentré en Roumanie. Il parle 5 langues et a travaillé déjà dans plusieurs pays d’Europe de l’ouest et en Turquie aussi, en pratiquant toutes sortes de métiers dans le bâtiment et l’agriculture ou encore l’élevage.

Je lui ai demandé à quoi étaient destinés tous ces  agneaux. « C’est pour les arabes » m’a-t-il expliqué, qui fêteront en septembre prochain la fête de l'Aïd (el-Kébir). Renseignement pris, cette fête, qui est l’une des plus importantes dans l’islam, est la fête du sacrifice.  Elle est une commémoration du « Sacrifice d’Isaac » par Abraham, sacrifice qui comme chacun le sait n’a pas eu lieu tout du moins pas avec Isaac (mais avec un bélier). Cette histoire figure dans la bible,  dans le livre de la Genèse, au chapitre 22 (et dans le Coran aussi).

Genèse 22, c’est justement le texte hébreu que je dois étudier en prévision de mon prochain examen.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Dimanche 3 avril 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

- T’as des nouvelles du Boer ?

Cette question est devenue  LA question quotidienne à la maison depuis que notre fils est parti en … Afrique du sud. Les « Boers » étaient ces pionniers blancs d’Afrique du Sud, des paysans très souvent, qui étaient originaires des Pays-Bas, d’Allemagne ou encore de France. Ils étaient souvent calvinistes, et hélas, n’ont pas brillé pour leur tolérance, ni leur ouverture d’esprit. Ils étaient convaincus de leur supériorité sur les noirs et certains ont trouvé le moyen de justifier leurs thèses racistes au nom de  valeurs chrétiennes. Mon mari prend leur défense en mettant en avant le contexte et les mentalités de l’époque. Moi, je ne leur trouve aucune excuse.

Bref, notre fils est parti là-bas, dans le KZN, le KwaZulu-Natal (en clair, chez les Zoulous), précisément dans la ville de Durban (3,5 millions d’habitants !). Il devait partir aux Açores, en stage pendant 6 mois dans un centre d’écotourisme, là où on emmène les touristes observer les cétacés. Il a monté tout un dossier, son profil correspondait à  plusieurs offres de stage proposées  par la province des Açores. Mais sa candidature n’a pas été retenue finalement par les portugais (ni ailleurs en Europe d’ailleurs), alors il a dû élargir ses recherches. Il a candidaté en Indes, aux USA, au Canada, et en Afrique du Sud. Et ce sont deux centres de protection de la faune sauvage d’Afrique du Sud qui se sont manifestés positivement. Un était situé dans les terres, en montagne, dans une réserve pour des singes menacés de disparition. L’autre se situait au bord de l’océan indien, en milieu urbain et accueillait tous les animaux sauvages en danger ou blessés, de toutes races, en voie de disparition ou non. Notre fils a choisi le second.

Depuis son départ, nous avons eu quelques nouvelles. Nous savons qu’il est en colocation avec 3 anglais, 1 danois et 3 américaines (qui ne font pas leur vaisselle…). Que des singes s’invitent parfois à la colocation, mangent les fruits et éclatent les œufs. Que les ibis sont nombreux, bruyants et agressifs. Qu’il soigne les animaux et entretient le parc avec les autres volontaires internationaux et locaux avec lesquels il s’est tout de suite lié. On lui a confié en particulier les soins d’un suricate qu’il a apprivoisé en quelques jours. Une vidéo postée sur Facebook en témoigne.

Les jours de repos, les volunteers vont se baigner à l’océan où les vagues sont paraît-il énormes et le soir, ils vont danser dans les clubs qui foisonnent à Durban. Les africains dansent paraît-il très bien (ce qui ne m’étonne pas). Notre fils nous a raconté avoir expérimenté ce que signifiait l’expression « faire partie d’une minorité », lorsqu’il est arrivé avec 3 autres volontaires (blancs) au milieu de plusieurs centaines de sud africains (tous noirs) dans un immense night-club.

 En partant en Afrique, ses objectifs (tels qu’il les a mentionnés dans sa lettre de motivation) étaient de se perfectionner en anglais, de découvrir une autre culture, et de travailler à la préservation de la nature. Pour le moment, c’est plutôt bien parti.

Dernièrement, j’ai lu un article du très sérieux Comité mondial pour les apprentissages tout au long de la vie (le CMA) qui disait que « les parcours éducatifs postmodernes devront articuler construction de soi, transformation sociale et sauvegarde de la planète. Nous y sommes je crois.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Vendredi 25 mars 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Travailler le Vendredi saint, je ne m’y habituerai jamais. Pourtant cela fait 30 ans que je le fais.

Je suis originaire de la Moselle, un département où le Vendredi saint est un jour férié. Enfant, j’allais au temple, car c’était un jour de fête, une fête triste, certes. Après le culte, nous prenions la route avec mes parents pour nous rendre en région parisienne, rejoindre notre famille. Dès le soir de notre arrivée, même si le repas était frugal, j’avais le sentiment que les fêtes de Pâques débutaient. L’office suivant auquel nous assistions était celui du dimanche de Pâques (il n’y en avait pas d’autres pour nous protestants). Il était suivi d’un repas au restaurant en bord de Seine, à Samois-sur-Seine (en bordure de Forêt de Fontainebleau), chez Fernand, où on se régalait en mangeant de la friture d’éperlan.

Je pourrais prendre congé allez-vous penser. Bien-sûr, sauf qu’on ne célèbre pas une fête tout seul en principe et qu’il n’y a pas d’office dans la journée là où je réside, y compris chez les protestants, assez nombreux dans la région et normalement attachés au Vendredi saint. Donc, je ne vois pas trop ce que je ferais seule chez moi. Le domicile n’est pas un lieu de célébration, ni chez les protestants ni chez les catholiques, en cela nous les chrétiens sommes bien différents des juifs qui eux à l’inverse, ont de nombreuses occasions de célébration à la maison (chez les pratiquants tout du moins). C’est les femmes d’ailleurs qui sont responsables de la préparation de ces temps liturgiques au foyer (mais c’est un homme qui anime le temps de prière).

Mes collègues mangent beaucoup de chocolats la semaine qui précède Pâques, mais peu évoquent les fêtes de Pâques. C’est normal, nous sommes dans un lieu totalement laïc (un service public), où toute référence religieuse est neutralisée, ce qui appréciable lorsqu’on accueille le grand public (qui lui n’a pas cette obligation de neutralité), chacun devant se sentir accueilli indépendamment de toute référence idéologique, politique ou religieuse.

Le seul qui m’ait parlé de la fête religieuse du Vendredi saint est un musulman, un adulte candidat à un baccalauréat professionnel que j’ai reçu aujourd’hui. Abdelrhani (un prénom qui signifie le serviteur du Riche, de Celui qui Se suffit entièrement à Lui-même, de Celui qui est totalement indépendant d’après un dictionnaire des prénoms arabes, je suppose que le « Riche » en question avec une majuscule, est Dieu ?) m’a demandé si on fêtait la naissance ou la mort du Christ. Quand il a su qu’il s’agissait d’une commémoration de la mort de Jésus, et donc d’une fête triste, il m’a adressé comme des condoléances. Que j’ai reçues comme telles…

Comme quoi, même dans le temple de la laïcité, on peut, grâce à la présence d’un musulman, vivre un bref temps d’évocation de la vie et de la mort de Jésus-Christ. Etonnant non ?

Je vous souhaite à tous, de très belles fêtes de Pâques.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Mardi 15 mars 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Depuis quelques mois, je retourne au culte (la messe chez les protestants) plus régulièrement. En fait, c’est depuis que ma maman (qui est protestante) nous a rejoint dans la région. Seule, en raison de son âge, elle ne pourrait pas se rendre au temple (l’église pour le protestant). Alors je l’accompagne. Et mon mari (catholique) nous suit.

Mon mari va toujours au temple de bon coeur. Il apprécie les chants car il retrouve souvent des chants connus depuis son enfance. Il apprécie le lieu aussi, un bâtiment  très ancien qui date du XIIIème siècle, qu’il scrute dans ses moindres détails, une habitude transmise par son grand-père tailleur de pierre. Il écoute attentivement la prédication qu’il me commente à la sortie. Il est parfois surpris lorsqu’il n’y a pas de communion mais il s’adapte. Il souligne souvent  le dépouillement de la liturgie mais considère que « finalement, ça suffit »…

Dimanche dernier par contre, il a été un peu décontenancé (combien de fois cela m’est arrivé dans les assemblées catholiques…). Nous étions nombreux, c’était l’assemblée des grands jours, ça je l’ai vite perçu mais j’en ignorais la raison. Beaucoup de personnes dans l’assistance avaient des cartons roses en main, que certains égaraient et cherchaient pendant la célébration ce qui entrainait quelques perturbations. Les deux pasteurs de la paroisse étaient présents et avaient parfois un peu de mal à canaliser l’attention. En fait avait lieu, à l’issue du culte qui n’a duré que 30 minutes et sans transition si bien que l’on pouvait croire que c’était une phase de la célébration, l’Assemblée générale de la Paroisse. Un temps fort, puisque se tenait l’élection des nouveaux membres du conseil presbytéral. Concrètement, chaque Église locale de l’EPUF (Eglise protestante unie de France), ou paroisse, est responsable de sa vie et de ses orientations. Elle est dirigée par un conseil dit « presbytéral », élu tous les 4 ans par l’assemblée générale (le pasteur, lui, est nommé par le conseil, et en est membre de droit). Nous avons donc assisté (après une invocation de l’Esprit) à l’élection des nouveaux conseillers (qui ont été longuement applaudis pour leur engagement).

Avant l’élection, nous avons écouté la lecture solennelle de la profession de foi de l’EPUF (une jeune église qui date de 2012 et qui réunit les luthériens et les réformés) que j’ai dû commenter à mon mari étonné par son contenu qu’il découvrait. Puis, comme dans toutes les AG, il y a eu un rapport d’activités, un rapport financier également,  l’église locale de l’EPUF manque d’argent (6000 euros !) pour boucler son budget. Nous étions dans le concret ! Ensuite, le culte-AG était suivi d’un apéritif festif et d’un repas tiré du sac où chacun était invité, à commencer par celui qui n’avait rien apporté…

Ce qui a le plus surpris mon mari je crois, c’est l’absence de séparation entre le profane et le sacré dans la liturgie. Il n’a pas vu la transition entre le culte et l’AG tout simplement parce qu’il n’y en a pas eu. Cette absence de séparation est caractéristique de l’approche protestante très imprégnée de la tradition de l’Ancien Testament, dans laquelle il n’y a pas de coupure entre le sacré et le profane.

D’ailleurs, le mot liturgie, à l’origine est un terme du vocabulaire profane, qui en grec classique, signifie « charge publique » ou « service public ». Le sens du mot a évolué avec le temps, il n’est plus employé qu’en référence à des cérémonies religieuses. Ceci dit, comme la foi, le culte ne concerne pas le seul domaine du sacré, mais aussi la vie quotidienne dans ce qu’elle a de plus concret. La preuve en est : un des éléments les plus importants du culte (comme de la messe) est un repas, un acte profane par excellence.

Bon temps de carême à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

Jeudi 3 mars 2016

Amis de Murmure,  bonjour à tous.

Isabelle m’a appelée ce matin sur mon portable alors que j’étais à mon travail. J’étais seule et disponible alors j’ai pu prendre son appel. Souvent elle me téléphone au sujet des cours que nous suivons à la fac, mais le soir habituellement…

- Je voudrais aller en Israël l’année prochaine. Tu viens avec moi ?

- En Israël ?!?!  D’habitude elle me parle de Blois où elle réside et où elle m’a déjà invitée à maintes reprises.

- le prof d’hébreu est d’accord pour accompagner un groupe, mais il faut que j’organise le voyage. Bon, alors, qu’est-ce que t’en dis ?? Tu viendrais avec ton mari ? Le mien est ok pour m’accompagner…

J’ai bien senti que j’étais le premier « poisson » pêché en vue de la constitution du « groupe », et que mon amie souhaitait une réponse immédiate – C’est d’accord, j’irai avec toi l’année prochaine en Israël.

Je lui fais entièrement confiance pour l’organisation du voyage. Isabelle est une citoyenne du monde (hyper connectée). Elle fonctionne à l’échelle de la planète. Elle est originaire d’une île de l’Océan indien, a un frère et un fils en Asie. Elle vit en France mais parcourt le monde. Je ne sais pas pourquoi les (jeunes)  étrangers s’adressent à elle dans les rues de Strasbourg pour demander leur chemin (la cathédrale en générale). Alors elle se connecte à Google maps et les renseigne en anglais (qu’elle parle couramment). Elle a toujours des solutions à tous les problèmes, est une redoutable négociatrice (je l’ai vue à l’œuvre) et en tant qu’ancienne expert-comptable, elle gérera parfaitement les finances du groupe.

Isabelle n’a pas de temps à perdre car elle est une ressuscitée (c’est elle qui le dit). Elle a guérit d’un premier cancer du rein. En raison de sa maladie, elle a arrêté de travailler et quand elle a été guérie, elle a décidé de reprendre des études de théologie. Seulement, un second cancer, très douloureux, s’est déclaré alors qu’elle entamait sa seconde année d’études. Elle a alors enchaîné consultations et opération dans un centre spécialisé à Paris. Après de longues investigations, sa maladie des tissus internes (je n’ai pas retenu le nom), s’est révélée ne pas être un cancer finalement, mais une maladie qui se confond avec lui. Ouf. Isabelle a le sentiment de revenir de loin à nouveau, elle remercie Dieu incessamment pour cette bonne nouvelle. Depuis, elle, qui était déjà bien vivante, veut vivre encore plus intensément et ce malgré les douleurs rebelles qui l’assaillent jour et nuit.

Lors des regroupements à la fac, Isabelle est notre bout en train. Pleine d’humour, elle a toujours une plaisanterie à faire, un commentaire rigolo à partager. Elle veut souvent sortir le soir,  boire un verre sur les quais de Strasbourg, écouter de la musique… Elle connaît tous les étudiants,  encourage ceux qui ont des mauvaises notes, critique ouvertement les professeurs trop exigeants, et insiste pour avoir des réponses à ses questions. Elle veut toujours apprendre, comprendre et partager.

C’est promis Isabelle, Laschanah habaah birouschalaïm ! L'année prochaine à Jérusalem… nous irons.

Selon la formule juive traditionnelle…

Amicalement comme toujours.

Catherine           

Dimanche 21 février 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Je rentre du jardin. Je pensais y passer une heure ou deux, mais j’y suis restée tout l’après-midi tellement il faisait bon. Le soleil brillait et le thermomètre affichait 14° (à l’ombre) !  J’ai découvert que les crocus étaient tous en fleurs, ainsi que les pommiers du Japon. Que les narcisses, jacinthes et tulipes pointaient le bout de leur nez sous les feuilles mortes. J’ai même trouvé des pâquerettes au milieu de la pelouse !

Alors que je gratouillais mes plates-bandes, j’ai reçu un appel téléphonique de mon ami François qui s’est prolongé pendant plus d’une heure. François est très préoccupé par l’orientation scolaire de sa fille Anaïs qui achève cette année ses études secondaires. Comme tous les jeunes qui envisagent des études supérieures, Anaïs a dû faire des choix parmi un foisonnement de propositions de formation, toutes plus attractives les unes que les autres, et établir des vœux sur un site internet d’orientation, passage obligé pour tout futur étudiant.  Anaïs est une jeune fille pleine de ressources. Elle est polyglotte. Elle parle couramment le français et le chinois. Elle pratique l’anglais avec beaucoup d’aisance  et  elle apprend en plus l’espagnol et l’allemand ! Elle est passionnée par les  Mangas et la culture japonaise.  Elle envisage des études commerciales mais ces filières se révèlent coûteuses et son papa n’a pas confiance en ces formations (à tort à mon avis). Le papa préfère les écoles d’ingénieur qui donnent selon lui un « vrai » métier (le sien). Alors le papa a déjà tout étudié : comment combiner formation d’ingénieur et études commerciales, comment passer d’une filière à l’autre,  comment valoriser la pratique des langues vivantes, comment éviter les redoutables classes préparatoires qui imposent un régime éprouvant aux étudiants tout en ayant une formation de même niveau. Il a comparé les propositions des écoles publiques et privées, participé avec Anaïs à de nombreuses portes ouvertes d’établissements du supérieur et à plusieurs forums d’orientation. De temps en temps, j’entendais la voix d’Anaïs au téléphone qui rectifiait les propos du papa, et j’ai bien senti que la tension montait…

Quelle épreuve parfois pour nos jeunes que cette phase d’orientation dans le supérieur. On leur demande de se projeter  en termes de parcours d’étude (à 3,5 ou 8 ans), de choisir un diplôme et un métier. Il faut connaître toutes les filières, comprendre leur mode de sélection (souvent opaque), se positionner par rapport au niveau d’exigence. Puis faire de multiples vœux sur un site internet en espérant décrocher son premier choix. Pour certains (de plus en plus nombreux) il faut constituer des économies pour financer les études voire emprunter (comme aux Etats Unis).

Tout en écoutant mon ami, je repensais aux propos de Serge Hefez (le psychiatre, chroniqueur sur France Inter) qui évoquait dans les Matins de France Culture la semaine dernière, la difficulté actuelle à créer sa propre existence et l’angoisse d’avoir à se définir. Contrairement à ce qui se passait autrefois où l’individu était déterminé par son milieu familial ou scolaire à un avenir prédéfini, l’individu d’aujourd’hui  est beaucoup moins contraint et est bien plus libre de ses choix (ce qui est une bonne chose). En revanche, il doit concevoir par lui-même son existence (professionnelle et personnelle). La création de sa propre existence n’est pas un exercice facile, il faut le reconnaître, et il peut se révéler angoissant (d’où les nombreuses dépressions et les burn-out actuels selon le psychiatre).

Je crois que c’est à nous (parents, proches, et amis) de desserrer l’étau des procédures d’orientation qui angoissent nos jeunes (et leurs parents). On ne résout pas en un jour et en un clic le problème de toute une vie…

Enfin, c’est juste mon avis…

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Samedi 13 février 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Je ne vous oublie pas. J’ai tardé à vous écrire car j’ai dû donner priorité à des obligations professionnelles (loyauté vis-à-vis de mon employeur oblige…) et à ma tribu réunie en ce début de vacances scolaires dans des circonstances pas toujours faciles. Et puis il y a ce cours sur le Judaïsme qui m’occupe et me préoccupe car l’examen se rapproche à grands pas.

A ce sujet, j’ai découvert les principes de la foi juive, le credo des juifs en quelque sorte, qui curieusement est bien plus récent que le nôtre (celui des chrétiens) puisqu’il date seulement du XIIème siècle alors que le symbole des Apôtres (qui n’est pas des Apôtres…), date lui du IIème siècle, tout du moins pour certains de ses articles (même s’il n’est attesté qu’au VIIIème siècle seulement). Et par la même occasion, j’ai découvert que j’étais (un peu) juive puisque j’adhère à la grande majorité des principes de la foi juive (établis par un certain Maïmonide, un savant du Moyen Âge grand talmudiste), dont à tous ceux concernant la nature divine, qui disent ceci :

- Dieu a créé et dirigé toutes les créatures.

- Il est unique et d’une unicité à nulle autre semblable. Il a été, il est et il sera.

- Il n’a pas de corps, n’est pas sujet aux accidents du corps et ne peut être représenté.

- Il est le premier et le dernier (il est éternel).

- C’est à lui seul et à nul autre qu’il convient d’adresser des prières.

Tout cela convient bien à la protestante que je suis. Je crois donc bien en la même « nature divine » que les juifs. Bien évidemment, en ce qui concerne la révélation de cette nature divine, un écart se creuse puisque la profession de foi juive ne reconnaît que la prophétie de Moïse et la Torah comme faisant autorité (et non l’Evangile bien-sûr…). L’attente du Messie (celui qui est à venir) et la foi en la résurrection sont les mêmes que pour les chrétiens: « Le Messie viendra, même s’il tarde, j’attendrai chaque jour qu’il arrive » dit la profession de foi juive et « les morts ressusciteront lorsque le Saint-béni-soit-il en manifestera le désir ».

Il n’y a qu’un moment où vraiment je décroche dans la profession de foi juive. C’est à l’énonciation de l’article qui dit que « Dieu récompense ceux qui observent ses lois et punit ceux qui les enfreignent ». Ce principe de rétribution me heurte et entre en conflit avec ma foi. Il me manque là toute la compassion  de l’Evangile… Ceci dit, je ne juge pas celles et ceux qui adhèrent à ce principe qui exprime, je crois, à la fois crainte et respect de Dieu.

« Dieu connaît toutes les pensées des hommes » est le dixième  principe  de la  foi juive. J’aime bien cet article, qui dit toute la proximité de Dieu avec l’humanité (c’est-à-dire tous les hommes…). Je crois que c’est fondamentalement ce que nous partageons nous les chrétiens avec les juifs, la foi en un Dieu tout proche, qui partage notre humanité, même si nous ne racontons pas la même histoire…

Qu’en dites-vous ?

Bonne fête à tous les Valentin et toutes les Valentine.

Amicalement comme toujours.

Catherine

Mercredi 27 janvier 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Socrate ou le Judaïsme ?

Je ne m’attendais pas à cette question. Qui m’a été posée par la responsable pédagogique lors de mon inscription à l’université. Je n’avais pas vu que le programme d’étude comportait une « option », c’est-à-dire une unité complémentaire au programme obligatoire.

Comme ma réponse tardait, le professeur a reformulé sa question :   voulez-vous faire de la philosophie ou de l’histoire des religions ?

??? - Du judaïsme.

Ne voulant pas retarder mon inscription ni le professeur dans son travail (la file d’attente des étudiants était longue ce matin-là…), j’ai pris la décision en quelques secondes. Du coup depuis deux semaines, me voici plongée dans un cours sur le judaïsme. Et je ne regrette pas ce choix car le cours est passionnant (et source de beaucoup d’étonnements…).

Notre professeur, un féru des outils bureautiques et multimédias,  a produit un support de grande qualité, coloré, illustré, animé par toutes sortes de lien avec des documents, diaporama et autres ressources en ligne. Il a conçu par exemple, avec l’aide d’un photographe, un diaporama remarquable sur le fameux Sefer Torah,  l’objet cultuel le plus important de la synagogue. Le Sefer Torah est  ce rouleau de parchemin qui comprend (uniquement) les cinq premiers livres de la Bible, la Torah donc ou encore la Loi, l’âme de la Bible pour les juifs disent certains. Jésus lisait le Sefer ha-Torah lorsqu’il se rendait à la Synagogue  et il est toujours lu aujourd’hui selon le même rite : l’assemblée se lève pour écouter la lecture faite par un homme ayant fait sa Bar Mitsvah (la cérémonie religieuse qui marque l’entrée des jeunes gens dans la communauté religieuse). Le lecteur utilise une « main » de lecture fixée au bout d’une tige qui peut être en argent, en or, en ivoire ou encore en bois décoré de pierres précieuses. Cette main lui permet de suivre les lignes du texte sur le parchemin. Le lecteur doit bien connaître le texte (hébreu) au préalable car celui-ci ne comprend pas de voyelles ( !) mais seulement les consonnes des mots. Imaginez l’exercice en français : lire en public un texte sans voyelles…ça demande un peu de préparation (c’est-à-dire de connaître le texte par cœur).

Ce rouleau de la Torah est tellement important dans la tradition juive qu’une fête annuelle lui est consacrée, la Simhat Torah qui signifie la « réjouissance de la Torah ». Je me disais à ce propos qu’on pourrait, nous les chrétiens,  avoir aussi une « réjouissance de l’Evangile », ce pourrait être intéressant.

Bon, notre professeur ne nous parle pas que des objets cultuels. Il nous clarifie bon nombre de termes, employés couramment dans les médias, mais dont le sens est parfois pluriel ou complexe comme le mot « Israël » par exemple, qui désigne à la fois un état, un peuple et une communauté religieuse.

Depuis que je suis ce cours, je me dis qu’un enseignement (non confessionnel) sur les religions devrait être obligatoire au cours de la scolarité. Il y aurait peut-être moins de tensions dans les collèges et les lycées autour du « religieux », qui prend de plus en plus de place dans le quotidien des élèves, paradoxalement, alors que notre école française (publique) est laïque et que notre société s’est sécularisée.

Qu’en pensez-vous ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Samedi 16 janvier 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

J’ai lu un livre intéressant cette semaine, le dernier roman de l’ethnopsychiatre Tobie Nathan intitulé  Ce pays qui te ressemble (que j’ai découvert au rayon « lecture loisirs » de la BU). L’ethnopsychiatrie est une voie thérapeutique originale qui mêle approche clinique du patient et approche culturelle. Elle a fait ses preuves en particulier dans la prise en charge des souffrances psychiques des migrants. Les deux grands noms (en France) de la spécialité sont Georges Devereux et Tobie Nathan donc.

Ce pays qui te ressemble est l’histoire de Zohar Zohar, un jeune garçon issu du ghetto juif du Caire. Zohar, dont le nom signifie « joyau », est né en 1925 d’une mère (un peu) sorcière et d’un père aveugle (un peu) autiste. Après une enfance dans un milieu pauvre (mais pas misérable), il connaît une ascension sociale fulgurante, en se lançant, alors que l’Egypte est en pleine guerre, dans la fabrication et la vente d’alcool, une boisson prohibée mais très recherchée par l’occupant britannique.

Zohar aime Masreya, sa sœur de lait musulmane, qu’on lui a strictement interdit d’épouser comme si elle était sa sœur de sang. Masreya, originaire du Delta, tout comme son « frère » du Caire, connaît une ascension sociale extraordinaire grâce à sa voix exceptionnelle, en devenant chanteuse puis en devenant la maîtresse du jeune roi Farouk. Zohar, lui, compte deux amis proches (et associés dans la fabrique d’alcool) : Joe, issu de la haute société égyptienne qui rêve de se rendre en Israël et Nino Cohen, un étudiant en médecine en mal de repères identitaires qui se radicalise (comme on dit aujourd’hui), se convertit à l’Islam et s’engage dans le Djihad.

En lisant ce roman, j’ai compris comment des formes de syncrétismes (ou combinaisons de plusieurs traditions religieuses) pouvaient surgir dans un peuple (comme ici le peuple égyptien) lorsque des gens de confessions religieuses différentes se côtoient au quotidien. Il y a le vecteur de la langue, déjà. Qu’ils soient musulmans, juifs ou coptes, tous les égyptiens parlent la même langue, l’arabe. Et dans les milieux populaires, tous, y compris les juifs ( !) nomment Dieu en employant le même mot « Allah »… Il y a aussi tous ces moments de la vie où on est confronté au malheur ou à des difficultés. Et où les remèdes prescrits par sa propre tradition se révèlent impuissants. Il est alors tentant de se tourner vers les autres traditions, et de suivre leurs prescriptions. Et lorsqu’elles se révèlent plus efficaces que celles de sa propre religion, il n’est pas rare alors de voir surgir des « combinaisons » de pratiques. C’est ainsi que dans le livre, la mère de Zohar qui est juive, se retrouve avec un bracelet à la cheville que lui a remis une « sorcière » musulmane après avoir pratiqué auprès d’elle toutes sortes de rites pour soigner sa stérilité, et que son fils aura une sœur de lait musulmane (parce que sa famille n’a pas trouvé de nourrice juive alors qu’elle ne pouvait allaiter son bébé…). Or, ce qui peut se passer à l’échelle d’une vie humaine peut arriver aussi à tout un peuple…

Je comprends mieux pourquoi, dans la Bible, les hébreux adoptaient parfois les rituels religieux des autres peuples qui les entouraient. C’est lorsqu’ils y étaient forcés mais aussi lorsqu’ils étaient individuellement ou collectivement dans le malheur…

Rien d’étonnant à cela finalement.

Bonne semaine de prière pour l’unité (des chrétiens).

Amicalement comme toujours.

Catherine

Samedi 9 janvier 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

J’ai vu un beau film la semaine passée. Il s’agit du dernier film (le 54ème !) de Claude Lelouch, intitulé Un plus une.

Un « beau film », c’est quand on a envie que le film ne s’arrête plus, quand on regarde le générique jusqu’au bout, qu’on dit plusieurs fois « c’était bien » entre la sortie du cinéma et son domicile, et qu’on désire revoir le film dès le lendemain…

Je me suis demandé ce que j’avais trouvé de si touchant dans ce film. Etait-ce le sujet, cette histoire d’amour entre Antoine Abélard (tout un programme ce nom…) un compositeur de musique de film interprété par Jean Dujardin, et Anna, l’épouse d’un ambassadeur (interprétée par Elsa Zylberstein) ? L’histoire d’amour était effectivement émouvante et magnifiquement servie par des acteurs séduisants et convaincants, mais ce n’était pas suffisant…

J’ai pensé au contexte de l’histoire, l’Inde, et les berges du Gange où se déroule pratiquement tout le film. Ce pays et ses habitant sont présentés avec beaucoup de poésie : aux côté des acteurs, on traverse des foules animées et colorées, on navigue sur le fleuve, on assiste aux rituels religieux, on voyage avec les indiens dans des trains ou des bus bondés. Esthétiquement, le film est superbe, mais ce n’est pas suffisant non plus…

Enfin j’ai pensé aux dialogues, toujours très justes, et plein d’humour qui donnent beaucoup de légèreté au film malgré la gravité de certaines situations, ou encore à la musique du film bien adaptée, mais ce n’est pas ça non plus…

En fait, le film est marqué par la présence d’une personnalité (et non un acteur), qui existe dans la vraie vie et qui est un maître spirituel de l’Inde actuelle, il s’agit d’AMMA (« mère » en hindi), une femme d’une soixantaine d’année, de son vrai nom, Mata Amritanandamayi, qui vit au sud-ouest de l’Inde. Cette femme est hindoue de par sa culture, mais elle déclare que sa seule religion est l’amour.

Amma ne se contente pas de déclaration générale sur l’amour, elle le pratique concrètement, en accomplissant un geste simple (encore faut-il être capable de le faire…) qui consiste à prendre les gens dans ses bras. Des milliers de pèlerins se rendent auprès d’elle. On la voit accomplir ce geste dans le film. Dans l’histoire, Anna, l’héroïne se rend auprès d’elle pour soigner sa stérilité, et Antoine ses graves maux de tête. Lors du tournage du film, Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont vécu le geste d’amour d’Amma, « pour de vrai », et ont été filmés. Ce moment est très beau (et convaincant, leur visage est rayonnant).

Amma prend les pèlerins (hommes, femmes, enfants, bébés) dans ses bras et elle les écoute aussi et leur parle. Très peu de temps, mais on perçoit l’intensité du moment sur le visage des pèlerins. Elle peut accomplir ce geste 10 à 12h par jour. Elle parcourt le monde également pour des conférences et des assemblées où elle accomplit son geste d’amour. Elle aurait ainsi « étreint » plusieurs millions de personnes.

Je crois que l’étreinte pratiquée par Amma est un geste très réconfortant (réconforter, c’est consoler et rendre plus fort à la fois). C’est ce geste, délicatement filmé par le réalisateur (des histoires d’amour…) qui m’a le plus étonnée et ravie dans Un plus une.

Amicalement comme toujours,

Catherine

 

Dimanche 3 janvier 2016

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Heureuse de vous retrouver sur Murmure en ce début d’année 2016, une nouvelle année que je vous souhaite belle et bonne parce que remplie de cette Espérance qui vient de Dieu…

J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer.

J’ai appris, il y a quelques jours (la nouvelle a été publiée officiellement le 2 décembre 2015) que le roi de la Bible Ézéchias de Juda avait bel et bien existé. Ézéchias est ce roi qui, selon la Bible, régna de 716 à 687 environ avant Jésus-Christ sur le Royaume du Sud (c’est l’époque où Israël est coupé en deux), qui résista aux redoutables armées assyriennes qui écrasèrent le royaume d’Israël (au Nord), et qui agrandit Jérusalem pour accueillir les réfugiés du Nord. Ézéchias, comme les souverains de son époque, portait une bague à son doigt (une sorte de cachet serti dans une bague) lui permettant de signer les documents rédigés en son nom. Or, une empreinte de son sceau a été découverte et authentifiée par l’archéologue israélienne Eilat Mazar lors de fouilles archéologiques à Jérusalem.

Ce sceau comporte des inscriptions qui permettent d’identifier clairement le propriétaire de l’objet : il est écrit « A Ézéchias (fils de) Ahaz, roi de Juda ». Or ce roi est bien mentionné dans le second livre des Rois de la Bible à partir du verset 20 du chapitre16 où il est dit que « Ahaz se coucha avec ses pères et fut enterré avec ses pères dans la cité de David. Ézéchias, son fils régna à sa suite ».

D’après la Bible, Ézéchias est également l’auteur d’une réforme religieuse importante, visant au rapprochement spirituel entre les traditions du Nord et du Sud, à faire de Jérusalem le lieu de culte principal autour du temple, et à mettre un terme aux pratiques idolâtres et à des formes de syncrétisme religieux. Seulement, à ce niveau, le sceau révèle un certain décalage entre ce que le texte biblique évoque et la réalité. Car curieusement, le sceau présente en son centre, en plus des inscriptions, deux motifs, qui sont des motifs…égyptiens ! Il s’agit de la croix ansée, appelée ânkh qui représente la vie, et un soleil aux ailes déployées en signe de protection, qui est l’une des principales divinités égyptiennes.

Pour les historiens, la présence de ces symboles sur le sceau d’un roi hébreu n’a rien de surprenant  tellement l’influence de la culture égyptienne était grande à cette époque. Simplement  cela remet en cause l’idée que les hébreux pratiquaient un culte sans représentation divine. Ce fut en fait bien le cas, mais dans une période plus tardive,  bien après Ézéchias (deux siècles environ après).

En résumé, la découverte de l’empreinte confirme bien l’existence du roi Ézéchias de Juda et dans le même mouvement, confirme la fiabilité du cadre historique des récits bibliques pour la période des royaumes d’Israël et de Juda, même si les livres des Rois ne sont pas des livres « d’Histoire » au sens actuel du terme. Elle révèle également que le culte en un Dieu unique, sans représentation du divin, s’est mis en place très progressivement, et tardivement dans l’histoire d’Israël…

Etonnante cette découverte, non ?

Bon début d’année à vous.

Amicalement.

Catherine

 

Mercredi 16 décembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Je confirme ce que plusieurs internautes m’ont dit suite à la lecture de mon dernier billet, la vie est folle parfois. Pour ceux qui ne l’auraient pas lu, la folie en question est l’histoire d’une maman qui sort de la maternité à 14h30 pour se rendre à 15h, avec son nouveau-né, à l’Eglise, pour assister aux obsèques de sa propre mère, après avoir perdu sa grand-mère la semaine précédente.

Le fait est que ce « coup de folie » a été suivi d’une avalanche de mauvaises nouvelles qui donne à ce temps de l’avent une tonalité morose, tout du moins en ce qui me concerne. On m’annonce en effet des maladies, des opérations chirurgicales et deux reprises de cancer, ce fléau, contre lequel on ne sait comment se prémunir. Une amie qui a repris ses études comme moi à Strasbourg est touchée. Elle a été opérée hier alors qu’elle devait passer des examens à la faculté.

Donc il a fallu absorber toutes ces mauvaises nouvelles en maintenant malgré tout son attention (c’est faisable quand on a la chance d’être en bonne santé, et qu’on a la ferme intention de ne pas laisser progresser le malheur…) pour faire des révisions correctes en vue des examens de cette semaine : un oral d’histoire médiévale, un contrôle en hébreu de deux heures (mon Dieu !) et un questionnaire de dogmatique, où il s’agissait d’être en capacité de répondre à ce genre de questions : Quel sens revêt, dans l’optique de la foi chrétienne, l’affirmation selon laquelle Jésus de Nazareth constitue le visage humain de Dieu ? Ou, plus « sportif » : Quel est l’enjeu sotériologique du refus opposé à une christologie de type monophysite ? 

Heureusement, dans les manuels de théologie il y a parfois (pas toujours), des respirations. J’en ai trouvé une dans l’incontournable manuel d’André Birmelé : l’Horizon de la grâce. A la fin du chapitre consacré à Jésus-Christ, le professeur mais non moins pasteur, a glissé un chant de l’Avent, intitulé Es kommt ein Schiff geladen (il arrive un vaisseau chargé) composé par le théologien et mystique strasbourgeois Jean Tauler (vers 1300-1361), traduit et adapté par la Communauté de Pomeyrol. Ecoutez plutôt :

Il vient vers nous le vaisseau d’or

Plein de dons jusqu’au bord

Il vient, Il vient le fils de Dieu

La Parole éternelle.

 

Au fil de l’eau vient le vaisseau

Sa voile, c’est l’Amour

Au fil des jours et sans détour

Nous vient l’amour de Dieu.

 

L’ancre est jetée, la proue aborde

La grâce a touché terre

Le Saint-Esprit vient en Marie

Et le verbe s’est fait chair.

 

Humble et confiant sur le rivage

Mendiant tendant la main

J’attends du Seigneur le grand Jour

Et j’espère et je crois.

 

Tout est dit de ce beau temps de l’Avent.

Enfin, je crois.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Samedi 5 décembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Alors ça, devoir organiser les funérailles de sa mère alors qu’on est sur le point d’accoucher, je n’ai jamais vu ça !  S’est exclamé Annie, quand je lui ai raconté ce qui arrivait à Aurélie.

Pourtant, Annie en a vu des situations inattendues. Parce qu’elle a déjà vécu longtemps (92 ans), parce qu’elle est issue d’une famille nombreuse, parce qu’elle a exercé toute sa carrière auprès des bébés, en maison maternelle (là où l’on accueillait des mamans en « détresse » avec leur bébé), puis en chirurgie pédiatrique et enfin en PMI (protection maternelle infantile).

Je vous explique : Aurélie vient de donner naissance à une petite Léa, un beau bébé de 50 cm et de 3,5kg, né presque à terme et « facilement ». Seulement voilà, la veille de la naissance, Aurélie a dû organiser les obsèques de sa maman. Elle n’a pas voulu déléguer les démarches, se sentant la force encore de les faire elle-même. L’avant-veille, elle avait passé la journée au service de soins palliatifs pour accompagner sa maman (atteinte d’un cancer généralisé) au terme de sa vie. Tout cela après l’avoir hébergée et soignée chez elle pendant plus d’un an alors qu’elle était si malade, surtout les dernières semaines avant l’ultime hospitalisation.

Ce n’est pas fini. L’avant-veille du décès de sa maman, elle assistait aux obsèques de sa grand-mère (maternelle).

Annie est soucieuse pour Aurélie, mais plus encore pour son bébé qui arrive au monde dans des circonstances si particulières. Elle sait qu’un nouveau-né est tout à fait capable de percevoir toutes les émotions de ceux qui s’occupent de lui, comme leurs inquiétudes. Elle sait aussi qu’ils sont plein de ressources, même lorsque les circonstances de leur venue au monde sont compliquées, à condition que l’on prenne en compte leurs réactions en faisant preuve d’empathie. Pour ma part, j’espère qu’Aurélie et son bébé bénéficieront d’un soutien psychologique, et pas uniquement médical, de la part du personnel de la maternité.

Ma fille, la future marraine du bébé, passe quant à elle par toute la palette des sentiments : la joie, la tristesse, la colère face à une situation de la vie perçue (à juste raison) comme « cruelle », et enfin la peur qu’Aurélie ne soit jamais pleinement heureuse… Annie, sa grand-mère essaie bien de temporiser ces réactions, mais elle a assez peu d’arguments, en dehors de sa propre consternation. Il faut vivre ça…dit-elle.

Quant à moi, je suis profondément admirative devant le courage dont a fait preuve Aurélie pour tenir le cap face à tous ces évènements si rapprochés et si denses en émotions.

Ceci dit, quelles que soient les circonstances, la venue au monde d’un enfant est toujours une très grande joie.

Bon temps de l’Avent à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Vendredi 27 novembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Génération Bataclan. C’est celle de mon fils.

Il m’a dit qu’il connaissait ce groupe de Rock, les Eagles of Death Metal (un groupe très « humour, sexe et rock » selon les amateurs) pour être allé les écouter aux Eurockéennes de Belfort.

Il m’a lu (et a fait partie de ceux qui ont relayé) ce message qui a circulé sur les réseaux sociaux après les attentats parisiens et qu’il a trouvé formidable,  un commentaire d’un américain anonyme posté sur le site du New York Times qui dit : "La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent : la jouissance de la vie ici, sur terre, d'une multitude de manières : une tasse de café qui sent bon, accompagnée d'un croissant, un matin ; de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue ; l'odeur du pain chaud ; une bouteille de vin partagée avec des amis, quelques gouttes de parfum, des enfants jouant au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en aucun Dieu, de ne pas s'inquiéter des calories, de flirter et de fumer, de faire l'amour hors mariage, de prendre des vacances, de lire n'importe quel livre, d'aller à l'école gratuitement, de jouer, de rire, de débattre, de se moquer des prélats comme des hommes et des femmes politiques, de remettre les angoisses à plus tard : après la mort.
Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France.
Paris, on t'aime. Nous pleurons pour toi. Tu es en deuil ce soir, et nous le sommes avec toi. Nous savons que tu riras à nouveau, et chanteras à nouveau, que tu feras l'amour, et que tu guériras, parce qu'aimer la vie fait partie de ce que tu es. Les forces du mal vont reculer. Elles vont perdre. Elle perdent toujours." Blackpoodles -  Santa Barbara.

Il m’a raconté (en censurant bon nombre de détails que je ne veux pas connaître) ces vidéos qui circulent sur le net et qui mettent en scène les terroristes de Daesh. A la fin de son récit, il a pris sa tête dans ses mains en disant « mon Dieu ». Parce que face à l’inattendu,  lorsque la raison et l’expérience ne sont d’aucun secours, c’est l’expression qui vient à l’esprit (d’un peu tout le monde).

Il m’a expliqué que jamais il ne se laisserait convaincre par ce type de message intégriste, qu’il soit religieux ou politique, ni  par aucun discours sectaire. Il pense pouvoir reconnaître tout type de manipulation. Je le trouve bien sûr de lui…

Il se moque des « barbus », en particulier de ceux de son âge, qu’il croise dans certains quartiers de la ville où il réside. Il ne les prend pas au sérieux et rit de ce qu’il nomme un « accoutrement ». Là, je lui rappelle à chaque fois qu’il dérape. Et là, c’est moi qui pense « mon Dieu ».

Je me dis que le « barbu » et mon fils ont peut être un point commun : celui d’en être resté au stade d’une précompréhension de Dieu. Ce qui n’est pas sans danger…

Vous ne croyez pas ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Lundi 16 novembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Me voici empêchée d’aller travailler. Sur ordre de Monsieur le Recteur, qui a annulé, pour une durée d’une semaine ( ?!), toutes les formations et séminaires (très nombreux en cette période de l’année) destinés aux professeurs afin que ceux-ci rejoignent leur établissement et restent auprès de leurs élèves. Je me suis demandé pendant quelques instants si j’allais obéir à cet ordre. Je ne vois pas pourquoi je ne serais pas, moi aussi, auprès de mes « élèves » fussent-ils des adultes, à faire mon travail. Pourquoi eux, les professeurs, n’auraient tout à coup plus besoin de leur formation ? Qu’est- ce qui justifie la présence de TOUS les professeurs auprès des élèves (de collèges et de lycée) ?

Une absence pour formation est toujours prévue à l’avance, et fait du bien en général, au professeur et à ses élèves. C’est une bouffée d’oxygène  pour tout le monde dans l’emploi du temps, et de l’oxygène (comme du temps), on en a bien besoin en période de stress. Que les chefs d’établissement et CPE (conseillers principaux d’éducation) soient réquisitionnés, je le comprends (à la rigueur), mais l’ensemble des professeurs, non, il me semble que la mesure est excessive. On sait aussi par ailleurs que trop de sollicitation en terme de verbalisation suite à un traumatisme peut être nuisible. Faire verbaliser et écouter est important, mais dans une juste proportion.

Seulement voilà, je n’allais pas rester seule dans une salle vide et mettre en difficulté, par une quelconque attitude d’opposition,  la jeune chargée d’accueil  qui me renvoyait (très cordialement) dans mon établissement et qui devait (en l’absence de toute direction dont c’était normalement la tâche…) relayer les ordres. Alors je suis repartie à mon bureau.

En chemin, j’ai consulté ma messagerie où un mail de Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg apparaissait. La décision était tout autre. Malgré ce qu’il a nommé « le choc et la douleur », et la vague émotionnelle qu’on imagine (la communauté universitaire strasbourgeoise compte  en effet certains de ses membres parmi les victimes des attentats…), le Président a décidé la poursuite de l’ensemble des activités de l’Université, dès le lendemain du drame et pour tous les jours à venir. Une décision qui s’accompagne en parallèle, du déploiement du plan de sécurité Vigipirate et de l’organisation d’un temps de recueillement ce matin.

Quelle belle décision me suis-je dit. Je crois que c’est une forme de résistance que de continuer à faire, en pareille situation,  ce qu’on a à faire (quand on n’est pas concerné directement bien-sûr…), et de ne pas rajouter de l’émotion là où il y en a déjà suffisamment.

Absorbée par ces réflexions, j’ai pourtant oublié la minute de silence. Mais ce n’est pas grave car j’ai fait silence toute la matinée…

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

Vendredi 6 novembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Tradition oblige, nous nous sommes rendus sur les tombes familiales le jour de la Toussaint. Mais auparavant, comme une messe était donnée en mémoire de mes beaux-parents décédés tous les deux l’an passé, nous nous sommes arrêtés en l’Eglise St Thérèse de Villers-lès-Nancy.

C’est toujours troublant de se retrouver dans une ville, un quartier, une maison où des proches disparus ont vécu. On cherche inconsciemment leur présence dont on ne perçoit plus que des traces : objets du quotidien, photos, souvenirs évoqués par l’entourage.

Une trace sensible de mes beaux-parents, j’en ai perçu une  lors de la célébration qui leur était dédiée, en la présence, dans l’assistance, de nombreuses personnes handicapées. Ma belle-mère (une sainte) s’est occupée durant toute sa vie, et dans la plus grande discrétion, d’handicapés. Il y a eu, de connus, une paralytique grabataire à qui mon beau-père, fidèle assistant de ma belle-mère, a fabriqué des couverts sur mesure. Il y a eu Jeanne, une aveugle sans famille, dont elle entretenait le linge et qui est devenue l’amie de la famille ; le Père Denis, atteint de paranoïa (il pensait que le jardin de nos parents était équipé d’écouteurs…) , qui venait lui réclamer des travaux de couture des plus farfelus (tunique sur mesure bleu-blanc-rouge pour un lévrier qui faisait des courses de chien, oreiller absorbant la transpiration pour les crises d’angoisse nocturnes et j’en passe) et qui venait s’épancher auprès d’elle et lui demander conseil (grâce à elle, le nombre des séjours en psychiatrie du Père Denis a été considérablement réduit je pense). A cette liste s’ajoutent les nombreux malades qu’elle a accompagnés à Lourdes.

Or, la présence des handicapés poursuit ma belle-mère par delà la mort. Le jour de son enterrement, le prêtre qui a présidé la célébration était bègue. Dimanche dernier, lors de la messe donnée en sa mémoire, c’était l’un des servants d’autel qui était atteint de surdité. Le chef de chœur, une femme, qui était soliste également, a assuré toute la traduction de la messe en langage des signes. Comme elle était sur les marches devant l’autel, elle captait l’attention, tout autant que le célébrant, brillant orateur au demeurant.

Ce n’est pas tout. Dans l’assemblée, à certains moments, comme à la fin des prières ou lors de la fraction du pain, un participant poussait une sorte de cri, ou proclamait un « amen » très fort. Un sourd peut-être qui ne maîtrisait pas bien le ton de sa voix, ou alors un handicapé mental peut-être.  Enfin, dans le banc, tout devant, il y avait un couple qui évoquait plus le handicap « social » comme il est habituel de le nommer, ou encore la marginalité.

Ils sont bien là, tous, ce jour-là (et pas par hasard, ce n’est pas possible, ou alors le hasard fait étonnamment bien les choses) me suis-je dit, alors qu’on évoque la mémoire d’Andrée et de son époux. En tout cas cette célébration était parfaitement à son image (alors qu’aucun préparatif n’avait été fait en ce sens).

Il existe, je crois,  des formes de communion par delà la mort.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Mercredi 28 octobre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Vous avez été quelques-uns (quelques-unes en fait) à m’écrire suite à mon billet sur la femme créée pour être une aide de l’homme (pas une aide-ménagère mais plutôt un secours) dans le livre de la Genèse, non pas pour discuter le propos mais pour vous inquiéter (ce qui m’a étonnée) au sujet de mon emploi du temps, qui vous semble (à juste titre) surchargé.  C’est le billet précédent qui a dû alerter certaines parmi vous, celui où je raconte un dimanche un peu animé…

Ces lectrices m’ont demandé « comment j’arrivais à tout faire », sous-entendu, mon travail, les tâches ménagères, les études, l’écriture, l’aide au devoir (pour le supérieur…). Alors que les choses soient claires, je n’y arrive pas. Et il y a un grand sacrifié dans l’affaire : c’est le ménage justement. Il passe après tout le reste, donc, très souvent il n’est pas fait. Ou alors à la va-vite. Les vitres sont totalement négligées. Parfois, j’ai honte quand le soleil donne. Mon mari attrape souvent l’aspirateur (le saint homme…) pour m’aider, mais ce ne peut pas toujours être à son tour…

Une stratégie consiste à faire deux choses à la fois : cuisiner et écouter un cours biblique par exemple. A ce propos, j’ai écouté celui de Michael Langlois (dont je vous ai déjà parlé) sur Exode. J’aime bien ce professeur car il propose des lectures renouvelées de certains épisodes bibliques. Lorsqu’il commente Exode, il s’arrête sur l’épisode dit du Veau d’or. J’avais une vision assez radicale de ce passage : le rejet de Yahvé  par les hébreux. Une remise en cause « théologique » en quelque sorte.  Or, après avoir entendu notre professeur, ma vision des choses a un peu évolué. Il nous a fait remarquer que l’épisode du Veau d’or est placé entre deux passages, similaires au demeurant, qui traitent des instructions divines concernant l’organisation du culte. Tout y est décrit : les plans de la « demeure », la nature de l’huile pour les chandeliers, la consécration des prêtres et leurs vêtements, les holocaustes quotidiens etc. Ensuite il nous a fait remarquer que, dans le contexte de l’histoire, les hébreux se trouvent doublement abandonnés : ils ne savent pas si Moïse, qui est parti prendre en note les instructions divines pendant 40 jours, va revenir auprès d'eux, (il faut souligner que les instructions en question sont très détaillées puisqu’on connaît jusqu’à la matière avec laquelle les caleçons des prêtres sont faits, à savoir le lin), quant à Aaron, il reste assis en attendant (puisque le peuple lui demandera de se lever). Or, c’est un peuple très religieux et il souhaite célébrer. Mais il est sans guide et sans instruction. Donc, il se fabrique le fameux Veau d’or, qui doit simplement soutenir la divinité, à l’image de ce que font les peuples environnants. En fait, et c’est là-dessus que notre professeur a insisté, les hébreux font surtout tout seul, sans Dieu, sans ses instructions, leur propre liturgie. Ce qui aura pour effet de les détourner de Yahvé même si ce n’était pas forcément l’intention de départ. La question de départ étant plutôt « comment et avec quoi célébrer » que « qui est notre Dieu ». Mais la liturgie et la théologie sont liées…

En résumé, faire sans Dieu,  autrement dit sans tenir compte de sa Parole, ce serait ça « le problème » récurrent dans la Bible...

Belle Toussaint à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Lundi 19 octobre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Grozdana vient d’obtenir son diplôme, un titre professionnel d’agent de stérilisation. C’est grâce à des personnes comme elle que vous êtes opéré avec des instruments propres et stériles quand vous êtes à l’hôpital. Elle a obtenu son diplôme par la voie de la VAE ou Validation des Acquis de L’Expérience, la 4ème voie d’accès au diplôme (après l’école, l’apprentissage et la formation), une voie réservée aux adultes ayant  appris « sur le tas ».

Grozdana a surtout battu un record de durée : elle a mis 3 ans pour obtenir son diplôme (la durée moyenne étant de 9 mois). Donc j’ai suivi son parcours pendant 3 années, un parcours fait de difficultés inattendues, de rebondissements,  de progrès et finalement de réussite.

Dès le début, Grozdana s’est montrée très investie et déterminée. Toujours assidue au rdv, elle progressait vite dans la démarche. Mais un matin, j’ai reçu un appel téléphonique,  Grozdana avait passé la main sous la lame de sa tondeuse, elle venait d’être opérée et elle était en arrêt de travail pour plusieurs semaines. Elle m’a demandé de suspendre la démarche car elle n’avait pas « la tête à ça », ce qu’on peut comprendre. Je me suis même demandé si elle allait pouvoir reprendre son poste où le travail exige une certaine dextérité.

Ce fut le cas, elle a pu reprendre son travail et sa VAE. Mais, une nouvelle difficulté a surgi : ce qu’on appelle dans mon métier le « passage à l’écrit ». Parler de son travail  n’est pas forcément une chose aisée, car on n’a pas présent à l’esprit tout ce qu’on peut faire dans son activité professionnelle. L’exprimer à l’oral est déjà une étape à franchir. Mais après, il faut être en capacité de l’écrire car le dossier de preuves (de l’activité) présenté au jury sera un document rédigé par le candidat. Or, le français était une langue étrangère pour Grozdana qui est arrivée en France à l’âge adulte (elle était cuisinière en Croatie). Elle parle bien le français mais elle ne maîtrise pas l’écrit. Alors je lui ai proposé de transcrire moi-même tout ce qu’elle m’expliquait de son travail oralement. Elle a accepté au début, puis quand elle a eu compris la méthode, elle a voulu non seulement faire seule, mais apprendre, comme elle disait, à écrire le français « en même temps ». Moi j’étais  chargée de l’aider à formuler et à comprendre les règles d’orthographe et de grammaire. Quel combat ! Le pire je crois a été la différenciation des sons : les « u » et « ou » (qu’elle lisait de la même manière « ou »), les « é », « è », « ai », et toutes les diphtongues… C’est à ce moment que Grozdana s’est mise à culpabiliser d’avoir tant grondé ses enfants lorsqu’ils n’avaient pas de bonnes notes en français à l’école. Elle ne savait pas que cette langue (elle qui connaît le serbo-croate et le russe) était si difficile…

Il lui était possible de présenter au jury un texte manuscrit, mais Grozdana a bien perçu qu’un document dactylographié était plus apprécié, alors elle s’est équipée d’un ordinateur portable et d’un traitement de texte qu’il a fallu dompter. C’est à ce moment que nous avons négocié une prolongation de ses heures d’accompagnement. ..qu’il a fallu doubler !

C’est dans la même période que Grozdana m’a annoncé qu’elle changeait de nom. Je veux dire de patronyme, pas simplement de nom d’usage. Alors, il a fallu gérer ce changement au niveau de son inscription administrative.

Puis Grozdana a à nouveau fait une interruption le temps de retourner dans son pays pour se faire poser des implants dentaires. Elle est revenue avec une dentition toute neuve et a achevé son dossier.

Enfin elle a rencontré son jury, en visioconférence depuis Toulouse, un jury de professionnels de la « sté », dont un pharmacien, auprès de qui elle a fait forte impression.

Quelle patience il a fallu à Grozdana (et à moi aussi un peu), pour en arriver là.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Dimanche 11 octobre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous 

Lors de sa Traversée de la bible, Michael Langlois, notre professeur d’Ancien Testament (dont je vous parlais déjà la semaine dernière) s’est longuement arrêté sur un passage de la Genèse, un passage du  second récit de la création précisément.  Il a pris le temps en effet de corriger une vision par trop misogyne de la création de la femme.

Au verset 18 du chapitre 2 de la Genèse, il est en effet écrit ceci : Le Seigneur dit : « il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée ». Le professeur s’est arrêté sur le mot « aide », un mot qui peut être connoté de manière péjorative, tout du moins dans notre contexte actuel. J’ai été un peu étonnée sur le coup, mais à la réflexion, ce n’est pas faux. Dans notre culture, lorsqu’on associe les deux mots « femme » et «aide », on pense vite à « aide-ménagère », « aide à domicile », un métier essentiel mais peu valorisé et valorisant, c’est vrai. Malheureusement, mais ça c’est un autre débat.

Or, pour notre professeur, c’est clair qu’il n’est pas question de ménage, ni de tâches domestiques quand Dieu crée une « aide » à l’homme. Pour nous le démontrer, il est revenu au sens du mot hébreu « ézer» qui est traduit par le mot «aide ». Pour notre professeur, « ézer » signifie « porter secours ». Ce mot est employé à maintes reprises dans la Bible, dans les psaumes par exemple. C’est le mot qui est utilisé lorsque Dieu lui-même porte secours (ou apporte son aide)  à son peuple ou à un individu. Il n’est clairement pas question de tâche domestique ou ménagère, c’est beaucoup plus fort, c’est vital…

Pour Michael, Dieu, en créant la femme, crée un être qui vient au secours de l’homme, « au secours de son insuffisance, parce qu’il n’est pas heureux, pas complet » a-t-il précisé. Il en va donc du bonheur de l’homme, et pas de l’entretien de son lieu de vie ou de la confection de ses repas.

Personnellement, je n’avais pas cette représentation limitée de la femme comme « aide ménagère» de l’homme. Mais si un professeur (jeune) le précise à ses étudiants (encore plus jeunes), c’est que ça doit être nécessaire, et que des interprétations plus ou moins misogynes perdurent, y compris à la faculté…

Etonnant non ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Dimanche 4 octobre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Ce dimanche n’a pas été véritablement un jour de repos comme il aurait dû l’être. Mon étudiante est rentrée samedi soir avec son gros sac de linge sale (qui devait être prêt, c’est-à-dire lavé, repassé, plié, pour le dimanche après-midi) et une dissertation (à rédiger dans le même délai).

Alors pendant que le lave-linge tournait, nous avons philosophé. Sur le thème de la passion, plus précisément de la passion amoureuse. Nous avons discuté ce propos de Pascal : la passion amoureuse ne peut pas être belle sans excès. Et ce à partir des trois œuvres imposées par le programme (et qui furent nos lectures de l’été) : La Cousine Bette de Balzac (que j’ai relue avec plaisir, ce qui m’a étonnée,  à raison de 50 pages par jour à la manière d’un feuilleton, comme l’œuvre avait été composée au départ d’ailleurs), Andromaque de Racine et la Dissertation sur les passions du philosophe Hume. On a essayé de montrer que, effectivement, la passion amoureuse était par essence excessive.  Que ses effets, s’ils pouvaient être « beaux » et faire  grandir (dépassement de soi, créativité), pouvaient à l’inverse, être destructeurs (paresse, dilapidation des biens), voire faire perdre la raison (vengeances, meurtres, les exemples, que ce soit dans La Cousine Bette ou Andromaque abondent en ce sens). Tout en veillant à ne pas tomber dans une vision trop pessimiste de la nature humaine à laquelle auraient pu nous conduire tant la tragédie de Racine que le roman de Balzac, sans parler de l’ouvrage du philosophe écossais, qui se veut défendre les passions humaines mais qui au travers des exemples choisis en fait un tableau assez sombre. Déjà que le moral et l’humeur de ma fille ne sont pas au meilleur en raison des conditions dans lesquelles elle étudie (en classe préparatoire), je veille à ne pas assombrir encore plus sa vision de la vie et surtout à alléger sa tâche : je fais quelques recherches sur le sujet au préalable, nous cherchons les idées ensemble, puis on bâtit le plan détaillé. Nous rédigeons ensemble l’introduction, ensuite elle fait seule la dissertation, et je rédige seule la conclusion (elle apprécie…).

Pendant qu’elle rédigeait sa dissertation  (ce qui est très long car ma fille a un esprit scientifique et quand on lui donne comme consigne que les parties doivent être « équilibrées », elle cherche un équilibre quasi au mot près, elle compte les lignes…), j’ai fait le repassage. Pour ne pas repasser « idiot », j’ai écouté La traversée de la Bible de Michael Langlois. Michael Langlois est professeur de langues anciennes et d’Ancien Testament à la faculté de théologie de Strasbourg. Il est un spécialiste de Qumrân. Sur le site internet qui porte son nom, à la rubrique DOC, il propose (tout en bas de la page) un cours intitulé « La traversée de la Bible ». Le principe est le suivant : vous lisez avant le cours le passage biblique concerné, exemple Genèse (un livre où les comportements peuvent être parfois très passionnels…), et ensuite vous écoutez le cours en format mp3 (audio). C’est un cours libre et informel, hors programme, ouvert à tous, que le professeur donne à la faculté. Si vous suivez le rythme, en 24 semaines, vous pouvez avoir lu ainsi de manière accompagnée, tout l’Ancien Testament. J’aime beaucoup écouter Michel Langlois. Non seulement il est passionné (il travaille le dimanche) et érudit, mais il est aussi un excellent professeur et un grand communicant. C’est lui qui met ses cours sur YouTube (enfin, ceux que la faculté l’autorise à mettre…). J’ai donc écouté son commentaire de la Genèse. Je connaissais beaucoup de choses, mais avec ce professeur on fait toujours tout un tas de découvertes car il fait des digressions, à partir d’un nom, « Hénoch » par exemple (le grand-père de Noé) et le livre qui porte son nom dont il est un spécialiste. Vous savez ce livre présent dans les Bibles éthiopiennes, mais pas dans la nôtre bien que le Nouveau Testament y fasse référence.

Bon, tout a été réalisé dans les temps, le repassage, la dissertation sur les passions, j’ai pu écouter le cours jusqu’au bout malgré les nombreuses sollicitations de ma fille pour sa rédaction (car je suis son dictionnaire des synonymes…).

Quand elle a été partie, j’ai fait la sieste.

Bonne semaine à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

Dimanche 27 septembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Etudes obligent, me voici plongée dans l’histoire du Moyen-âge. Les manuels de Nouveau Testament de l’année passée ont laissé place aux ouvrages de l’Atelier du médiéviste. J’ai dû élaborer quelques fiches, avec des dates comme jalons, histoire de mieux me repérer dans les dix siècles que recouvre le Moyen-âge, et de remettre dans l’ordre les carolingiens et les capétiens. Mais plus que l’histoire des dynasties ou des conflits, c’est l’histoire de la vie quotidienne qui m’intéresse. Et alors là, en matière d’étonnement, je suis servie, en particulier depuis que j’ai un peu exploré comment se passaient les unions entre les hommes et les femmes à cette époque et que j’ai débuté la lecture de l’ouvrage de l’historien Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre un livre qui traite de l’institution du mariage au XIème et XIIème siècle.

En matière de mariage, à cette période,  point de sacrement comme l’entend l’Eglise catholique, tout du moins pas avant 1215 et le concile de Latran (c’est tard…). Et jusqu’à une date avancée, point de « passage à l’Eglise », de bénédiction ou rites religieux, seuls existaient des rites profanes. Si des religieux assistaient aux noces, il n’y avait pas pour autant de liturgie particulière pour l’occasion.

Un roi pouvait être bigame, je veux dire « officiellement » bigame. Comme Philippe 1er  (1060-1108), qui après vingt ans de mariage et un enfant, écarte son épouse Berthe qu’il enferme dans un domaine, pour épouser Bertrade, déjà mariée elle aussi et mère de deux enfants et avec qui il aura trois autres enfants (les familles recomposées ne datent pas d’aujourd’hui…). Tout cela avec, à défaut de bénédiction nuptiale ou de sacrement, l’approbation de l’Eglise du royaume, mais pas de toute l’Eglise, car le roi aura contre lui l’Evêque de Chartre, Yves, et le Pape.

J’ai découvert aussi que le rapt, c’est-à-dire l’enlèvement de la future épouse (ou concubine), était une pratique encore très répandue au Moyen-âge et pas uniquement dans l’Antiquité comme je le croyais. A ce sujet par contre, l’Eglise était unanime pour s’opposer vigoureusement à cette pratique. Il est vrai que cet acte, qu’il soit consenti ou subi, était une brutalité et surtout il déclenchait très souvent un déferlement d’actes violents comme des représailles ou des actes de vengeances entre familles. L’Eglise s’est battue pour exiger le consentement mutuel (non pas des conjoints, c’est encore trop tôt) mais au moins des familles et encourageait le mariage comme cadre garantissant la paix sociale entre les communautés.

J’ai découvert aussi que l’Eglise était très tolérante vis-à-vis du concubinage qui était une pratique courante à l’époque. Plus anciennement encore, elle l’avait reconnu valide, en 398, au concile de Tolède. Or chez les francs subsistaient deux manières de prendre femme, les épousailles et le concubinage. Il arrivait qu’un homme ait d’abord une concubine, et des enfants avec elle, puis qu’il prenne une épouse, alors il abandonnait la concubine dont les enfants étaient déshérités. L’église tolérait ces pratiques communes à l’époque mais a progressivement désigné le mariage comme mode d’union matrimoniale unique, à partir du Xème siècle, idée qui a été bien reçue dans les milieux pauvres, mais beaucoup moins bien à la tête des royaumes ou dans la chevalerie où la préoccupation première était celle de la transmission des biens ou du pouvoir à tout prix.

Les débats dans l’Eglise sur le mariage, les divorces, les remariages, ne datent donc pas d’aujourd’hui…

Amicalement comme toujours.

Catherine

Jeudi 17 septembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

J’ai beaucoup d’admiration pour Annie, une proche parente qui va fêter dans quelques jours ses 92 ans.

Annie a décidé il y a 2 ans de changer de vie. Elle a pris la décision de se rapprocher de ses enfants et petits-enfants. Mais pour cela, il fallait quitter son village natal, vendre le pavillon qu’elle avait fait construire 40 ans auparavant, rechercher un logement  adapté à ses besoins, quitter son entourage (qui diminuait telle une peau de chagrin…), déménager en passant d’un F5 à un F1. Puis réaménager un logement, s’adapter à un nouvel environnement, tisser de nouvelles relations.

Annie a opté pour un foyer-logement. Cette formule se révèle à l’usage parfaitement adaptée. Annie loue en effet un studio dans lequel elle est  indépendante tout en bénéficiant de services qui facilitent la vie d’une personne très âgée : restaurant le midi (optionnel), garde jour et nuit, intervention d’une aide-soignante (si besoin), d’un service technique (quand la porte de la vieille armoire lorraine ne s’ouvre plus). Au logement s’adjoint, et le terme est important, un « foyer », avec tout ce à quoi renvoie le mot: la chaleur, la protection, une vie « familiale ». Grâce à un encadrement professionnel, à des activités de qualité, et à la bonne volonté des résidents, le foyer est effectivement un vrai lieu de vie, où des relations peuvent s’établir, des  liens se tisser, de l’entraide et de la solidarité se développer. Attention, ce n’est pas tout rose, et pas sans tension, entre résidents ou entre professionnels. Preuve que c’est un lieu bien vivant.

Annie se sent en sécurité dans son logement alors qu’elle avait peur auparavant,  isolée dans sa grande maison.  Son espace de vie est réduit mais les soucis d’entretien le sont aussi, et elle a gagné en autonomie (et au plan financier) car elle n’a plus besoin d’aide extérieure.  Elle  s’entretient physiquement en allant au cours de gymnastique adaptée et en participant à la promenade hebdomadaire, et intellectuellement, en participant à l’atelier « mémoire » et en jouant au scrabble. En sécurité, libérée d’un tas de contraintes et bien entourée, elle a repris toutes sortes d’activités qu’elle avait abandonnées. Comme la lecture, les excursions qu’elle adorait mais auxquelles elle avait renoncé trop accaparée dans son ancien logement par des soucis matériels, et même le tricot, qu’elle a abandonné il y a 15 ans et auquel elle veut à nouveau s’adonner. Un bébé s’annonce dans la famille et « il faut » faire de la layette. Elle m’a demandé de lui apporter de la laine pour faire un échantillon (elle craignait ne plus savoir tricoter). L’essai  a été concluant, en revanche mes catalogues de layette ne conviennent pas parce que « trop vieux ». Je dois l’accompagner dans un magasin spécialisé pour trouver un modèle « moderne ».

Et puis j’oubliais, elle s’occupe de ses enfants (pour qui elle fait du repassage toutes les semaines) et de ses petits enfants avec qui elle va manger « au grill » des steaks-frites et qu’elle réconforte (à coup de crêpes-party) quand ils ont des peines de cœur…

Quelle santé, et quelle persévérance dans la vie ! Qui m’étonneront toujours.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Mercredi 9 septembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Lors du week-end d’intégration à la faculté de théologie de Strasbourg, j’ai eu l’occasion de faire ce qu’avec d’autres apprentis théologiens nous avons appelé du « tourisme liturgique ».

Le tourisme liturgique consiste à visiter, à l’occasion d’une célébration dominicale, une autre Eglise que celle que l’on fréquente habituellement, parmi les différentes confessions protestantes (nombreuses à Strasbourg).

Avec trois autres acolytes, un franco-allemand catholique  devenu évangéliste (de l’Eglise évangélique d’Allemagne qui est différente de nos évangélistes français), une réformée (comme moi) d’origine malgache et un luthérien, nous avons choisi de nous rendre à l’Eglise luthérienne St Pierre le jeune, dans une paroisse réputée « high Church », autrement dit pas « trop » réformée.

Nous sommes arrivés dans la précipitation, craignant être en retard (car nous nous sommes d’abord égarés du côté de L’Eglise Saint Pierre le jeune catholique où on nous avait malencontreusement orientés alors que nous cherchions notre chemin), avec nos valises à roulettes qui faisaient du bruit sur les pavés, et nos sacs à dos. C’est un pasteur en robe noire (donc un réformé) qui nous a accueillis sur le parvis si bien que l’on a cru s’être encore trompé d’Eglise. Mais un autre célébrant s’est présenté à nous, intrigué par notre petite troupe, habillé comme un prêtre, si bien que nous n’y comprenions plus rien. Mon ami franco-allemand a mis les pieds dans le plat en le saluant et il lui a dit :

- vous êtes habillé comme un prêtre catholique…

- prêtre catholique, oui, mais pas romain…

Nous avions bien affaire au pasteur luthérien qui allait concélébrer le culte avec le pasteur réformé (les pasteurs ne manquent pas apparemment en Alsace…).

Je ne connaissais aucun chant. Mes acolytes non plus. En revanche, j’étais à l’aise lorsque qu’il fallait faire les réponses lors des temps de dialogue entre le pasteur et l’assemblée, car je les connaissais du fait de ma pratique en milieu catholique. Les dialogues étaient en effet semblables, à quelques détails près. La dame assise devant moi s’est tout même retournée quelques fois pour m’observer car certaines de mes réponses n’étaient pas tout à fait adaptées…

La Sainte-Cène était très étonnante. On s’est mis en rond autour de l’autel (comme les réformés), on a mangé une hostie (comme les catholiques) et on a bu directement dans la coupe de vin, les uns après les autres (comme les réformés dans mon enfance). Puis nous avons salué la personne la plus proche de nous. Là, c’était sans filet pour moi car je n’ai pas entendu ce que les uns et les autres se disaient. C’est un « la paix du Christ » bien catholique qui m’est venu à l’esprit et qui a visiblement surpris la dame que j’ai saluée.

A la fin de la célébration, mon ami évangéliste, embarqué par cette liturgie aux accents catholiques a fait le signe de croix !

On nous a pris pour des catholiques (un peu pieds nickelés), c’est sûr, un comble pour des réformés-évangélistes.

Puis, à la sortie, filtrée par les deux pasteurs, il a fallu donner quelques explications. Qui on était, ce qu’on faisait à Strasbourg avec nos valises, les convaincre qu’on était bien des étudiants en théologie même si on n’en avait pas l’air (l’âge plutôt), et surtout dire pourquoi on faisait ces études. J’ai laissé mes amis expliquer qu’ils voulaient devenir pasteur ou prédicateur laïc et j’ai cherché le baptistère où Charles de Foucault avait été baptisé. C’était au temps où catholiques et protestants partageaient le même lieu de culte.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

Mardi 1er septembre 2015

Amis de Murmure, bonjour à tous

Heureuse de vous retrouver sur Murmure en ce jour de rentrée.

Je rentre de Strasbourg où je me suis sauvée le temps d’un week-end. Et quel week-end !  Celui des étudiants en EAD (enseignement à distance) de la faculté de théologie protestante. Ce week-end dit « d’intégration » est très intense car en 48h, vous faites votre inscription administrative, pédagogique, vous assistez à des cours matin et après-midi,  vous commandez vos livres à la librairie Oberlin, rencontrez d’autres étudiants, et des professeurs. A cette liste déjà longue d’activités, s’ajoutent les temps conviviaux : une partie de foot (après un cours d’hébreu de 3h30), un barbecue, sans parler du repas de clôture du dimanche midi  (flammeküeche à volonté et vacherin glacé) pris dans un caveau au pied de la cathédrale (qui fête son millénaire).  Et entre le cours de théologie systématique du dimanche matin et les flammeküechen, nous avons inséré un temps de  « tourisme liturgique » comme l’a appelé un étudiant. Mais ça, je vous en reparlerai…

Vous l’avez compris, j’ai décidé de poursuivre cette année encore des études de théologie. Non sans une certaine appréhension, car si j’ai bien réussi l’année dernière en sciences bibliques, grec et théologie pratique, il me reste cette année des disciplines difficiles (a priori) et que j’avais intuitivement écartées à savoir : l’hébreu, la théologie systématique et les disciplines historiques. En histoire, le cours va porter sur le christianisme au Moyen-âge. Ce qui va nécessiter pour moi, de sérieuses révisions en histoire du Moyen-âge tout court… Avant de pouvoir me préoccuper du christianisme en ce temps là.

Ceci dit, je prendrai peut-être goût à cette matière, chemin faisant, comme c’est le cas pour l’hébreu qui m’effrayait au départ et qui maintenant me plaît beaucoup. La première grande difficulté lorsqu’on aborde cette langue est la lecture de ses caractères carrés, étranges pour nous habitués à l’alphabet latin. Pour faciliter cet apprentissage, je suis passée par l’écriture. Comme les enfants à l’école, j’ai tracé les caractères (en majuscule uniquement,  heureusement, nous ne sommes pas obligés d’apprendre l’écriture cursive car dans ce cas, l’apprentissage aurait été beaucoup plus long) sur un cahier, un peu chaque jour, pendant mes vacances (c’est tout aussi déstressant que les coloriages pour adultes). Résultat : je parviens aujourd’hui à déchiffrer les mots en hébreu. Bon, je lis comme un enfant du cours préparatoire, mais j’ai une marge de progression. J’ai même commencé à lire quelques passages bibliques : le livre de Jonas et les premiers versets de la Genèse.

Mais le plus étonnant je crois, aura été la toute première heure d’hébreu avec notre jeune professeur israélien qui s’est adressé à nous dans sa  langue maternelle et nous a fait discuter tout débutant que nous étions ! Si bien qu’aujourd’hui, je sais dire comment je m’appelle en hébreu, je sais saluer mon interlocuteur, lui demander s’il est professeur ou étudiant…  En procédant ainsi, notre professeur nous a fait prendre conscience que l’hébreu, bien qu’étant la langue de l’Ancien Testament,  était une langue toujours bien vivante !

Bonne rentrée à vous. 

Amicalement comme toujours.

Catherine

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