A CONTRESENS

 

2014-2015

 

BROSSE A DENT INTELLIGENTE. 

 

Ah ! Quel bonheur d'utiliser une brosse à dent intelligente.

Depuis que j'ai acquis ce genre de robot, ma bouche sourit à pleines dents ; quand l'heure de la toilette arrive, ma brosse à dent diffuse une musique entraînante, je la prends en main et toutes les 30 secondes, elle me signale qu'il faut changer de quadrant. En effet, en ce qui me concerne, le brossage doit s'effectuer de haut en bas et de gauche à droite ; c'est elle qui a élaboré ce plan impératif après analyse de ma morphologie dentaire. Quand j'appuie trop fort sur le manche, un détecteur de pression interrompt les pulsations et envoie un léger picotement réprobateur. Suprême invention technologique, quand elle est au repos, elle indique l'heure mais pas quand elle est en activité, carence que le prochain modèle va combler, sans aucun doute....

 

Ma brosse à dent vient de m'appeler sur mon portable pour me prier d'insister davantage sur les incisives car la plaque dentaire n'est pas complètement éliminée ; ses injonctions me déplaisent et si elle continue ainsi, je sens que j'aurai bientôt une dent contre elle. Soudain, un message clignotant s'affiche sur ma tablette  : « La dent n° 25 donc la deuxième prémolaire supérieure gauche contient un amas de bactéries anormalement élevées essentiellement des lactobacillus pouvant provoquer une gingivite et, si aucun traitement n'est administré très rapidement, une parodontite peut se déclarer ». Immédiatement, le numéro de mon dentiste apparaît. Je laisse tomber car je n'aime pas aller chez le dentiste. Le lendemain, après le brossage, nouvel avertissement : « Tu n'es pas allé chez le dentiste, les bactéries se développent en particulier des streptococcus mutants , la dentine est attaquée ». Chaque jour, une annonce de plus en plus terrifiante : « La carie va gagner la pulpe dentaire, va chez le dentiste, c'est urgent ». Non, je ne veux pas, j'ai peur qu'il ramène sa fraise ! D'ailleurs, si j'ai dépensé une fortune pour acheter ce joyau de la technique, c'est pour présenter des dents blanches et saines et non pour permettre à un vulgaire ustensile muni d'un manche et couvert de poils, fût-il intelligent, de gouverner ma vie.

 

Je ne fis plus attention aux élucubrations de ma brosse jusqu'au jour où une lumière rouge s'alluma en continu : « Brosse à dent usée, à changer d'urgence ». Du coup, j'ai choisi une brosse ordinaire à 44 centimes d'euros ; elle n'est peut-être pas très intelligente, mais au moins, elle me fiche la paix.

 

Gérard

 

Se prendre la tête

 

 

Je voulais écrire cette histoire à tête reposée. Que s'est-il passé ? Peut-être l'excitation, la hâte, la peur de ne pas terminer dans les délais ? Toujours est-il que je ne peux plus à composer. Coincé, oui complètement bloqué n'ayant plus d'inspiration comme englouti dans des sables mouvants de l'écriture.

 

J'ai appelé le numéro d'urgence « P-S », l'équivalent du 15, le Samu littéraire « Post-scriptum ». « Allô ! Je me suis pris la tête dans un paragraphe, je suis paralysé, je n'arrive plus à écrire la moindre petite phrase, pas même un mot, plus aucune idée ne me vient en tête. Faites quelque chose.

D'abord, restez calme. Je vous signale par déontologie, que notre conversation est susceptible d'être imprimée. Nous allons faire quelques tests pour connaître votre état général, vos réflexes et nous agirons. Quel est le mot qui s'orthographie avec deux points et un trait d'union?

B.a.-ba ?

 

Bien vu. Maintenant quelques devinettes pour tester vos réflexes : Si on la brûle, c'est qu'on en manque

 

Politesse

Bravo. Quand on la lâche, elle peut être abattue.

 

Bride

Parfait. Comment réhabiliter un individu qui a mauvaise réputation.

 

Lui donner la légion d'honneur.

Quelle lucidité ! Maintenant dernier item. Conjuguer le verbe coudre à la 3ème personne du pluriel de l'imparfait du subjonctif

 

Nous cousâmes

Non. Réfléchissez : que nous...

 

Cousissions

Eh bien, tout va bien. Votre syntaxe est intacte, votre grammaire a l'âge de vos artères mais elle se porte bien, quant à la phraséologie elle est tout à fait acceptable. Vous constatez que votre tête fonctionne, qu'elle peut se mouvoir à nouveau et que vous venez de remplir ces lignes sans trop d'efforts. Vous êtes sorti d'affaire mais il faudra vous reposer quelques temps.

 

Mais j'ai encore un billet à écrire fin juin.

Faites-le mais sans forcer et surtout ne reprenez qu'en septembre, passez ces deux mois à tête reposée, ces rédactions vous épuisent car elles sont à contresens. »

 

Gérard

 

FRANCHIR LE pas 

 

Avez-vous remarqué qu'habituellement dans les gares, la salle des pas perdus se trouve juste à côté du guichet des objets trouvés. Bienheureuse coïncidence : je n'avais que trois pas à faire pour exposer ma situation. 

            Bonjour, Monsieur le guichetier. J'erre ; je voudrais retrouver mes pas. Ne vous les a-t-on pas rapportés ?

            D'où venez-vous ? 

            De la salle des pas perdus.

            C'est un coin paumé, un trou, donc des pas, il s'en perd des milliers chaque jour. Comment pouvez-vous identifier les vôtres ?

 

            J'ai fait les cent pas et j'avançais en allongeant le pas. Regardez bien, parmi les objets trouvés vous avez sans doute une centaine de grands pas.

            Un instant, je recherche ; non, il n'y a pas de traces de pas.

 

            Impossible. Sans voir mes pas, je ne peux revenir sur mes pas. Sortez-moi de ce mauvais pas.

            Il ne m'est pas possible de vous remettre au pas, puisque je n'en ai pas.

 

            Alors, je reste là, je ne ferai pas un pas de plus.

            Vous avez dû emboîter le pas à quelqu'un et vous avez mis vos pas dans les siens donc vos pas ont disparu.

 

            Non, on m'a bousculé.

            Ainsi, vous avez fait un faux pas et lui avez cédé le pas. Il a pris le pas sur vous, ce n'est pas étonnant que vous ne retrouviez plus les vôtres.

 

            Que faire ?

            Rattrapez cet individu ! Partez au pas de charge, c'est le meilleur moyen de presser le pas.

 

Gérard 

 

Métamorphose des vieux 

 

Comment désigner les personnes âgées ? Des appellations variées courent sur elles avec des accents plus ou moins sympathiques. 

Autrefois, c'étaient des patriarches rassasiés de jours, des octogénaires vénérables, des anciens blanchis sous le harnais remplis d'expérience, des sages de bons conseils. Les aînés étaient choyés, chouchoutés, respectés surtout quand ils accédaient au rang de plus vieux du pays. Ah, ces vieux de la vieille ! Le front tout ridé, les joues pommelées mais l’œil étincelant de malice ! 

Et puis, avec la dispersion des familles et surtout parce qu'ils coûtent cher à la société, les vieillards deviennent gênants. On les traite de vieux croûtons, d'édentés, de croulants, de fossiles, de séniles, d'antiquités, de « pas cotés à l'argus », de PPH (passera pas l'hiver), voire de PPN (passera pas la nuit). Ils indisposent, ils demandent de l'attention car ils entendent mal, ne voient plus très bien, ne comprennent rien ; bref, ils n'ont plus l'électricité à tous les étages. Ils vivent un rejet douloureux. 

Mais tel le phénix renaissant de ses cendres, les vieilles personnes toutes décrépies retrouvent la sympathie des médias et du public si leurs cheveux argentés sont le reflet de leur compte en banque doré ; de passéistes elles retrouvent l'éclat de leur jeunesse, de grands âges elles se changent en seniors dynamiques, d'assistées elles sortent de leur réclusion pour dévorer la vie à pleine dent. Bienheureux sont-ils ces antédiluviens quand ils subissent la tyrannie du bien vieillir : soignant leur corps en fréquentant les salles de fitness se livrant sans vergogne au « total body conditionning » au piloxing ou encore au bokwa, sans oublier d'entretenir leur mémoire par des rencontres ludiques par exemple en essayant de se souvenir des 5 fruits et légumes réglementaires absorbés hier et avant-hier. Couverts de flagorneries, ils se répandent dans les agences de voyage, s'engouffrent dans les aéroports, tout juste s'il ne s'inscrivent pas pour un aller sur Mars. Vive le nouveau moteur de la croissance, la silver-génération, l'apothéose des vieux ! 

Gérard

 

ORDINATEUR TRAUMATISÉ  

 

Pour pasticher Lamartine « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », j'ai envie d'écrire : «Un simple ordinateur vous lâche et tout est déboussolé».  

Eh oui ! Mon PC a rendu l'âme : comme il était vieux, il perdait un peu la mémoire et, en cette saison printanière, il avait tendance à se planter. Quand le disque dur devient mou, quand l'écran n'a jamais si bien porté son nom : « objet qui cache la vision », quand on ne fait plus bonne impression, alors, en cliquant vainement sur la souris, on n'a pas vraiment le cœur à sourire. 

Pourquoi un ordinateur tombe-t-il en panne ? Bien sûr, la carte mère, l'alimentation, le processeur, la connectique, la Wi-Fi ont bon dos. Personne ne s'est jamais posé la question d'un traumatisme possible d'ordinateur. N'oublions pas qu'il en voit des vertes et des pas mûres : séisme au Népal, naufrage en Méditerranée, attentats en Syrie, etc. J'avoue bien humblement que je vais sur des sites « sensibles », peu recommandables : Ministère des Armées et de la Défense Nationale, Entreprise Dassault, Front National, Rivarol, Fraternité Saint Pie X.... A l’instar des humains témoins de scènes violentes, mon ordinateur ne bénéficie pas d'un soutien psychologique ! Et les courriels reçus, ! Tous capables de désorganiser la vie du destinataire, on imagine sans peine ce qui peut advenir du vecteur de communication. Qu'on en juge, parmi les derniers e-mails reçus : « Vos articles commandés ne sont pas disponibles », « Contrairement à ce qui était prévu, la sortie est annulée » et surtout (je pense que ce fut la goutte d'eau faisant déborder le vase) « Nous avons le plaisir de vous annoncer que votre déclaration d'impôt est en ligne ». Même une machine aguerrie ne peut résister à de tels messages. 

Pourtant, l'ordinateur est indispensable et l'on se demande comment a-t-on pu vivre durant des millénaires sans lui et surtout sans Internet ? Privé d'Internet, on est contraint de rouvrir le dictionnaire poussiéreux, trouver un numéro de téléphone oblige à se souvenir de l'endroit où l'on a bien pu ranger ce satané bottin et il faut sortir la carte Michelin pour établir un itinéraire ; mais la frustration la plus forte, l'épreuve la plus dure, la peine la plus cruelle, c'est de ne plus pouvoir se promener pour entendre le délicieux, le suave, le merveilleux « Murmure » sur le site du Père Léon Paillot. 

Gérard

 

 

BARABBAS

 

 

Tiens Egoz, quel bon vent ! Je te croyais auprès du préfet Ponce Pilate ?

Regarde, Eléazar, qui arrive avec moi.

 

Barabbas ! Ce n’est pas possible ! Tu t’es échappé, viens vite te cacher, tu n’as pas été suivi ?

Ne t’affole pas ! Barabbas est libre depuis ce matin !

 

Quoi ! Que me dis-tu ? Je m’attendais à le voir gravir le Golgotha en portant une croix... Formidable ! Mais, que s’est-il passé ?

 

J’étais dans la foule. Les chefs des prêtres ont amené un certain Jésus, tu sais celui dont nous avait parlé Judas Iscariote…quand je pense qu’il nous disait de patienter car Jésus allait rétablir le royaume de David, qu’on allait voir ce qu’on allait voir, tous les romains dehors ! Tu parles ! Tu avais raison Barabbas, il ne faut pas attendre le messie pour se débarrasser des envahisseurs. Nous, les sicaires, nous vaincrons.

 

Egoz, je ne comprends toujours pas pourquoi Barabbas a été relâché.

Avec ce Jésus, sans doute un illuminé, Pilate était bien embarrassé. On sentait qu’il voulait le libérer. Mais, on ne sait pourquoi, Caïphe et sa bande voulait le mettre à mort. Ils ont affirmé à Pilate que Jésus s’était proclamé roi des juifs et s’il l’épargnait, ils en appelleraient à l’empereur César ; alors Pilate, pensant s’en tirer à bon compte, leur a demandé de choisir entre Barabbas  et Jésus ; et, miracle ! Tous ont crié : « Barabbas ». Si tu avais entendu cette clameur ! Barabbas  populaire, acclamé comme un roi ! Tout juste s’ils ne l’ont pas mis sur un cheval pour faire le tour du prétoire en triomphe pour que les badauds agitent leurs manteaux et chantent « Vive Barabbas, libérateur d’Israël». Tu vois tout le monde est avec nous : le grand prêtre, les sadducéens, les pharisiens, tout le peuple, c’est le moment de sortir nos épées et nos sicas.

 

Et Pilate a laissé partir Barabbas ?

Pilate a eu peur ; et comme il n’est pas à un châtiment près, il a condamné Jésus à la place de Barabbas. Mais, mauvaise nouvelle, nos deux camarades Tsvi et Yigal seront crucifiés avec lui, aujourd’hui même.

Allez Barabbas, continuons la lutte ! Faisons alliance avec les zélotes, je connais un certain Simon qui peut nous aider. Simon, c’est un copain de Judas. A propos de Judas, je l’ai vu errer, ce matin vers le champ du Potier, il tenait quelque chose en main, on aurait dit une sorte de corde, il était complètement hagard.

 

Egoz, allons-y, qu’est-ce qu’on attend ?

Viens Barabbas, toi seul sais où sont cachées les armes, c’est le moment de frapper, les soldats sont occupés avec la foule venue pour la Pâque. Vengeons nos deux valeureux compagnons, n’oublions pas qu’un bon légionnaire est un légionnaire mort. Mais Barabbas, que se passe-t-il ? Tu ne dis rien, d’habitude tu ne tiens pas en place, tu trépignes, ton poignard à la main. Qu’as-tu donc ? Tu es tout songeur, complètement dans les nuages. Partons !

 

Je ne me battrai plus.

Qu’est-ce qui te prend, tu es malade ?

 

Il s’est tourné vers moi et il m’a regardé !

Gérard

 

 

 

ET CETERA

 

 

Puissance des mots ! Quelques petits caractères peuvent avoir la force de la dynamique, je n’évoque ni les abréviations ni les acronymes comme TNT, pas davantage les mots-clés, encore moins les mots-valises mais je pense à tous ces codes, ces mots de passe, ces cris de ralliement, ces mots du cœur. Oui, un mot, un simple mot porte dans ses caractères qui sont un peu ses gènes, toute l’affection dont il capable ; exemple : tout le monde connaît la force de ce mot de cinq lettres commençant par la lettre « M » ; quelle saveur délicieuse, quel parfum agréable, quelle odeur bienfaisante, que ces cinq lettres du mot « merci » !

Un autre mot se composant de quatre signes formés de trois petites lettres et d’un point, est peut-être le mot le plus merveilleux de la langue française, il permet de révéler l’incommunicable, l’inexprimable, l’intransmissible, il reconnaît tout sans rien avouer : « etc. »

Ah ces « Etc. » ! Ils s’invitent sans préavis dans les conversations, peuplent les journaux, squattent les bibliothèques, surgissent quand on ne les attend plus, arrivent opportunément quand il n’y a plus rien à ajouter. Ils servent à cacher l’ignorance, l’inculture, les lacunes : « les mois du calendrier révolutionnaire sont : Germinal, Messidor, Vendémiaire, Nivôse, etc. Évidemment, je peux nommer tous les présidents de la Troisième république : Thiers, Mac Mahon, Grévy, Sadi Carnot, etc. »

Il englobe beaucoup de mystères: «Hier, j’ai rencontré une jolie femme, nous avons bu un verre, etc. ».

Tout compte fait, le « etc. » me fait penser au « quoi qu’on die » du poème de Trissotin dans les Femmes savantes :

"Faites-la sortir, quoi qu'on die."

"Quoi qu'on die", "quoi qu'on die".

Ce "quoi qu'on die" en dit beaucoup plus qu'il ne semble.

Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble;

Mais j'entends là-dessous un million de mots."

 

Mais il ne faut pas abuser du « etc. », ce serait un indice de négligence, d’insouciance, de laisser-aller, etc.

 

Gérard

 

 

 

DU DESSERT AU DÉSERT

 

 

Durant le carême, nous sommes invités à restreindre notre alimentation. Je suggère de commencer par renoncer au dessert, évidemment pas tous les jours, mais seulement une fois par semaine, autrement dit, de se priver d’un dessert sur sept ; comme le mot dessert comporte sept lettres, en supprimer une, revient à se retrouver au… désert… durant 40 jours.

Arrivé au désert, ce serait bien le diable si l’on ne le rencontrait pas ; d’ailleurs on « s’attend » à le voir. Quand j’y suis arrivé, il était là allongé au soleil, oisif comme sa mère (puisque l’oisiveté est la mère de tous les vices). J’avais l’intention de troquer mes desserts de carême contre une vie tranquille, sans tentations.

Il était midi, c’était donc la bonne heure pour aborder le démon :

«Allons un peu d’énergie, que diable !

Ne viens pas me tourmenter, je me repose.

 

Je suis venu pour vous apporter mon dessert. Que diriez-vous d’une religieuse ? »

Il me regarda et me dit d’une voix dédaigneuse : « Apprends que le prince des ténèbres ne « bouffe pas seulement du curé » mais fait son miel de toutes les mauvaises pensées qui viennent du cœur.

 

Alors, un Saint-honoré ?

Inutile. Les honneurs, la gloire, pour moi, c’est de pervertir les hommes. Et je suis comblé au-delà des mes espérances (si je peux m’exprimer ainsi). Tout le monde tombe sous mon charme ; l’argent, la drogue, le sexe, la télévision sont mes appâts. Partout sur les réseaux sociaux, j’ai mes sites…alors, un misérable Saint-honoré, même pas frais….

 

Regardez ! Un Mont-Blanc, un pic de gourmandise ! Ainsi, de là-haut vous posséderez le monde.

Petit freluquet, le monde est à moi. Je possède les paradis fiscaux, toutes les banques sont à ma merci, les puissants s’agenouillent en me suppliant « payez, payez pour nous ». Bientôt, avec le réchauffement climatique, j’envelopperai toute la planète : l’enfer délocalisé sur terre, le rêve. Un Mont Blanc….mais pour qui me prends-tu, tu devrais savoir qu’il ne faut pas tenter le diable. J’ai du travail ; je ne te dis pas adieu (c’est un mot tabou) mais au revoir et à bientôt…Ah ! Ah ! Ah !».

Il partit d’un rire sarcastique, sardonique et pour tout dire satanique. Je le vis s’enfuir au diable vauvert à un train d’enfer.

 

C’est alors que des anges apparurent. Voyant mes desserts dédaignés par Satan, ils se servirent.

Je leur fis part de l’effroyable arrogance du Démon. Je leur exprimai mes craintes de voir Lucifer posséder le monde puis tout l’univers. Je les informai des menaces proférées à mon encontre, leur demandant une protection rapprochée. Ils partirent à tire-d’aile et souriants, me dirent : « Homme de peu de foi. »

 

Gérard

 

 

NEIGE
 

La neige tombait en abondance. Comme la pluie s’en mêlait, la neige s’avérait lourde à pelleter. Il fallait pourtant que je l’enlève pour dégager mon garage. Tout en effectuant ma corvée de pelletage, je décidai de bavarder avec elle et donc de « l’inter-peller ».

« Madame la neige, bonjour. Que vous êtes pesante, j’ai l’impression que vous êtes née de la dernière pluie. »
 

« C’est la pluie qui a voulu se mêler à moi, et donc je suis lourde…de conséquences. La pluie me dégoutte, elle ravale le terrain, fait des flaques qui peuvent éclabousser les passants, je suis en colère car elle enlaidit mon manteau d’albâtre en tombant rageusement. Mais moi, je descends lentement, je tourbillonne comme des ailes de papillon et je pose doucement mes flocons. Le soleil dessine mille reflets d’argent bleutés sur mes cristaux. Ma couche recouvre le paysage sans bruit et doucement, je le poudre. Je prends dans mes bras les bonhommes que des enfants s’amusent à confectionner, j’abrite des hommes en leur bâtissant des igloos. Grâce à moi, la vilaineté disparaît, tout respire la blancheur immaculée. Comme une fée, j’unifie le panorama en l’enveloppant d’une grande pureté, tous les toits gris deviennent blancs, j’apporte de la candeur, un souffle d’harmonie et, tout en respectant les nuances, j’épouse les reliefs. Si l’on me foule, j’en garde la trace ; dès lors, avec moi, on ne peut pas se perdre. J’aime guider les randonneurs à travers les forêts, je procure des sensations fortes aux skieurs avec mes pistes damées, les marmousets s’ébattent dans la poudreuse.

La pluie et moi ne faisons pas bon ménage ; quand elle arrive toute trempée, car c’est une battante, je me mets en boule et je me sauve en dévalant les pentes à toute allure faisant boule de neige. Je me réfugie sur les sommets, que la pluie ne peut atteindre et, comme il fait froid, je gèle et accède ainsi à la promotion de neige éternelle.
 

Pourtant, une invention des hommes me met dans une fureur noire : on me fabrique une concurrente, la neige artificielle. On attend la nuit quand il fait froid pour être certain que personne n’ébruite le secret : on fait tirer les canons ; le pré est bombardé et comme il a peur, il devient blanc comme neige ; au matin, on dirait un champ de bataille recouvert de cadavres. Neige de culture, quel oxymore ! Neige carbonique ? Neige asphyxiante, plutôt ! Quand je vois ce désastre, je suis tentée de me figer, de m’abstenir de descendre pour que la honteuse tâche blanchâtre sur le terrain hideux révèle les turpitudes de quelques financiers avides de blanchir leur argent en offrant aux gogos des sports d’hiver artificiels.»
 

Gérard


 

 

ŒUF DUR

 

 

J’apprends que des chimistes ont réussi à « décuire » un œuf dur. Il paraît que cet exploit aura des conséquences heureuses en permettant une réduction des coûts de certains traitements contre le cancer.
 

Personnellement, je trouve que cette performance ouvre de vastes horizons. S’il est désormais possible de revenir en arrière, beaucoup vont se retourner dans leur tombe…

 

Pour l’instant, en attendant de nouvelles avancées scientifiques, restons dans le domaine de l’œuf. Commençons par énoncer un nouveau proverbe : qui peut « décuire » un œuf dur, finira par « débraiser » un bœuf mironton ; ce qui évitera à l’avenir de se poser trop de questions dans l’art d’accommoder les restes…

Rêvons un peu : on pourra redescendre des blancs d’œufs que l’on a montés en neige ! Il y a deux méthodes : la douce, en faisant du slalom, la directe mais dangereuse, le super-G (avec la super G : super Gamelle). Toujours par rapport à l’œuf, si l’on obtient un œuf brouillé, c’est que la rébellion était dans l’œuf, donc inutile d’en faire tout un plat.

 

Avec cette invention, peut-être pourrait-on remonter le cours des siècles, voire des millénaires : si l’on prend un œuf et en lui faisant subir un traitement approprié, il pourra redevenir œuf du jour de la ponte, puis en poursuivant le procédé, on obtiendra une poule élevée en plein air, puis un poussin, puis un œuf, puis une poule etc. On saura enfin grâce à ce dispositif, qui est premier : l’œuf ou la poule.

 

Quant aux grands pontes, ils peuvent dorénavant se faire du souci : ils sont menacés de rentrer dans leur coquille. 

 

Gérard

 

SE PRÉMUNIR CONTRE LA LÉGION D’HONNEUR  

Vous vous souvenez sans doute de la mésaventure du pauvre Thomas Piketty, économiste de renommée mondiale. Son nom figurait au journal officiel du 1er janvier dans la liste des promotions et nominations dans l’ordre de la légion d’honneur. Ceux qui l’ont proposé à cette distinction, ignoraient qu’il s’y opposerait. Nous n’épiloguerons pas sur cet événement qui meubla largement les médias lors des tout premiers jours de 2015 ; simplement, nous retiendrons une phrase de « l’ex-futur » récipiendaire : « En même temps, c’est eux qui publient mon nom dans le Journal officiel sans m’en dire un mot avant. Le plus simple aurait été un mail, un SMS, un coup de fil… Je leur aurais tout de suite dit que je n’en voulais pas. ». 

Cette affaire est une leçon pour nous tous. Chacun sait que nul ne peut solliciter pour lui-même la légion d’honneur. Ce qui signifie clairement, que personne n’est à l’abri d’une telle décoration ! En effet, tant de ministres, de députés, de sénateurs, de conseillers généraux, de maires etc. bref, tant de personnes influentes, haut placées, nous veulent du bien et sont prêtes à requérir pour nous, la légion d’honneur….Bien sûr, il est toujours possible de la refuser mais l’exemple malheureux de Thomas Piketty doit nous ouvrir les yeux : il a dû faire face à la meute des journalistes, sommé, fut-il, d’expliquer encore et toujours sa décision. 

Si la légion d’honneur vous était accordée, quand bien même vous y renonceriez, vous devriez justifier votre comportement :

          Modestie ? Personne ne vous croira ;

         Scrupules, car d’autres plus méritants que vous, ne l’ont pas obtenue ? On vous demandera de désigner des individus et, dès lors, combien se sentiront humiliés    d’avoir été oubliés ;

        Mépris pour cette distinction qui récompense des personnes jugées sans mérite ? Là encore, vous serez contraint de donner des noms et vous vous exposerez à des centaines de procès en diffamation. 

Donc, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, il faut appliquer le principe de précaution.

Au même titre que l’on peut rédiger des directives anticipées (bien utiles pour faire connaître des recommandations par rapport à la maladie grave et invalidante), une lettre au Président de la République lui signifiant que vous refusez par avance la légion d’honneur, vous évitera bien des ennuis et des désagréments. Voici un modèle de lettre. 

« Monsieur le Président de la République, 

Parmi les nombreuses tâches qui vous incombent, il en est une qui peut me concerner directement, c’est pourquoi je prends la liberté de vous écrire. Si un jour, mon nom apparaissait sur la liste du décret des nominations dans l’ordre de la légion d’honneur, je vous informe que je m’oppose formellement à cette désignation. Il ne m’appartient pas de vous en exposer les raisons, sachez seulement qu’elles sont fort honorables.

J’ai l’honneur, Monsieur le Président de la République, de vous prier d’agréer l’expression de ma très haute considération.

P.S. Je souhaite que vous communiquiez cette lettre à votre successeur ; afin de ne pas l’oublier, je vous recommande de le faire au moment de la transmission du code secret de l’utilisation de l’arme nucléaire.

Gérard

 

LE TEMPS DES « A-VŒUX »

 

Je l’avoue bien simplement, cette année, je ne formulerai pas de vœux. Pourquoi ? Vous souhaiter opulence, puissance, magnificence… à quoi bon, alors que je suis incapable de vous combler. 

Faut-il stopper là et laisser croire que l’avenir des amis m’indiffère ? Que nenni ! Si je devais subir une opération, je souhaiterais que le chirurgien ait bien dormi la veille. De la même manière, je désire que vous soyez heureux en 2015 car votre bien-être rejaillit sur mon existence, vous êtes cette clarté qui guide de loin le voyageur afin qu’il ne s’égare. 

Mais exprimer des vœux, n’est-ce pas reconnaître implicitement que la santé, la réussite, le bonheur sont gouvernés par des fées plus ou moins malfaisantes qu’il faut amadouer ou encore que le futur dépend d’une mystérieuse étoile égarée au-dessus d’un berceau ? Non, rien n’est écrit, aucun destin n’est tracé, la pythie de Delphes tout environnée d’exhalaisons prophétiques, reste muette.

Chacun est responsable de sa vie même si la marge de manœuvre est parfois étroite. La santé ? La gérer au mieux en mettant du cœur à l’ouvrage, respirer l’entrain à plein poumon, tout en évitant de prendre ses jambes à son cou pour courir à sa perte. Le bonheur ? Forcer les persiennes de nos vies qui masquent le monde et le ciel étoilé et, en regardant vers demain, ne pas confondre montagne et taupinière. 

Si un battement d’ailes de papillon à Paris peut provoquer un tsunami en Malaisie, à combien plus forte raison une fenêtre éclairée, l’odeur du café matinal, un visage avenant peuvent embellir la journée ; la bonne humeur est transmissible et la joie de vivre communicative. 

Donc, sourions à l’an nouveau et déclenchons l’effet papillon.

Gérard    
01/01/2015

 

 

 

CADEAU

 

 Au ciel, trois anges se terrent dans un endroit discret et discutent à voix basse. Peut-être, fomentent-ils une révolution satanique ? Approchons-nous et tendons le micro. Il s’agit de trois anges connus pour leur esprit frondeur : le sommelier l’ange VINT, le sonneur de cloches l’ange HÉLUS, et le candide l’ange GÉNU. Ils ont l’air de conspirer…que se passe-t-il ?

-          Un cadeau ? Tu n’y penses pas, il ne manque de rien, tout lui appartient.

-          Mais je trouve qu’il n’a pas souvent de présents ; pour Noël, on pourrait lui offrir quelque chose.

-          Bonne idée, mais quoi ?

-          Je verrais bien un arc-en-ciel, pour sa collection.

-          Ridicule ! Depuis que Dieu a acquis une imprimante à N dimensions, il lui suffit de programmer un objet, une étoile, une galaxie et hop ! ça sort immédiatement. Alors, un arc-en ciel ? Il peut en fabriquer des milliers et des milliers.

-          Pourtant depuis un certain temps, je le trouve songeur, il n’a plus son allant d’autrefois. Bien sûr, il fabrique de nouveaux univers mais il est nostalgique du B 684 ; vous vous souvenez de cette galaxie avec une planète où il a installé des êtres humains qui lui donnent d’ailleurs du fil à retordre. Il s’est engagé à la va-vite, leur promettant la sécurité et le bonheur au jardin d’Éden mais ils ont choisi la liberté.

-          B 684, cela me rappelle quelque chose. C’est bien là-bas qu’il a envoyé son fils pour réparer les dégâts. Jésus a remarquablement accompli sa mission et, en outre, il en porte les stigmates, comme preuve de sa réussite.

-          Le Père (car il voit tout) est désemparé par le comportement des hommes : guerres sans fin, accaparement des ressources par quelques uns tandis que d’autres meurent de faim, planète en danger. Je suis certain qu’il doit regretter d’avoir créé cet univers.

-          Et il ne s’est jamais remis de cet échec. Il a chassé les hommes d’Éden mais comme il n’a pas pu vraiment en faire son deuil, il l’a aménagé pour lui. Il y passe tous ses week-ends, c’est pour cette raison qu’on ne le voit jamais à la messe du dimanche. Il aime jardiner, il fait pousser des milliers d’arbres de toutes espèces et cultive une quantité impressionnante de plantes, plus rares les unes que les autres : cordialité, angélique, générosité, hysope, lucidité, rigueur, altruisme, toutes les différentes variétés de la curiosité etc. Dans ce jardin, la foi pousse en abondance, elle en est même envahissante (au reste, comment ne pourrait-il pas croire en lui), la charité prend racine partout, ce n’est pas étonnant, Dieu, c’est un papa gâteau Mais, il lui manque une plante, une essence qui pousse seulement chez les hommes : l’espérance. En Éden, il n’a pas d’espérance. Intellectuellement, cela peut se comprendre, Dieu est hors du temps : le passé, l’avenir répondent sans cesse « présent ». Un peu d’espérance ajouterait cependant une couleur d’un ton vert absinthe qu’il ne possède pas et Dieu retrouverait son enthousiasme et se sentirait un peu réconcilié avec l’humanité.

-          Voilà le cadeau approprié, nous allons lui planter de l’espérance dans son jardin d’Éden.

-          Où trouver de l’espérance ? Il faut aller chez les hommes.

-          Pour trouver de l’espérance, il suffit d’entrer dans les églises.

-          Toujours le mot pour rire, Ange GÉNU !

 

Les trois anges partirent chacun de leur côté, à la recherche de l’espérance.

Ils revinrent les bras chargés. Aussi ahurissant que cela paraisse, il y a donc de l’espérance sur terre. Écoutons le récit de leurs découvertes.

-          Au Rwanda, j’ai rencontré une femme Tutsis dont le mari et les enfants furent massacrés par les Hutus. Elle a adopté un enfant Hutus qui se retrouvait seul, ses parents ayant disparu.

-          Au Pakistan, une petite fille veut absolument aller à l’école pour devenir médecin afin de guérir son petit frère atteint de paludisme.

-          Dans la forêt amazonienne, les indiens Ashaninka se sont alliés avec leurs ennemis héréditaires les Wayampi pour lutter ensemble contre la déforestation et préserver les esprits des arbres.

 

Dieu fut surpris de ce Noël inattendu. Par contrecoup, beaucoup d’événements extraordinaires se produisirent. D’abord, lors de la promotion du 1er janvier, les trois anges intégrèrent le corps des archanges, ce qui ne plut pas à tout le monde.

 

Ensuite, c’est sur terre que l’espérance enrichie de la grâce divine engendra des effets surprenants et spectaculaires. De proche en proche comme des ronds dans l’eau, l’espérance se répandit abondamment depuis l’endroit où les anges l’avaient découverte. Le gouvernement pakistanais fit un effort sans précédent de scolarisation. Un accord fut trouvé entre les tribus amérindiennes et le Brésil pour préserver la forêt amazonienne. Au Rwanda, une nouvelle constitution vit le jour, établissant une répartition équitable des pouvoirs entre les deux ethnies.

L’espérance se propagea aux États-Unis où tous les États abolirent la peine de mort et il n’y eu plus aucune discrimination raciale. Israël et la Palestine se reconnurent enfin comme Fils d’Abraham et une paix durable s’établit et s’étendit à tout le Proche-Orient.

L’espérance franchit la méditerranée avec les migrants désormais accueillis à bras ouverts dans tous les pays européens. Et, phénomène incroyable, inimaginable, inconcevable, l’espérance s’enracina durablement au Vatican.

 

Gérard

 

 

BARBE DE TROIS JOURS.

 

 

« Il y a quelque chose de mystique dans une barbe. Une barbe représente beaucoup. Une barbe n’est pas seulement vos poils sur votre visage, loin de là !  C’est une véritable extension de votre personnalité. Plus important encore, elle fait partie intégrante de votre style. Chaque personne avec qui vous allez parler, va la regarder, chaque personne qui vous fera la bise, la touchera. »

Fort de cette sentence, lue sur Internet, je me suis empressé de changer de look, en adoptant la barbe ; le meilleur de moi-même - que personne n’a jamais remarqué - va enfin éclater et illuminer mon visage, ainsi je serai admiré, touché, congratulé, embrassé….! J’ai opté pour une barbe de trois jours, car c’est plus facile à obtenir qu’une barbe de capitaine de navire ou un look Garibaldi ou encore une barbe ZZ Top.

 

Comment procéder ? Une fois de plus, Internet m’a guidé. Première surprise : « Barbe de trois jours. Pour commencer, laissez pousser votre barbe pendant quatre à cinq jours » !!! J’ai pensé que les 35 heures étaient passées par là et que le système pileux bénéficie de RTT. Ensuite, nouvelle bizarrerie, il faut manier la tondeuse quotidiennement, ce qui permet de présenter chaque jour, une nouvelle barbe de trois jours…. D’autre part, il est fondamental de soigner les pommettes, le cou, les pattes, la moustache et le menton…ouf ! Pas étonnant que de multiples idées traversent l’esprit de celui qui s’active auprès de sa barbe et qu’il ait le temps de penser à tout, en se rasant, succombant ainsi à des ambitions insolites comme celles de briguer de hautes responsabilités politiques aux risques de « barber » les concitoyens. 

J’avoue ne pas avoir réussi à obtenir une barbe de trois jours. Je me suis vu tantôt avec une barbe maigrichonne, tantôt avec une barbe de cinq jours, trop dure, impossible à tailler. La vérité, c’est que je ne suis jamais arrivé à remonter le rasoir depuis la base du cou car je n’aime pas être pris à rebrousse-poil. En désespoir de cause, j’ai voulu entreprendre ma barbe dans le sens du poil mais là encore, impossible de tomber pile-poil, surtout, comme c’est mon cas, quand on a tendance à être de mauvais poil. 

A la fin, j’ai pourtant réussi ma barbe au quart de poil, en suivant le conseil d’un ami qui me conseilla de passer régulièrement ma main sur mes joues et sur mon menton. Comment expliquer ce prodige ? A force de travail, j’ai implanté sur toute ma face, le poil que j’avais dans la main. 

Gérard

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L’ABEILLE YSTOIRE 

 

L’abeille Ystoire mit en émoi toute la ruche. Ystoire revenait, les corbeilles de sa troisième paire de pattes pleines de pollen et elle exécuta une danse en huit pour indiquer à ses consœurs l’endroit rempli de fleurs mellifères. Les butineuses ayant suivi ses indications rentrèrent bredouilles. Ne voulant pas faire d’histoires, elles demandèrent à Ystoire de recommencer sa gesticulation et elles s’aperçurent qu’elle ne tournait pas rond ; aussitôt on l’emmena à l’infirmerie pour un examen approfondi pensant qu’elle avait absorbé trop de nectar. Chaque organe fut examiné. Tout allait bien du côté des antennes, de ses deux paires d’ailes, de ses trois paires de pattes, de ses yeux et de ses dix paires d’orifices respiratoires, les stigmates. Jusqu’alors, Ystoire était passée sans histoire par tous les stades de la vie d’une ouvrière : d’abord nettoyeuse de cellules, puis nourricière du couvain, ensuite dans un cadre appropriée, elle fut employée à construire des alvéoles de cire, ventileuse de temps à autre, et après avoir vaillamment défendu l’entrée de la ruche, elle put enfin sortir à l’air libre pour butiner le nectar et le pollen. Une de ses amies s’aperçut qu’elle ne consommait du miel qu’avec parcimonie et n’avalait qu’une seule pincée de pollen à son petit déjeuner. En réalité, elle voulait maigrir pour avoir une taille de guêpe. Pourquoi ?  

L’abeille Ystoire était passionnée d’Internet. Durant ses loisirs, sur son Smartphone, elle passait des heures sur le site de rencontre « Le Palais Bourdon ». Elle tchatchait avec un bourdon qui lui envoya son phéromone en pièce attachée ; dès lors son cœur chavira et pour être plus séduisante, elle entreprit un régime. Mais, visiblement, son esprit était ailleurs, il lui arrivait même de s’emmieller les pinceaux. La reine informée lui ordonna de se présenter devant un psychiatre. Il la fit coucher sur un divan. Il constata qu’elle avait le blues et il craignit qu’elle ne file le bourdon à toute la colonie. 

Il fallait éliminer ce bourdon. La reine inventa un stratagème. Ystoire fixa un rendez-vous au gros bourdon, aux Vêpres sonnantes (la scène se passe dans une abbaye) pour lui dire : « Viens chez moi et à l’heure des Complies, tout sera accompli ». Dès son arrivée, les gendarmes de la ruche devaient s’emparer de l’intrus et le mettre en pièces détachées. 

Ystoire avait lustré ses antennes, s’était parfumée à l’essence de rose et de jasmin persuadée que son cher bourdon arriverait dare-dare. Mais personne n’était au rendez-vous, elle se dit, dubitative, qu’un bourdon est incapable de poser un lapin. En rentrant, elle raconta sa mésaventure en faisant cette fois-ci, correctement ses « huit ». La reine conclut, fort de son expérience : « Quand un bourdon fait faux bond, c’est un faux-bourdon » Puis elle ajouta : « Ne te prends pas pour une petite reine et ne pense plus à mâle. »

 Gérard  

* * * * * *

DIALOGUE AVEC UN CHRYSANTHÈME

 

-          Bonjour cher chrysanthème. Vous embellissez les cimetières de vos couleurs. Que représente pour-vous la Toussaint ?

-          C’est le moment où l’on est enfin libéré des serres, où l’on peut sentir le vent, la pluie, où nous rencontrons beaucoup de monde. Pour nous, la Toussaint « ça tombe bien ».

 

-          Quelle image avez-vous des personnes qui viennent se recueillir auprès de leur défunt ?

-          Ils viennent seuls ou en famille, la mine triste, certains font une prière d’autre non, tous ont le visage grave. J’apprécie la demande des enfants « Elle est où mamie ? », quant aux réponses…elles sont parfois curieuses, déconcertantes. J’ai beaucoup aimé la réflexion d’un homme : « Je suis dans la fleur d’un âge qui commence à sentir le chrysanthème ».

 

-          Êtes-vous nombreux ?

-          Nous sommes la plante la plus vendue au monde, en France, 25 millions de pots chaque année.

 

-          Depuis quand êtes-vous à la fête ?

-          Depuis le 11 novembre 1919, quand le président de la république Raymond Poincaré a demandé que les monuments aux morts soient fleuris, on nous appelait alors « Fleur de veuves ». En quelque sorte, c’est Poincaré qui a inauguré les chrysanthèmes.

 

-          Vous êtes très particuliers ?

-          D’abord nous sommes du genre masculin, ce qui n’a pas toujours été le cas ; puis nous sommes redoutés par les collégiens quand ils font une dictée : vous vous rendez compte chrysanthème s’écrit avec deux « h » et un « y », comme hyacinthe ou hypanthium.

 

-          Vous êtes sur une tombe sans fioritures alors que vos consœurs sont disposées sur des mausolées magnifiques, sur de pierres tombales avec de très belles épitaphes.

-          Cela me laisse de marbre ! Si les tombes sont diverses, ceux qui sont en dessous, sont tous pareils : ils n’ont même plus la peau sur les os. Mais, un peu grâce à nous, ils restent vivants : on n’offre pas des fleurs à une pierre.

 

-          Vous côtoyez la mort et vous-même allez mourir.

-          Oui, c’est la loi de la nature mais on a choisi le chrysanthème comme emblème de la Toussaint car c’est une fleur qui résiste au gel, nous sommes donc vaillants. Vous avez de nous une image funeste mais en Asie nous sommes symbole de beauté et de gaieté. Nous donnons des couleurs à la grisaille du ciel. Et quand viendra le trépas, nous laisserons échapper un ultime éclat de lumière, nous souvenant de ce vers de Lamartine : « La fleur tombe en livrant son parfum au zéphyr »

 

-          Que diriez-vous à tous ceux qui viennent se recueillir sur les tombes ?

-          Il faut beaucoup penser aux défunts, surtout quand ils sont encore vivants.

 Gérard

 

 

 

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TOI, SANS TOIT.

 

 

Chère Amie,

 

Tu te demandes : « Désormais, pour moi, quel toit ? » En effet, sous l’orage, ton toit a fui, les gouttières se sont déclarées et pour ainsi dire, à cause de cette tuile, tu n’as plus de toit.

Sur toi, plein d’émoi, je m’apitoie : je pense à toi, sans toit, sans cesse. Puisque nous sommes à tu et à toi, je t’invite à venir sous mon toit, pendant que l’on réparera ton toit. Tu peux rester tout un mois, crois-moi, hâte-toi. En l’absence de toit chez toi, tu seras chez moi, sous mon toit, comme chez toi.

 

Mais de toi à moi, je sais que je peux compter sur toi et je te dis de vives voix :

-          « Nettoie chez moi 

-          Qui, moi ?

-          Si ce n’est toi ce n’est pas ton frère, c’est donc moi qui nettoie, mais quant à moi, pas question que ce soit moi. Oui, c’est bien toi qui nettoie. Sinon qui le fera ?

-          Ben… toi

-          Nous avons dit tous les deux le même mot : « toi ». Donc, nous sommes d’accord, c’est toi qui nettoie et sur les meubles passe la peau de chamois.

-          Encore moi ?

-          Oui, cela te laisse pantois. Je te l’ai dit, tu seras chez moi comme chez toi. Chez toi, tu nettoie donc nettoie chez moi.

-          Dans ces conditions je vais trouver un autre toit. Je ne peux vivre sans toit mais je peux vivre sans toi.

 

Gérard

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SURPRENANT À PLUS D’UN TITRE !

 

 

Quel n’a pas été mon étonnement en découvrant le titre de la page 18 du quotidien La Croix du 17 septembre: « Sur RCF, les prêtres écoutent avant de répondre ». Je me suis dis « C’est dramatique, ils n’ont donc plus de répondant, étant désormais contraints d’écouter... ».

 

D’abord, ils écoutent ce qui est réconfortant pour celui qui parle. La certitude d’être écouté présente psychologiquement un apaisement, c’est un peu comme au confessionnal quand nous disons : « prêtre-moi l’oreille… ». D’autre part, pour une radio, l’écoute c’est bien le b.a.-ba. Aujourd’hui, écouter est devenu pratique courante : depuis les grandes oreilles de la CIA jusqu’à la puce dissimulée sous le manteau pour espionner un individu… et combien de personnes sont mises sous écoute ! En somme, nos hommes de Dieu qui écoutent, ne font rien de moins que d’être dans l’air du temps.

 

Deuxième considération : ils répondent. Peut-être répondent-ils de rien ? Ce serait indigne de leur sacerdoce et dans ce cas, pour ne répondre de rien, mieux vaut se taire. Répondent-ils d’eux-mêmes ? Ils montreraient de l’héroïsme et graviraient ainsi la première marche vers la béatification. Font-ils des réponses de normands ? Ils en sont parfaitement capables s’ils sont formés à la casuistique ou s’ils abordent des sujets brûlants sur lesquels ils savent élégamment glisser. Ont-ils réponse à tout ? Bien sûr, car ce sont des ministres…du culte certes, mais des ministres à part entière.

 

Dernière question saugrenue, y-a-t-il un lien, entre l’écoute et la réponse ? C’est un grand mystère mais on peut affirmer :

Article 1. Il y a toujours un rapport de cause à l’effet

Article 2. Si apparemment il n’y en a pas, c’est l’article 1 qui s’applique.

Ah, j’oubliais, si les prêtres écoutent c’est qu’auparavant une parole aura été dite, une question qui appelle normalement une réponse. Au même titre que l’on reconnaît l’arbre à son fruit, si la réponse n’est pas satisfaisante, c’est que la question est mauvaise.

 

A quand ce titre : « Sur RCF, quand les réponses des prêtres posent question, c’est l’auditeur qui est remis en question.» ?

 

Gérard
1er octobre

 

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FAIRE LES CENT PAS

 

 

Comme il faisait beau et que j’étais désœuvré, j’ai décidé de faire les cent pas dans l’allée de mon jardin.

Arrivé au bout de mes cent pas, je pris conscience, mais trop tardivement, de mon imbécillité. Pourquoi ? L’allée mesure 10 m de long et mes pas sont réglés sur 50 cm ; j’ai donc arpenté 50 m en parcourant 3 allées mais seulement 2 venues, je me suis retrouvé prisonnier au fond du jardin. Mentalement, je calculai le degré de mon irresponsabilité de ne pas avoir prévu autant d’allers que de venues ce qui m’aurait permis de rentrer sans encombre à la maison; en effet, si mes pas avaient été de 40 cm, j’aurais fait 2 va-et-vient et si j’avais allongé le pas jusqu’à 60 cm, j’aurais parcouru 3 allées dans les deux sens.

Je ne pouvais plus revenir sur mes pas, car j’avais décidé de faire cent pas, pas un de plus, pas un de moins.

En désespoir de cause, j’ai téléphoné à un ami pour lui expliquer ma mésaventure.

« Viens me délivrer, le supplié-je, c’est à 3 pas de chez toi. »

En réalité, il avait 4 pas à faire, c’est pour cela qu’il arriva à grandes enjambées.

« Que faire ? » lui demandé-je, « Je ne peux faire un pas de plus. Tu ne peux, quand même pas, me tenir la jambe ? »

« Facile, ça va marcher ! Il suffit que tu m’emboîtes le pas et ainsi, tu sauteras le pas. »

 

Gérard
15 septembre

 

 

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DEBOUT !

 

Dring !!! Gérard, le réveil a sonné, c’est le 1er septembre, il faut rendre ton billet pour Murmure.

 

Ah ! Laissez-moi dormir, je m’étais assoupi le 15 juin et j’ai encore sommeil, c’est si bon de rêvasser.

 

Toute l’équipe de Murmure t’attend. Ils ont veillé tard et certains même n’ont pas dormi comme Kristo infatigable versificatrice. Léon a monté vaillamment la garde et, semaine après semaine, a assuré la mise à jour du site « Murmure ». Gilles n’a pas manqué le rendez-vous du 2ème dimanche de chaque mois et maintenant, nous présente Saint Augustin. Quant à Catherine, elle est restée sur le pont jusqu’au 22 juillet.

 

Qu’ils continuent ! Que puis-je apporter d’original ? Je ne suis qu’une cymbale retentissante.

 

On l’avait remarqué ! Mais le plus petit instrument, le plus insignifiant, celui qui ne délivre qu’un seul son, monocorde,  a pourtant toute sa place dans la symphonie.

 

A quoi bon. Les lecteurs de Murmure ne s’attardent pas à découvrir « A contresens »

 

Qu’en sais-tu ? Il est vrai qu’ils pourraient se manifester, mais c’est ainsi. Quand tu apprécies un article de ton quotidien, écris-tu au journaliste pour le féliciter ?

 

Rarement. Je ne sais que raconter, tout m’apparaît insignifiant, mièvre, insipide.

 

Change ton regard ! Ouvre les yeux, mille merveilles, mille anecdotes fourmillent de partout. Allez ! Appelle ta Muse à la rescousse ! A l’instar de Musset relate ta « Nuit de mai : Poète, prends ton luth et me donne un baiser »

 

Recevoir un baiser, je veux bien si cela ne m’entraîne pas trop loin. Poète….trop beau pour être vrai, inimaginable; inatteignable. Quant au luth, ce n’est point la lutte finale ; mais pour moi, une lutte de chaque instant pour trouver le mot juste, l’expression adéquate, bâtir cahin-caha une phrase qui tienne à peu près debout.

 

Aujourd’hui, nous nous contenterons de ces quelques lignes mais promets à l’avenir de faire un effort.

 Gérard

1er septembre

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